Théâtre : « Monsieur de Pourceaugnac »

Namur, dans le superbe cadre de la grande salle de son « Théâtre Royal », nous nous devons de vous recommander d’assister à une représentation de « Monsieur de Pourceaugnac », … qui nous emmène dans le Paris des années 1950, … alors même que ce ballet-comédie fut créée, en 1669, à Chambord, par Molière (Jean-Baptiste Poquelin/1622-1673), avec la collaboration musicale de Jean-Baptise Lully (1632-1687), … ce qui nous prouve, à nouveau, à quel point les créations de Molière sont restées très actuelles… »

Synopsis : « Oronte décide de donner sa fille en mariage a un hobereau de province, Monsieur de Pourceaugnac. Celui-ci monte à Paris pour les épousailles alors que la belle a déjà un amoureux. Les tourtereaux, avec la complicité (rémunérée) de deux intrigants, vont s’employer à ridiculiser et terroriser le pauvre Monsieur de Pourceaugnacjusqu’à lui faire fuir l’enfer de la capitale pour son Limousin… »

L’actuelle pièce, créée, en 2015, au « Théâtre des Bouffes du Nord », dans le cadre du tricentenaire de la mort deLouis XIV (1638-1715), est mise en scène par Clément Hervieu-Légerpensionnaire de la « Comédie-Française »depuis  septembre 2005, la conception musicale ayant été confiée à William Christie, un claveciniste-chefd’orchestre franco-newyorkais, fondateur de l’ensemble « Les Arts Florissants », dont nous retrouvons une dizaine de musiciens, à majorité féminine, sur la scène du « Théâtre Royal »menés à la baguette par Paolo Zanzulachorégraphie étant de Bruno Bouché, les décors d’Aurélie Maestre et le rôle titre étant superbement interprêté par l’acteur franco-suise, né à GenèveGilles Privat, lauréat, en 2008, d’un « Molière du meillleur Comédien dans un second Rôle », déjà présent à Namuren 1998, lors de la réouverture du « Théâtre Royal », alors qu’il interprétait, avec brio, le rôle titre du « Roi Cerf », une oeuvre de Carlo Gozzi (1720-1806), dans une mise en scènede Benno Besson (1922-2006).

© Brigitte Enguerand

Pour « Télérama », évoquant « Monsieur de Pourceaugnac » : « Le spectacle joliment chanté, joué, dansé est alerte, insolent, semblant étonnamment jeune et vif malgré les siècles. C’est que les ‘Arts Florissants’, de William Christie accompagnent avec grâce le ‘Pourceaugnac’  baroque et pathétique de ce formidable Gilles Privat. »

« Un comique ravageur », pour « Les Echos » et « Une réussite exemplaire », pour « Le Figaro ».

« Dans cette pièce remarquablement interprétée par un ensemble d’acteurs travaillant en parfaite osmose, le fond du divertissement est beaucoup plus tragique qu’il n’y paraît. Le pauvre Pourceaugnac, martyrisé, finit par éveiller une sincère compassion. Face à lui et à sa perte progressive de repères, les joyeux comparses manigancent jusqu’à l’excès des scénarios rocambolesques, imbriquant au texte des danses échevelées, des numéros dignes des guignols, numéros rehaussés d’accents divers et autres déguisements. La farçe est totale, électrisante, noire, cruelle mais finira bien pour les amoureux. » (« Culture-Tops »).

« L’autre intérêt de cette production est l’imbrication fort réussie de « théâtre musical » dans l’action, qui reste prépondérante, jouée par des acteurs aux langages et jargons variés et fleuris, également musicaux. Et tous dansent autant que de besoin. Théâtre, musique et danse intimement mêlés, constituent cette « pièce agrémentée de musique et de danse », bien représentative du genre si particulier de la « comédie-ballet ». Certains « ballets » (devenus ici des sortes de danses villageoises), s’efforcent aussi de participer, avec plus ou moins de bonheur, à la folie ambiante. Mais d’autres moments réussissent parfaitement ce mélange acteurs-chanteurs, comme la scène des avocats, particulièrement bien intégrée à l’action. » (Jean-Marcel Humbert, pour « Forum Opéra »).

… Et qu’écrire sur ce jet de poireaux dans la salle, deux mégères prétendant être les femmes de Monsieur de Pourceaugnac ; sur ce dernier, venant s’asseoir parmi les spectateurs ou recevant un lavement, sur scène, … lecorps médical dansant autour de lui, alors que ses mouvements étaient entravés par une camisolle sur ce vélo, monté, sur cette même scène, par deux amoureux sur cette voiture, des années ’50, un torréador, dans son habit de lumière, sortant de cette dernière, en fin de représentation ; … … … ; la dizaine d’acteurs se retrouvant, ensemble, pour chanter leur « grand plaisir », un « plaisir » partagé par un public namurois enthousiate ! …

… Et parmi ses acteurs, soulignons encore la performance de Gilles Privat, ce magnifique Monsieur de Pourceaugnac, dans ce beau moment de théâtre, portant le drame à son paroxysme au travers de son personnage  éperdufuyant Parishabillé en femmeen triste héros pathétique, attendrissant et meurtri, suscitant même la pitié, là où d’autres ne soulèvent que le rire, sans que, pour autant, le côté sombre et cruel de la pièce ne prenne le pas…

© Brigitte Enguerand

Mais laissons le mot de la fin à Clément Hervieu-Léger, le metteur en scène de cette version vive et modernisée, d’une pièce de Molière trop rarement à l’affiche « Sous la forme d’une simple comédie, inspirée de caanevas italiens, agrémentée de musique et de danse, Monsieur de Pourceaugnac est, sans doute, l’une des pièces les plus sombres et les plus cruelles que Molière ait écrites, une implacable descente aux enfers qui conduit Pourceaugnac à ne plus savoir, lui-même, qui il est. Cette impression d’inéluctabilité de la fin, à la fois tragique et grotesque du personnage de  Pourceaugnac, que vient contrebalencer l’heureux mariage d’Eraste et de Julie, est considérablement accentuée par la place que Molière et Lully donnent, ici, à la musique. Contrairement à d’autres comédies-ballets, la musique ne joue pas, dans Monsieur de Pourceaugnac, un simple rôle d’ornement, mais fait intrinsèquement partie de la dramaturgie de la pièce… C’est cette imbrication entre la musique et le théâtre qui fait, pour William Christie et moi, l’intérêt singulier de cette oeuvre. Tandis que l’opéra naissant va, peu à peu, faire primer la musique sur le théâtre, Molière etLully réussissent, dans cette oeuvre, cette incroyable gageure : faire de la musique du théâtre. »

Dans « Monsieur de Pourceaugnac », peut-être davantage que dans toute autre pièce, Molière nous rappelle que le théâtre est un monde où toutes les transgressions sont permises, un monde où les fous sont les rois, où les fous sont les sages. 
Pour vivre intensément ce pur moment de plaisir, rendez-vous, à 20h30, au « Théâtre Royal », à Namur, ces vendredi 2samedi 3 et dimanche 4 mars. Pour les prix des places et les réservations, consultez http://www.theatredenamur.be.
Yves Calbert

 

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