Haïti vs. « P…de M… » vu par D.J. Trump

Alors que plusieurs voix d’organisations internationales telles que l’Union européenne, les Nations Unies, l’Union Africaine, le Salvador et bien d’autres ainsi que d’individus célèbres ou non s’élèvent pour soutenir le choc dû aux offenses qui ont été faites aux citoyens d’Haïti, des pays de l’Afrique et d’Amérique latine par les propos désobligeants de D.J. Trump à leurs égards, il semble utile de faire un « arrêt sur profil » avec un exemple concret.

Arrêtons-nous sur Haïti : Haïti est et reste toujours, en tout cas dans l’imaginaire de certains, « La Perle des Antilles », même si les éléments naturels et les catastrophes faites par les êtres humains ont bien essayé de s’emparer de cette perle. Cette île qui possède, à l’origine, des plages magnifiques, une végétation luxuriante et une faune à laquelle se mêlent de merveilleuses espèces endémiques a, en tout cas, été ainsi décrite comme un paradis tropical d’abord par les anciens colons français et, ensuite, après l’embargo des Etats-Unis de 1962 sur Cuba, par les (riches) touristes américains qui se sont alors rabattus sur Haïti pour leurs vacances.


Il faut rappeler que la république Dominicaine à l’est et Haïti à l’ouest, ne sont qu’une seule et même île volcanique appelée « Hispaniola » par les conquistadors espagnols (15e siècle) qui l’ont découverte et colonisée.
Ensuite, au cours des partages entre puissances dominantes de l’époque, le tiers de l’île à l’ouest a été cédé à la France qui lui a donné le nom de Saint Domingue. Elle prend le nom de Haïti à son indépendance en 1802.
Pourquoi tant d’intérêt pour cette île d’Amérique centrale ? Parce que Hispaniola toute entière regorge de richesses dont, entre autres : or, indigo, bauxite, nickel-cuivre, pétrole et nature favorable à l’agriculture.
La population indigène est rapidement utilisée comme esclave et meurt décimée par les maladies importées et par l’épuisement. A Haïti, les colons décident alors de faire venir des personnes d’Afrique qu’ils ont réduits à l’état d’esclaves pour travailler à leur service. On y cultive notamment du café, du cacao et de la canne à sucre avec succès. De l’or il ne reste rien car déjà entièrement pillé par l’Espagne. Les autres matières premières sont aussi exploitées par les colons à leur profit et les réserves s’épuisent.

Dès 1802, l’île au prix de révoltes et de bien des morts, devient la 1re république noire indépendante de toutes les Antilles et prend le nom de Haïti.
Vers la fin du 18e siècle, c’est Haïti qui contrôlait la production mondiale du café et du cacao. Malheureusement pour le pays, au début du 19e siècle, c’est l’Amérique du sud qui devient le principal concurrent suivis par les Etats-Unis qui s’emparent également de l’export de ces produits.

Du côté humain, Haïti souffre aussi beaucoup. Les colons blancs étaient dans des conditions plus rudes que ceux de la République Dominicaine. Ils ont souvent été installés sans familles, au contraire de leurs voisins insulaires, et n’avaient qu’un but, développer l’économie à tout prix. Aussi cela pesait plus encore sur leur comportement dominant. Les noirs sont arrivés esclaves et les mulâtres avaient le malheur de n’être ni l’un ni l’autre. A l’indépendance, les batailles ont fait rage et a divisé les clans qui avaient tous soufferts. De nombreuses personnes ont été tuées tandis que du côté de la population noire on souffrait du manque d’habitants pour une raison supplémentaire : des anciens esclaves avaient aussi été revendus aux Etats-Unis. Pour témoignage, on trouve une lettre1 du 1er Chef d’Etat, Jean-Jacques Dessalines, datant de 1804 qui essaie, tant bien que mal, de racheter aux bateaux des Etats-Unis des personnes de couleurs qui sont esclaves là-bas. On sait également que, plus tard, le Président haïtien Jean-Pierre Boyer a négocié (pas gratuitement évidemment !!!) une vingtaine d’années plus tard, le retour de 6000 Noirs américains vers Haïti !!! Aucun Noir étant parti contre sa volonté de Haïti n’est donc revenu peupler le pays sans qu’une contre partie financière n’ai été versée vers les Etats-Unis…ou ailleurs. Et comme si tout cela ne suffisait pas, le « retour » de la diaspora n’a pas été du goût de tous les locaux et a créé des tensions internes (NDLR : comme tout retour des diasporas du monde dans leur pays d’origine). Les jalousies et rivalités internes et les traumatismes de l’esclavage ont pour conséquence de construire une gouvernance sur une base très fragile qui donnera suite à des régimes autoritaires pendant encore un siècle et demi.


En parallèle à ces souffrances causées par l’être humain, Haïti est régulièrement perturbée par des catastrophes naturelles à répétitions. A la frontière entre la plaque tectonique Caraïbe et celle d’Amérique du Nord, le coulissage entre celles-ci entraîne des séismes dont l’un des plus violent a eu lieu en 2010 entraînant la mort d’environ 250.000 personnes (sur une population d’environ 10 millions d’habitants) sur un seul pays ! A titre de comparaison, le tsunami de 2004 dans l’Océan indien a fait autant de victimes mais sur un ensemble de 14 pays ! En plus des tremblements de terre, Haïti se trouve sur le passage direct de cyclones d’une extrême violence. Dû au changement climatique, le nombre de cyclones s’est démultiplié ces dernières décennies. Ainsi le cyclone Mathew, à l’automne 2016, a encore augmenté les dégâts. Sans parler de l’épidémie de choléra qui a suivi le tremblement de terre…
Dans le cadre de sa diplomatie, l’Union européenne possède une Délégation dans la capitale, Port-au-Prince. Depuis 1995, dans le cadre de son programme de coopération au développement l’UE a dédié € 355 millions d’Euros de son budget pour aider Haïti. L’aide ne se situe pas seulement au niveau humanitaire et donc urgent mais aussi et surtout dans un cadre de développement durable avec des projets à long terme tels ceux sur l’éducation, l’urbanisme ou encore l’agriculture. Suite au contexte historique et aux éléments destructeurs actuels de ce pays décrits ci-dessus, l’UE s’emploie à être sur la bonne voie vis-à-vis de ce pays.

N’avons-nous pas été, lors de guerres, et ne sommes-nous pas toujours parfois, lors de crises économiques, des émigrés vers les Etats-Unis ou ailleurs ? Devons-nous alors accepter de nous faire maltraiter par les gens qui voient, sans comprendre toujours, les choses de l’extérieur ? Non ? Et si non, pourquoi les autres ?

Contribution de Diane Luquiser expert en affaires européennes et internationales, créatrice du projet « cocoa for Haiti » (https://cocoaforhaiti.com/)

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