« L’envol de la BD coréenne, Manhwa et Webtoon », au « CBBD », jusqu’au 09 janvier 2022

« Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne » © « CBBD »

A l’occasion de la célébration du 120è anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée du Sud et la Belgique, le « Musée de la Bande dessinée » (« CBBD ») organise, jusqu’au dimanche 09 janvier 2022, une importante exposition intitulée « Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne », réalisée en collaboration avec le « Centre Culturel Coréen », à Bruxelles, et le « Musée du Manhwa », en Corée du Sud.

Les premiers dessins publiés dans la presse, avec « Saphwa » © « Daehanminbo » © « CBBD »

Des premiers dessins parus dans la presse aux « webtoons » les plus récents, en passant par les personnages populaires et les séries majeures, l’exposition nous invite à découvrir toute la dynamique et diversité de la bande dessinée coréenne. En retraçant plus de 100 ans de son développement, elle révèle un monde créatif, témoin de son tempsen perpétuelle évolution.

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © AHN Seok-joo, Sidong Rides a Horse, Children, 1925
Débuts de la BD coréenne : « Sidong Rides a Horse » © AHN Seok-joo/ »Children »/1925 © « CBBD »

L’on attribue le premier « manhwa » , se limitant à une caricature intitulée « Saphwa » (« Illustration »), signée LEE Do-young (1884 – 1933), gravée sur bois et publiée, sur une seule case, le 02 juin 1909, dans la première édition du journal « Daehanminbo ». Nous découvrons cette caricature dans la première section de l’exposition, celle-ci nous présentant un parcours chronologique, la dernière section étant parfaitement contemporaine.

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © Photo Daniel Fouss
« Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne » © Photo : Daniel Fouss/« CBBD »

Ce n’est qu’en 1946, que la bande dessinée coréenne prit son réel envol, grâce à la série « Kajoubou », première BD coréenne, avec bulles et planches clairement structurées en cases, dont son auteur, Kim Yong-han (1912-1998), est considéré comme étant le père de la bande dessinée coréenne.

L’occupation japonaise, de 1905 à 1945, étant évoquée, nous apprenons que censure et répression, souvent sans pitié, étaient présentes. Aussi, les « manhwagas » (dessinateurs) ne pouvaient se permettre des idées « trop subversives », sous peine de ne pas être publiés ou, pire, d’être emprisonnés

… De cette triste période passons à une bienvenue reconnaissance, en soulignant qu’une série coréenne, « Gobon, le vieil Homme », figure au sein du « Livre Guinness des Records », étant la plus longue de toute l’histoire du « manhwa » coréen, 14.139 épisodes ayant été créés, de 1950 à 2000, par KIM Seong hwan (1932-2019).

Revenant à la censure, notons qu’elle fut présente jusqu’en 1987, sachant que pour la haute société sud coréenne, cette littérature illustrée continuait à n’être guère appréciée, certains n’hésitant pas à déclarer : « Cette lecture n’est bonne que pour le ‘petit peuple’ ».

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © Photo Daniel Fouss
Scénographie : une « manhwabag » reconstituée © Photo : Daniel Fouss/ »CBBD »

Comme à son habitude, le « CBBD » nous présente une superbe scénographie, ainsi après le bureau de John Blacksad, reconstitué pour l’exposition consacrée aux « Secrets d’Ateliers de Juanjo Guarnido », c’est, ici, une « manhwabag » qui est proposée à notre attention, sachant que les Coréens pouvaient passer des journées entières dans ces sortes de librairies, qui, créées en 1960, étaient accessibles à tout en chacun.

Soulignons que dans ces « manhwabags », qui ne ne dépendaient pas de l’Etat, il était plus facile d’y trouver des lectures non officielles, permettant, ainsi, au peuple coréen de tourner en dérision le pouvoir japonais.

A noter que beaucoup des « manhwas », qui s’y trouvaient, ont disparu, ayant été écrits et dessinés sur des matériaux de récupérations, qui ne leur ont pas permis de résister dans le temps. Mais, à l’époque, ce qui comptait n’était pas de conserver ces ouvrages, mais bien de véhiculer les valeurs coréennes au nez et à la barbe de l’envahisseur nippon.

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © Photo Daniel Fouss
« Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne » © Photo : Daniel Fouss/« CBBD »

L’ancien président de l’association coréenne des « manhwabags », JO Gwan-je écrit : « Dans les années ’60 à 1979, le ‘manhwa’ élargit son horizon et les genres se multiplient. Science-fiction, robots, sports, joies et drames de l’existence, aventure, action ou encore arts martiaux débarquent en force dans la bande dessinée coréenne. »

Evoquant les années ’80 à 1999 poursuit : « Les titres se multiplient et explorent de nouveaux horizons pour mieux répondre aux exigences d’un public diversifié. Présent sur tous les fronts, le ‘manhwa’ coréen connaît une véritable renaissance et séduit un public de plus en plus large. »

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © LEE Doo-ho, Im Kkeokjeon / Sports Chosun, 1991
« Im Kkeokjeon » © LEE Doo-ho/« Sports Chosun »/1991 © « CBBD »

Pensant aux auteurs de cette époque, évoquons LEE Doo-ho (°1943), avec sa série « Im Kkeokjeong », lancée en 1991et éditée en français en 2011, sous le titre « Le Bandit généreux », ainsi que ses collègues KIM Dong-hwa (°1950) – qui, dans ses récits dessinés, rend un vibrant hommage à la femme et aux liens intergénérationnels – et KIM Soo-yong (°1921), qui, avec sa « Hip Hop » – une série vendue à 1,5 millions d’exemplaires -, dessine, dès 1997, le monde de la breakdance, qui deviendra une discipline olympique, en 2024, à Paris.

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © KIM Dong-hwa, Gisaeng’s story / Daewon, 1998
« Gisaeng’s story » © KIM Dong-hwa/ »Daewon »/1998 © « CBBD »

Quant à la dernière partie de l’exposition, consacrée à ses 22 dernières années, elle nous présente le monde des « webtoons », le Corée du Sud ayant inventé un nouveau genre de bandes dessinées, né au début des années 2000, celui du numérique, une dizaine d’écrans nous le présentant …

… Ainsi, KWON Chang-ho écrit : « L’avènement des smartphones supprime les contraintes temporelles et spatiales : désormais, chacun se plonge dans son ‘webtoon’ préféré, quand et où il en a envie … Le ‘manhwa’ cède le pas au mot ‘webtoon’. Considéré à l’origine comme une sous-culture, le ‘webtoon’ s’érige dorénavant en véritable star de la culture coréenne. »

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © KANG Doha, Catsby, Anibooks, 2004
« Catsby »/« Youth Trilogy » © KANG Doha/« Anibooks »/2004 © « CBBD »

Parmi ces dessinateurs-« cinéastes », notons KANG Doha (°1969), réputé depuis 1987, avec « Run Pagasari », avant de se lancer dans sa « Youth Trilogy », dont le troisième et dernier volet, « Catsby », se distingue par un dessin et une mise en scène excessivement soignés. N’oublions pas HA II-kwon (°1982), avec son « The Taste of Illness », qui traite – avec talent et sensibilité – du thème de la solitude, du harcèlement, mais, aussi, de l’espoir, pour le premier cité, un chef d’oeuvre, au dessin puissant, à la narration soignée et à la mise-en-cène exceptionnelle.

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © Daniel Fouss/Musée de la BD
« Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne » © Photo : Daniel Fouss/« CBBD »

On peut classifier les « manhwas » plus ou moins de la même manière que les « mangas » japonais, ceux s’adressant aux adultes sont les « tchungnyuns » alors que pour les adolescents, l’on parle des « sonyungs ».

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © Photo Daniel Fouss
« Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne » © Photo : Daniel Fouss/« CBBD »

Pour ce qui est de l’actuel rayonnement des auteurs coréens en dehors de leur pays, notons :

  • PARK Kun-woong (°1972), au style inimitable, qui retrace les heures sombres de son pays, notamment dans son impressionnant « Massacre au Pont de No Gun-ri », édité par « Casterman ».
  • Ancco (°1983), une auteure au trait aigu, dessinant avec finesse, qui, une grande première, remporta, en 2016, le « Prix Révélation », au « Festival international de la Bande dessinée d’Angoulème ».
  • HONG Yeon-sik (°1971), dont les albums sont publiés dans trois continents, en Chine, aux Etats-Unis et en France, prouvant l’intérêt mondial pour la bande dessinée coréenne.
Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © HONG Yeon-sik, Umma's Table / Woorinabi, 2015
« Umma’s Table » © HONG Yeon-sik © « Woorinabi »/2015 © « CBBD »

Concernant ce rayonnement international, SHIN Myung-hwan écrit : « En Europe, les albums ‘papier’ rencontrent les faveurs d’un vaste lectorat, dans différents groupes d’âges, contrairement à la Corée, où ils sont détrônés par les ‘webtoons’. Le public européen reste friand de nouveautés et les ‘manhwas’ coréens sont là pour lui ouvrir de nouveaux horizons. Ils séduisent par l’originalité de leur graphisme et de leur écriture. »

Manhwa & webtoon : l'envol de la BD coréenne - © Photo Daniel Fouss
« Manhwa & Webtoon-L’Envol de la Bande dessinée coréenne » © Photo : Daniel Fouss © « CBBD »

Co-commissaire, avec SAH Hwangyu, Mélanie Andrieuresponsable des services « Expositions » & « Conservation » du « CBBD », détentrice d’un doctorat en Histoire de l’Art Contemporain – écrit : « Sur papier, sur internet ou sur smartphone, la bande dessinée coréenne ne cesse d’évoluer, pour divertir les lecteurs et les captiver, encore et toujours. »

What's Wrong with secretary Kim? - ⓒ 2016 by KIM MYEONGMI / JEONG GYEONG YUN / YJ Comics All rights reserved
« What’s Wrong with secretary Kim? » ⓒ KIM Myeong-mi « YJ Comics »/2016 © « CBBD »

Ouverture : jusqu’au dimanche 09 janvier 2022, de 10h à 18h (dernières entrées à 17h). Ouverture durant les vacances scolaires belges : 7 jours sur 7, aux mêmes heures (fermé les samedi 25 décembre et 01 janvier 2021). Prix d’entrée (incluant la collection permanente et l’accès à toutes les expositions) : 12€ (9€, de 12 à 25 ans et dès 65 ans / 5€, de 06 à 11 ans / 1€25, pour les « Art. 27 » / 0€, pour les moins de 06 ans & les détenteurs de la « Brusels Card », d’un Pass « Art Nouveau » ou « Musées » / 32€, pour 2 adultes et 2 enfants). Prix pour un membre d’un groupe : 9€ (8€, dès 65 ans / 6€, de 12 à 25 ans / 4€, de 06 à 11 ans /0€, pour un accompagnateur, par tranche de 15 personnes). Obligations sanitaires : selon l’âge requis, présenter sa « Covid Save Card » et porter un masque buccal. Contacts : visit@cbbd.be & 02/219.19.80 (en période de télétravail, les courriels sont à privilégier). Site web : http://www.cbbd.be.

Un « Musée de la Bande dessinée » créé dans un écrin « Art nouveau » de Victor Horta © « CBBD »

Autres expositions temporaires (incluses dans le prix d’entrée) :

  • « Midam-Itinéraire d’un Kid de Bruxelles », jusqu’au dimanche 09 janvier 2022.
  • « Blake et Mortimer-Le Mystère des Espadons », jusqu’au samedi 16 avril 2022.
  • « Dans la Tête de Charel Cambré-Exposition Adhémar de Bronze 2020 », jusqu’au dimanche 05 décembre.
  • « Les Enfants de Raymond-Exposition des Lauréats du Prix Raymond Leblanc », jusqu’au dim. 05 décembre.

Yves Calbert,

avec des extraits du dossier de presse particulièrement bien rédigé par l’équipe du « CBBD ».

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