Oceania, Voyage dans l’Immensité

« Oceania, Voyage dans l’Immensité »

De James Cook au 21ème siècle, l’Océanie reste attachée, dans la conscience collective occidentale, auxgrands voyages lointains, à la conquête de l’inconnu, ce qui nous est dévoilé par une exposition placée sous le hautpatronage de leurs Majestés le Roi et la Reine des Belges, « Oceania – Voyages dans  l’Immensité », ouverte jusqu’au dimanche 29 avril, au  « Cinquantenaire », au sein des « MRAH » (« Musées Royaux d’Art et d’Histoire »), en collaboration avec le « Musée royal de l’Afrique centrale », de Tervuren, actuellement enrénovation, et du « MIM » (« Musée des Instruments de Musique »), toutes les pièces exposées provenant de ces trois institutions muséales.

Région de l’inconnu, écrivions-nous, puisque l’Océanie constitue l’un des derniers territoires découverts par lesEuropéens. Ainsi, quelques voyages audacieux eurent lieu aux 16ème et 17ème siècles, la connaissance de toutes lesîles éparpillées dans le Pacifique sud remontant essentiellement au 18ème siècle

La première des plus de 250 piècesexposées – originaires de HawaïÎles CookFidji, Hawaï, Marquisesde PâquesSamoade TahitiTongaMélanésieMicronésie, Nouvelle-CalédonieNouvelle-ZélandePapouasie, Polynésie  est une figurine réalisée, au 19ème siècle, en os et cheveux humains, en provenance des Îles Marquises, si chères à Jacques Brel (1929-1978), dont on fête, cette année, le quarantième anniversaire de sa disparition, et à Paul Gaughuin (1848-1903).

Nous retrouvons ces Îles Marquises sur un grand écran, à l’arrière de cette première pièce exposée, de même que d’autres de l’ÎIe de Pâques, qui, selon les actuelles estimations, ne se serait peuplée que depuis l’an mille, ce film étant accompagné de chants mélodieux de l’ethnie polynésienne « Rapa Nui », dont le nom est, aussi, en polynésien, celui de l’Île de Pâques.

Cette dernière, île volcanique (chilienne depuis 1888), constitue le coeur de l’exposition, qui s’articule autour d’une salle de la collection permanente des « MRAH », le « Moaï » de « Pou Hakanononga » (en andésite, remontant, selon datation par la méthode du carbone 14, aux 13ème/14ème siècles), le dieu des pêcheurs de thon, de 2m73 de hauteur, ne pouvant plus être déplacée, vu son poids s’élevant à près de six tonnes

… D’où un transfert de son socle d’origine jusqu’au pays particulièrement compliqué, commençant par trois jours pris pour transporter cette satue colossale jusqu’au « Mercator » (cinquième navire-école de la marine marchande belge,  de 1932 à 1961), précédant plus de quatre mois de navigation, pour arriver en Belgique, en 1935, l’expédition  ayant été dirigée, dès 1934, par  l’anthropologue suisse Alfred Métraux (1902-1963) et l’archéologue belge Henri Lavachery (1885-1972/nommé directeur des « MRAH », en 1942), contribuant à assurer une progression de la connaissance scientifique de ces contrées mystérieuses. A noter que dans une des nombreuses fentes que recèle ce « Moaï », des traces de pigments colorés ont été découvertes, leuranalyse confirmant qu’à l’origine cette impressionante statue était peinte ou colorée

Cette exposition a donc le mérite de remetre à l’honneur, cette précieuse acquisition, reçue des Pascuans et du gouvernement chilien, à la suite d’une expédition scientifique organisée par le « Musée de l’Homme », de Paris, et les « Musées royaux d’Art et d’Histoire », de Bruxelles.

A noter que dès mars 2001, des fouilles, financées par la « National Geographic Society » et les « MRAH » ont été menées sur le lieu où fut érigé ce plus ancien monument pascuan jamais daté avec certitude.

Avant de (re)découvrir ce « Moaï » du dieu des pêcheurs de thon  (une  appellation assez récente, relevant, non pas du rôleque la statue devait tenir à l’origine, mais de la renaissance culturelle de l’Île de Pâques, qui survint après le quasi-génocide du 19ème siècle), une salle et un couloir nous permettent de voir nombre de photographies, d’archives et cartes géographiques, d’objets maritimeset maquettes de bateaux, …, nous remémorant ce que furent ces grands voyagesaventureux, … avec, en prime, une reconstitution, à l’échelle 1/1, d’une coursive du « Mercator »

Pou Hakanononga » (c) « MRAH »

Quittant la salle de la collection permanente, nous nous trouvons dans une immense salle aux nombreuses vitrines, où sont réunis des colliers et autres parures,des armes diverses et instruments de musique, des masques, sculptures et totems en bois, …, témoignant de la richesse et de l’originalité des créations des autochtones, nous relatant l’histoire de ces peuples précurseurs à l’arrivée des Occidentauxartisans de la plus grande épopée maritime de tous les temps, que constitue la découverte  du  « cinquième continent » et de ses îles.

Dans cette avant-dernière salle, un coin est réservé à nos enfants, libres de desiner et peindre ce qu’ils viennent d’admirer, aidés dans leurs découvertes par un « livret-enfants », leur comptant des histoires palpitantes. Dans cette « île aux enfants », ces derniers peuvent découvrir,de façon ludique et créative, lessecrets de l’art océanien

Alors, pour tous ceux qui ont rêvé de ces îles isolées du Pacifique Sud, suspendues entre l’immensité du ciel et de l’océan, ou des surprenantes statues, en roches volcaniques, d’ancêtres pascuans divinisés ou de dieux domestiques propres à l’Île de Pâques, ne manquons pas de nous rendre au « Cinquantenaire », l’exposition « Oceania – Voyages dans  l’Immensité » étant ouverte jusqu’au dimanche 29 avril.

Notons encore qu’afin d’actualiser ces lieux de rêves, la dernière salle est consacrée aux oeuvres contemporaines de l’artiste plasticien français Jean-Paul Forest (°1956), ayant poursuivi des études scientifiques à l’ « Université de Lyon »de 1974 à 1979, année où il entreprit un premier séjour à Tahitioù il réside depuis 1982, travaillant, désormais, dans la vallée tahitienne de Papeno’o, où il crée, in situ, d’étonnantes réalisations artistiques en pleine nature, ce que nous révèle différents courts-métrages et photographies de grands formats.

Concernant cette vallée, l’artiste écrit : « Sans carte et sans guide, je me suis aventuré progressivement dans ce territoire clos qui, à l’échelle humaine, est infini : impossible en une vie d’en parcourir toutes les rivières et les crêtes, d’en voir toutes les facettes ; rien n’y est stable, des falaises s’effondrent en permanence, de nouvelles espèces végétales remplacent les plantes autochtones, les conditions climatiques s’inversent… »

Le « Mercator », en 1935 (c) « MRAH »

Par ailleurs, dans plusieurs vitrines, nous pouvons admirer, aux confins du land art et du minimalisme, quelques-unes de ses œuvres, dont ses galets brisés puis recousus, témoignant de la fragilité d’un écosystème perpétuellement menacé, nous révélant un continent enraciné dans la contemporanéitéloin des sempiternels clichés folkloriques  auxquels on réduit trop souvent l’Océanie.

Ainsi donc, de « Pou Hakanononga », au 13ème/14ème siècles, à Jean-Paul Forest, au 21ème siècle, les« Musées royaux d’Art et d’Histoire » nous permettent de vivre intensément cette bien lointaine Océaniegrâce à l’exposition temporaire « Oceania – Voyages dans  l’Immensité ».

Ouverture : du mardi au vendredi, de 9h30 à 17h, le samedi et le dimanche, de 10h à 18h (derniers tickets délivrés 1 heure avant la fermeture). Prix d’entrée : 15€, de 19 à 64 ans, donnant accès, gracieusement, à l’exposition « La Fammille Royale fait la Une » (12€, à partir de 65 ans et pour les membres d’un groupe d’adultes de minimum dix personnes /5€, pour les enseignants d’institutions belges et pour les étudiants de l’enseignement artistique, en archéologie, histoire et musicologie/ 0€, jusqu’à 18 ans inclus). Prix combiné avec la collection permanente : 18€ (réductions prévues). Prix du livret-enfants : 1€. Catalogue brochérichement illustré : 20€.

A souligner, la possibilité, le dimanche 22 avril, de profiter d’une visite guidée pour individuels(exclusivement sur réservation : 22 € (de 19 à 64 ans) / 19 € (à partir de 65 ans) / 12 € (de 4 à 18 ans) / 0€ (jusq’à 3 ans inclus).

Yves Calbert.

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