« Dans les Yeux de Van Gogh », au « Musée F. Rops », à Namur, jusqu’au 20 Mars 2022

"Dans les yeux de Van Gogh": l'influence des artistes belges sur l'artiste au Musée Rops
© Province de Namur

« J’aime beaucoup le paysage mais encore 10 fois mieux ces études de moeurs parfois d’effrayante vérité tels que {…} Degroux, Félicien Rops &c., &c. les ont dessinées si magistralement. Maintenant sans osant en aucune manière prétendre monter si haut que ceux là, toutefois en continuant à dessiner ces types d’ouvriers &c. j’espère bien arriver à être plus ou moins capable de travailler pour l’illustration de journeaux ou de livres », écrivait Vincent van Gogh (1853-1890), en 1881, au sein de l’une des 652 lettres destinées à un marchand d’art, son frère, Theo (Theodorus/1857-1891).

« Homme coupant son Pain » (V. van Gogh/1882) © « Van Gogh Museum », Amsterdam

Illustrant son intérêt pour ces études, nous découvrons, dans la première salle, son crayon sur papier « Vieille Bretonne endormie dans l’église » (vers 1873), inspiré de « Souvenirs. En attendant la Confession » (1847), une lithographie de Félicien Rops (1833-1898) – alors âgé de 24 ans, alors que Van Gogh n’est âgé que de 04 ans ,- prouvant l’intérêt qu’il portait aux créations du peintre namurois.

« Souvenirs. En attendant la Confession » (F. Rops/1857) © « Bibliothèque royale », Bruxelles

De Vincent van Gogh, lui même, peu d’oeuvres nous sont présentées, dont une encre sur papier, « Les Oliviers à Montmajour » (1888), cette exposition, comme son titre l’indique, nous dévoilant des créations d’artistes belges, pour lesquels van Gogh témoignait son intérêt.

« Les Oliviers à Montmajour » (Vincent van Gogh/1888) © « Musée des Beaux-Arts », Tournai

Parmi les oeuvres exposées peu connues, notons l’ « Intérieur d’un Bateau flamand naviguant sur la Lys », une aquarelle et crayon non datée, conservée au « Cabinet des Estampes » de la « Bibliothèque royale « , due à Xavier Mellery (1845-1921).

« Intérieur de Bateau naviguant sur la Lys » (Xavier Mellery/s.d.) © « Bibliothèque royale », Bruxelles

A son sujet, Vincent van Gogh écrivait, en 1889 : « De Mellery, j’ai vu récemment dans un illustré une famille de bateliers dans le rouf de la péniche – homme, femme, enfants – autour d’une table. Ainsi ce Mellery est un grand artiste. Et il se tient aussi déjà nombre d’années. »

C’est ainsi, en partant de ces lettres du peintre néerlandais qu’à été créee cette fort intéressante exposition, « Dans les Yeux de Van Gogh – L’Empreinte des Artistes belges sur Vincent van Gogh », qui nous est présentée, à Namur, au « Musée provincial Félicien Rops », jusqu’au dimanche 20 mars 2022.

Au premier étage, Constantin Meunier (1831-1905) y est mis à l’honneur, avec une sculpture (« Il y a aussi un pudleur grandeur nature en bronze, qui ressemble à une peinture de Millet, très beau aussi« ) et plusieurs peintures, dont son huile sur toile non datée « Le Coron », Vincent Van Gogh écrivant, en 1889 : « Ce qui ne m’est pas indifférent, c’est qu’un homme qui m’est très supérieur, Meunier, ait peint des scloneuses du Borinage et le trait allant à fosse et les usines, leurs toits rouges et leurs cheminées noires contre un ciel gris fin – toutes chôses que j’ai rêvées de faire, sentat que ce n’était pas fait et que cela devait être peint. »

« Le Coron » (Constentin Meunier/s.d.) © « La Boverie », Liège

Artiste torturé, s’étant retrouvé sans le sou, Van Gogh, deux ans avant son suicide présumé, écrivait : « Non seulement mes tableaux mais surtout moi-même dans ces derniers temps, j’étais devenu hagard comme Hugues van der Goes dans le tableau d’Emile Wauters … »

… Une huile sur toile marouflée sur panneau d’Emile Wauters (1846-1933), intitulée « La Folie d’Hugo van der Goes » (1870), qui nous dévoile le visage torturé du peintre flamand Hugo van der Goes (vers 1440-1482), en proie à des crises de désarroi, d’angoisse et de folie, ce tableau étant cité à plusieurs reprises par Vincent van Gogh, « pour évoquer sa propre dépression, nous donnant de ses souffrances mentales, un angle plus iconographique que jamais », cette dernière phrase étant écrite sur l’un des panneaux didactiques accompagnant, fort à propos, cette exposition.

Aussi, cette dernière s’entamme par un autre panneau nous apprenant que Van Gogh a connu Rops grâce à ses carricatures publiées dans le journal « Uylenspiegel », qui, fondé en 1856, dénonce les injustices sociales, ce qui correspondait à la vision sociétale de Vincent Van Gogh.

« Uylenspiegel, le Journal des Ebats artistiques et littéraires »

« En Belgique, Félicien Rops et Degroux ont dessiné à leur époque, entre autres, de beaux types dans une publication qui s’appelait ‘Uylenspiegel’. Je l’ai eue en son temps et je désirerais ardemment l’avoir de nouveau, mais hélas je ne pariens pas à la retrouver », écrivait-il à son frère, en 1882.

« La Folie d’Hugo van der Goes » (E. Wauters/1870) © Coll. privée © Photo : V. Everart

Malgré différents séjours en asile psychiatrique, ses nombreuses crises d’épilepsie le rendent particulièrement vulnérable. Ayant eu beaucoup de mal à eposer, Van Gogh n’aurait vendu que fort peu de tableaux de son vivant, un seul étant connu, acquis par la peintre et collectionneuse Anna Boch (1848-1936), « La Vigne rouge » (1888), pour 400 francs belges (+/- 10€), ce qui peut expliquer qu’il se retouve sous les traits d’Hugo van der Goespeint par Emile Wauters.

La Salle à manger de Leys » (Henry de Braekeleer/1869) © « Schone Kunsten Museum », Antwerpen

Tout à l’opposé de ses « études de moeurs », il écrivait, en 1883 : « Maintenant, ce que je considère également comme un exemple de dessin d’une robustesse et d’une force caractéristiques,ce sont les tableaux de Leys, en particulier la série de décorations pour sa salle à manger … », cette denière nous étant révélée par l’huile sur toile d’Henri de Braekeleer (1840-1888), « La Salle à manger de Leys » (1869).

« L’imprimerie en Taille douce » (Charles Mertens/1885) © « Ronny Van de Velde Galerij », Antwerpen

Van Gogh ayant écrit, en 1885, « J’ai vu également différents tableaux, entre autre une imprimerie de Mertens », signalons que la première oeuvre exposée, due à Charles Mertens (1865-1919), une huile sur panneau, « L’imprimerie en Taille douce » (1885), nous montre comment les lithographies de Félicien Rops étaient éditées, pour « Uylenspiegel, le Journal des Ebats artistiques et littéraires ».

« Les Métiers désagréables » (C. Degroux/1888) © « Musée prov. F. Rops », Namur

Publiée, en 1857, dans le N° 8 de ce « Journal », à la droite de cette peinture, nous trouvons une lithographie d’un artiste tant aprécié par Vincent van Gogh, Charles Degroux (1825-1870), « Les Métiers désagréables » (1857), ainsi qu’une huile sur toile de Paul Mathey (1844-1929), non datée, « Félicien Rops, Graveur », prêtée pour l’exposition par le Château de Versailles.

« Félicien Rops, Graveur » (P. Mathey/sd.) © Château Versailles

Les artistes contemporains ne sont pas oubliés, avec quatre impressions, encre de Rony DelrueHeestert/1957), « V.v.G. Memory revisited » (2016-2018), ainsi qu’une vidéo artistique de l’artiste lituanien Tadao Cern (Tadas CerniauskasSiaulial/1983), « Revealing he Truth » (2013).

« V.v.G. Memory revisited » © Rony Delrue/2016 © « La Boverie », Liège
« Revealing the Truth » (Photos de la Vidéo) © Tadao Cern/2013

En avant-propos du catalogue ( V. Carpiaux, N. Goldman, B. Moens, L. Prins & F. Roos Rosa de Carvalho/Ed. « Silvana éditoriale » /broché/151p./28 x 24 cm/22€), la conservatrice du « Musée provincial Félicien Rops », Véronique Carpiaux, et le commissaire de « Dans les Yeux de Van Gogh », chercheur doctorant à l’ « ULB », Bart G. Moens, écrivent : « Cette exposition et son catalogue s’inscrivent dans la lignée d’autres projets menés par le ‘Musée Rops’ afin d’éclairer les liens entre Rops et le monde artistique qui l’entoure. Souvenons-nous de ‘Félicien Rops et Auguste Rodin. Les Embrasements humains’ (2011) … ou encore, plus récemment, de ‘Mars (1849-1912), Dessinateur et Collectionneur de Rops (2020)’»

V. Carpiaux & B. Moens © Prov. de Namur

«  ‘Dans les Yeux de van Gogh. L’Empreinte des Artistes belges sur Vincent van Gogh’ tente de répondre à différentes questions : quels artistes belges ont été vus, appréciés ou critiqués par van Gogh ? Comment le peintre a-t-il pris connaissance de ces travaux qui l’ont inspiré ? Comment fut acceptée sa modernité et comment fut-elle associée à des artistes belges ? »

Face à l’entrée du « Musée provicial Félicien Rops » © Photo : « Muzeozoom »

Une certitude, à une époque où internet n’existait pas, soulignons un point commun entre van Gogh et Rops, leurs nombreuses lettres, qui nous permettent de mieux appréhender leurs oeuvres et leurs relations avec les artistes de le leur époque, les écrits de ces deux artistes se retrouvant sur les sites web : http://www.vangoghletters.org & http://www.ropslettes.be.

Notre question : que restera-t-il pour les futures générations des courriels échangés par nos artistes contemporains ?

© Province de Namur

Ouverture de l’exposition : jusqu’au dimanche 20 mars 2022, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Réservations conseillées (au risque de devoir attendre que la jauge vous pemettre l’accès à l’exposition) : en ligne, 081/77.67.55 ou 081/77.54.94. Prix d’entrée (incluant la vistite de la collection permanente) : 5€ (2€50, en prix réduit / 1€50, par élève, en groupe scolaire / 0€, pour les moins de 12 ans, les « Art. 27 » et pour tous les premiers dimanches du mois). Prix du Catalogue : 22€. Obligations sanitaires : port d’un masque buccal (dès 06 ans), présentation de son « CST » (« Covid Safe Ticket ») et d’une pièce d’identité (dès 16 ans). Contacts : info/museerops.be ou 081/77.67.55. Site web : http://www.museerops.be/.

« Vincent was here » : photo (© Karin Borghouts) & peinture (Vincent Van Gogh)

Soulignons que cette intéressante exposition se prolonge à la Citadelle, sur le site de « Terra Nova », gâce à la dynamique équipe du « CAC » (« Comité Animation Citadelle »), par une autre expo intitulée « Vincent was here », ouverte jusqu’au dimanche 06 mars 2022, nous dévoilant des clichés des oeuvres de Vincent van Gogh, réalisés par la photographe belge Karin BorghoutsKapellen/1959).

« Vincent was here » : Karin Borghouts, l’une des ses photos et son catalogue

Prix combiné de « Dans les Yeux de van Gogh » et de « Vincent was here » : 10€ (5€, avec réduction / 3€, par élève, pour les groupes scolaires / 0€, pour les moins de 12 ans). Prix du catalogue : 39€ (Xavier Canonne & Ron Dirven/ Ed. « Graphius »/cartonné/208 p./24 x 30 cm). Prix réduit du téléphérique aller/retour pour la Citadelle : 5€50 / 0€, pour les moins de 4 ans).

Yves Calbert.

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