La rivalité géopolitique franco-allemande: épicentre de la crise de l’Union européenne

Merkel-HollandeDr Pierre-Emmanuel Thomann OPINION

Malgré les célébrations  du  60ème anniversaire du traité de Rome marquées par un mélange d’autosatisfaction et de promesses incantatoires, les faits sont là : l’Union européenne est entrée dans une phase de  régression géopolitique. Les négociations pour le Brexit vont focaliser pendant deux ans les énergies au sein de l’UE.

Derrière le Brexit, se cache en réalité une fissure géopolitique plus significative au cœur de l’Union européenne qu’une sortie des Britanniques de l’Union européenne à laquelle ils n’adhèrent de toute façon que de manière sélective depuis leur adhésion : la nouvelle rivalité géopolitique franco-allemande. Les gouvernements français et allemands craignent le Brexit avant tout pour des raisons d’équilibre de pouvoir au sein de l’Union européenne. Le Royaume-Uni permettait jusqu’à présent à la France de rééquilibrer le poids de l’Allemagne et l’Allemagne de masquer l’asymétrie franco-allemande.

Au centre des difficultés de l’Union européenne face à l’empilement des crises est l’impensé de la nouvelle rivalité géopolitique franco-allemande. La panne du couple franco-allemand face au Brexit dans le contexte de « nouvelle guerre froide » est le facteur principal du processus de fragmentation de l’Union européenne. Le projet européen est issu de la rivalité franco-allemande, et ses perspectives futures dépendent toujours de la relation franco-allemande, hier comme aujourd’hui.  

Cette nouvelle rivalité géopolitique entre la France et l’Allemagne a émergé après l’unification allemande et l’élargissement de l’Union européenne renforçant selon la perception française, le déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Allemagne et une prépondérance allemande dans les institutions européennes.

Sans accord franco-allemand sur les finalités du projet européen, le Brexit est le catalyseur d’un processus géopolitique potentiellement aussi important que la chute du mur de Berlin, d’autant plus que la tendance globale est à la fragmentation. L’avenir du projet européen, à l’inverse d’une fuite en avant fédéraliste, ressemblera plutôt à un nouveau concert de nations interdépendantes dont la finalité est de maintenir les équilibres géopolitiques précaires entre les nations européennes, avec pour épicentre, l’équilibre entre l’Allemagne et la France. La méthode de Monnet est obsolète et c’est Metternich qui se profile à nouveau.              

 

Dr Pierre-Emmanuel Thomann- Géopolitologue, Eurocontinent      

 

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