« Résonances », à la « Tour d’Anhaive », à Jambes, jusqu’au 12 Avril

 

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Fiona Lebecque, conservatrice, Sandrine Bertrand, Présidente du « Syndicat d’Initiative », Martine Laloux, Présidente d’ « Arts Emulsions » & « Gilard », l’un de ses membres (c) Murielle Lecocq

Se faire rencontrer le collectif « Arts Emulsions » et la« Tour d’Anhaive », sise à Jambes-Namur, c’est s’engager dans un tête-à-tête qui vient quelque peu bousculer nos rapports respectifs et conventionnels à l’espace et au temps, nous proposant, ainsi, un intéressant dialogue entre des objets de différentes époques et les oeuvres contemporaines de 11 artistes, membres d’un collectif artistique, l’asbl « Arts Emulsions », ayant pour but  de promouvoir l’art contemporain et de favoriser les échanges sociaux et culturels, en Belgique et à l’étranger.

(c) Vincent Kempenaers et Catherine Delbruyère

Parmi ces 11 artistes, au second étage du donjon, un couple de céramistes dinantais, nous propose ses créations, mettant en valeur ce lieu, réservé à la présentation d’objets issus de la collection permanente de la« Tour d’Anhaive », siège du « Centre d’Archéologie, d’Art et d’Histoire de Jambes ».

Créations contemporaines (C. Delbruyère/V. Kempenaers) parmi des objets antiques (c) Ph. : M. Lecocq

Dans un meuble-vitrine, au milieu de pièces archéologiques, trouvées dans un ancien cimetière local, Catherine Delbruyère et Vincent Kempenaers – artistiquement réunis sous le nom de leur sprl : « Arts 4-20 » – nous invitent à découvrir huit de leurs créations contemporaines, spécialement réalisées pour la présente exposition.

L’une des créations de (c) Catherine Delbruyère/Vincent Kempenaers (oeuvre et photo)

A l’occasion du vernissage, le dimanche 23 février, ils nous confiaient : « Avec les autres artistes exposant ici, il y a un an, nous sommes venus découvrir la collection permanente de la « Tour d’Anhaive », afin de pouvoir nous inspirer de ces objets de différentes époques… Au travers de nos créations en porcelaine et matériaux divers (bois, papier, …), nous avons exploré un passé inexistant de civilisations disparues, mais plausibles, comme notre civilisation disparaîtra pour laisser place à une nouvelle… »

Un cadre « à la César » (c) Catherine Delbruyère et Vincent Kempenaers (oeuvre et photo)

Créé par ce même duo d’artistes, notons, aussi, la présence de deux oeuvres « à la César » (au civil : César Baldaccini/ {1921-1998}), réalisées avec des cannettes de limonades écrasées, sans oublier un autre cadre, où un squelette dessiné sort d’une baignoire, supposée être sa tombe, au milieu des objets exposés dans ce premier meuble-vitrine.

Création en papier de (c) Cécile Ahn/Photo : Murielle Lecocq

Posé sur la vitrine du meuble voisin, une oeuvre étonante de Cécile Ahn attire notre attention, la reproduction d’une poterie antique, … en papier de récupération tricoté. Concernant son long travail créatif, fort de gestes répétitifs, elle écrit : « J’utilise des papiers de récupération : des journaux, des magazines, … Ce matériau de base que tout le monde a chez soi, je le transforme patiemment en fil. J’obtiens des pelotes que je tricote par la suite avec des points de base… »

A ce même étage, nous découvrons, mais oui, une latrine féodale, qui, à cette époque donnait sur une surface d’eau entourant cet édifice, résidence du Prince-Evêque de LiègeJean de Flandres (1250-1292), dès 1285 jusqu’à son décès, Jambes faisant, alors, partie de la Principauté de Liège, la Tour Beauregard, percée d’une porte à pont-levis, sise sur le Vieux Pont de Jambes, constituant la frontière avec le Comté de Namur, cette dernière tour étant reprise sur le blason de l’ancienne Ville de Jambes, intégrée, en 1977, à la Ville de Namur

Une gravure qui inspira Alain Bombaert pour la réalisation de sa vidéo « Ô Diable »

Au 1er étage, Alain Bombaert, nous propose son court-métrage artistique, « Ô Diable », un documentaire-fiction de 3min.20, évoquant le dolmen jambois « pierre du diable », stupidement détruit en 1820, afin de procurer des pierres pour édifier une bâtisse… L’artiste namurois s’interroge : « D’où venait cette pierre ? Quel était son destin ? Était-ce  ‘simplement’ une table maudite, lieu de sacrifice druidique ou, plutôt, monument funéraire… ? »

En face de cette installation, toujours en écho à ce même mégalithe, un meuble-vitrine présente 7 sculptures et 15 éléments, réalisés par Marianne Ransquin, diplômée en dessin, de l’ « Académie des Beaux-Arts » de Namur, où elle continue sa formation en sculpture.

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Eclats en plâtre et diables en tissu, tels que pensés par (c) M. Ransquin/Photo : « Syndicat d’Initiative »

Sous le titre, évident, de « Pierres du Diable », symbolisant des éclats de pierre, en plâtre, du dolmen détruit et, sous des cloches en verre, l’artiste namuroise nous présente 7 diables, en tissu, le cartel rapportant ce que l’artiste en dit : « J’en reconstitue des morceaux, tous identiques, en lien avec un diable tentateur… Quelle pierre se cache au fond de ma poche …? », écrivant, aussi, sur le site d’« Arts Emulsions »  : « J’aime m’exprimer au travers de matières diverses, opposées, rivales. J’aime vivre avec l’erreur, sa fragilité, son questionnement. Je recherche ce qui est caché sous les apparences… »

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Des lettres participent à la création d’oeuvres d’art (c) Bernard Boigelot/Photo : « Syndicat d’Initiative »

C’est un artiste-philatéliste de Malonne, Bernard Boigelot, qui retient notre attention au rez-de-chaussée. Nous présentant plusieurs créations originales, il nous confiait, lors du vernissage : « Depuis de nombreuses années, toute mon activité artistique se réalise en étroite relation avec des correspondances postales, qui, une fois récupérées, sont utilisées dans mes recherches plastiques, afin de sacraliser cette trace humaine en une œuvre d’art… »

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Estampilles postales disparues, celles de Jambes (c) Bernard Boigelot/Photo : « Syndicat d’Initiative »

Le site de la « Tour d’Anhaive », propriété de la« Fondation Roi Baudouin », étant constitué de deux batiments, quittons le donjon, en passant devant deux autres oeuvres de Bernard Boigelot, pour nous retrouver au corps du logis, édifié, quant à lui, vers 1535.

« Le Baiser de la Vierge » (c) Françoise Bastin/Photo : Murielle Lecocq
« Le Baiser de la Vierge », nous y attend, avec ses deux bustes en plâtre et résine, ainsi que sa couronne en métal repoussé, placés sous une cloche en verre, une oeuvre signée Françoise Bastin, qui explique sa démarche artistique : « Interpellée par la photo d’une ancienne couronne en argent, j’ai appris qu’elle avait appartenu à la Vierge de la chapelle d’Anhaive, Notre-Dame d’Anhaive faisant, à Jambes, l’objet d’un culte populaire toujours vivant comme l’attestent, au sein de cette chapelle, les nombreux ex-votos et les photos d’enfants… » Elle poursuit, concernant sa création : « Je présente, face à face, une jeune ouvrière de l’industrie alimentaire, dans son costume de travail et une Vierge Marie jumelle, portant une couronne et le même habit de travail… »
Lorsqu’un petit pot de moutarde devient une oeuvre d’art (c) « Gilard »/Photo : Murielle Lecocq

Le passé industriel de Jambes est, également, évoqué, avec ses verreries, mais, aussi, sa moutarderie « Bister », aujourd’hui délocalisée à Achène-Ciney, avec, copie d’un objet contemporain banal, à savoir un bien connu petit pot de moutarde, nous découvrons une oeuvre d’art de grand format, réalisée par« Gilard » (né Gilard Gérard), intitulée « Une Grenade à Jambes ! ».

Concernant ce titre et sa création, imaginée en forme de grenade « Mills », cet artiste à la barbe fleurie partait d’une idée détonante : explosion de l’engin, explosion des saveurs,… nous confiant : « Mes créations se construisent dans la solitude et le silence. L’esthétique des pièces et des installations se nourrit de la sobriété des lignes et des surfaces, en référence à des archétypes connus de tous. Les matériaux choisis sont souvent confrontés à l’action des forces naturelles, notamment l’oxygène et le feu, ce pot en céramique enfumée poursuivant l’équation : de l’explosion de saveurs à l’explosion des couleurs. La pièce biscuitée ayant reçu un émail à l’oxyde de cuivre, elle est recuite au four puis enfermée dans une bassine, avec un combustible léger, de la paille. Avec le manque d’oxygène, le feu meurt, le cuivre se révèle, une multitude de couleurs viennent se figer à la surface de la pièce, … en référence aux saveurs étonnantes offertes par la moutarde… » 

En terminant notre parcours, revenons à la genèse de cet événement : « Confrontés aux deux bâtiments et aux pièces de collection de l’institution muséale, les 11 artistes ont chuté dans l’histoire locale, ont déambulé et oscillé dans les pratiques et usages du passé, et ont fini par les revisiter au gré de leurs dispersions et des gestes finalement posés… Parce qu’au centre du processus, il y a une intention de se mouvoir entre la création artistique contemporaine – spécifiquement via la pluridisciplinarité du collectif d’artistes – et l’ensemble composite de pièces historiques, qui rendent compte de la richesse patrimoniale et culturelle de la localité jamboise. »

Notons encore les noms des trois autres artistes exposant sur le site de la « Tour d’Anhaive » : Luc Etienne, Martine Laloux et Françoise Tilquin.

Cette exposition« Raisonances » – réalisée sous la conduite de l’assistante de conservation, Aline Thibaut, avec l’appui du graphiste Richard Frippiat – est à découvrir en famille, d’autant que l’entrée est gratuite, tous les jours, sauf les lundis, jusqu’au dimanche 12 avril. Ouverture : du mardi au vendredi, de 13h30 à 17h30, ainsi que le samedi et le dimanche, de 14h à 18h.

Soulignons que quinze artistes de l’asbl « Arts Emulsions »  exposeront, aussi, dans le centre du Vieux Namur, dans l’église Saint-Joseph, durant les week-ends des 14-15 et 21-22 mars, de 11h à 18h, dans le cadre de la biennale « Chambres avec Vues », un événement namurois incontournable, qui nous permet de découvrir, en libre accès, les oeuvres de plus de 600 artistes, exposant dans une centaine de lieux les plus divers, répartis dans l’ensemble des anciennes communes de la Capitale walonne, tels des ateliers, bouquineries, boutiques, cafés, centres culturels, Citadelle (boulangerie, hangar aux affûts, parfumerie, tours-postes de guet, vielle forge, …), écoles, églises, galeries d’art, granges, habitations privées, hôtels, maisons d’hôtes, musées, parkings, péniches, …, voire même au sein d’un bunker… 

Pour plus d’infos, un catalogue de… 188 pages est disponible gratuitement à la « Maison du Tourisme », à la « Galerie du Beffoi », au« Pôle muséal des Bateliers », à la « Tour d’Anhaive », …

A noter que les dimanches 15 et 22 mars, de 09h à 19h, le parking de l’Hôtel de Ville sera exceptionnellement gratuit

(c) Peter Saul/« Province de Namur »

… N’oublions pas, non plus, que le Service de la Culture de la Province de Namur, nous propose deux importantes expositions : « Peter Saul, Pop, Funk, Bad Painting and More », au « Delta », jusqu’au dimanche 19 avril, et « Mars (1849-1912), Dessinateur et Collectionneur de Rops », au « Musée Félicien Rops », jusqu’au dimanche 17 mai.

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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