« Europalia »: « Imagine Istanbul, à Bozar jusqu’au 24 Janvier #culture #bruxelles

Intéressant contraste entre l’Istanbul de la fin du 19ème siècle et de le début du 20ème, l’exposition « Imagine Istanbul » – exclusivement consacrée à des photographies d’une ville fondée sur 2 continents, l’Europe et l’Asie – nous révèle, notamment une fort belle série de photos d’Ara Güler (°1928) photographe, bien sûr, mais aussi artiste, journaliste et historien, une qualification qu’il accepte volontiers, à l’inverse de celle d’ « artiste », à l’image de notre Brel national, qui refusait qu’on le dise « poète ».

De ce photographe, considéré comme étant le plus important en Turquie, souvent surnommé « L’Oeil d’Istanbul », son compatriote, Orhan Pamuk (°1952), « Prix Nobel de Littérature » 2006 et membre du jury du « Festival de Cannes » 2007, écrit: « … La plus grande réussite d’Ara Güler est d’avoir réalisé un mémorial visuel qui restitue la ville dans toute sa richesse et sa poésie. Chaque fois que j’analyse les détails des photographies d’Istanbul de Güler, j’ai envie de m’installer à mon bureau pour écrire sur la ville».

Et d’ajouter, lors d’une rencontre avec ce photographe d’exception, visible sur une vidéo projetée en début d’exposition: « Ce que l’on voit dans ses photos, ce sont les relations humaines, les objets, la nourriture, les regards, les peaux, les yeux, les sentiments, …, comme les immeubles… Son regard, sa photographie coïncident avec l’émotion de la Ville, avec la stature, le langage corporel et l’apparence des gens qui y vivent. En regardant les gens, on ressent cette émotion… C’est comme défendre toute une vie, une Ville que l’on habite, …, l’architecture, la vie quotidienne, les objets… Avec la Ville qui grandissait, nous avons, cependant, graduellement pu observer  qu’elle engloutissait tout ce que nous avions vu , tous nos souvenirs, tout ce que nous connaissions, comme un « tsunami » emportant tout sur son passage ».

(c) Ara Güler

(c) Ara Güler

Journaliste dès 1950, pour « Yeni Istanbul », il fut le 1er correspondant au Proche Orient, pour « Time », dès 1958, avant d’être publié par « Paris-Match » et « Stern », adhérent, pour quelques années, à la célèbre « Agence Magnum », suite à ses rencontres avec Marc Riboud (°1923) et Henri Cartier-Breton (1908-2004), quelques photographies d’Istanbul réalisées par ce dernier étant, par ailleurs, également exposées, complétant, avec brio, la vision qu’Ara Güler porte sur sa Ville, son port, ses panoramas aux nombreuses mosquées, ses pêcheurs, ses vieilles maisonnettes de bois, ses tramways sous la neige, ses chariots attelés, ses porteuses d’eau, ses enfants en pleine joie de vivre, ses hommes attablés dans des tavernes, ses ouvriers prenant un temps de repos en rue, … Des photos qui ne laissaient pas les Istanbuliotes indifférents… Ainsi, un jour, un homme vint remercier Ara Güler d’avoir fait connaître son père, par la publication d’une de ses photographies où il était présent! … Mais, aujourd’hui, ce témoin de la grande époque d’Istanbul écrit: « Maintenant, il n’y a plus rien à photographier, ce n’est plus que le cadavre d’Istanbul. Tout est dans ma mémoire » … Une raison de plus, pour nous, de visiter l’exposition « Imagine Istanbul », cette ville au croisement de l’Europe et de l’Asie, s’étant tellement modernisée!

… Mais, tout au contraire, remontons le temps, grâce à l’intéressante collection d’Omer Koç, commençant par deux longs panoramas constitués, chacun, de 10 photographies, réalisés au 19ème siècle, peu après la naissance de ce nouvel art, dénommé photographie. Suivent une bonne vingtaine de photos d’Istanbuliotes, 3 photos stéréoscopiques, et une série de photographies d’ambiance, auprès d’un coiffeur de rue, de fumeurs de narguilé, dans les allées de bazars traditionnels, …

Nous sommes les témoins, ici, d’une double excitation, celle suscitée par les 1ères photos et celle provoquée par la découverte d’Istanbul, notamment par nombre de Rois, Empereurs et diplomates de nombreux pays. Nous apprenons, aussi, qu’Abdulaziz (1830-1876), devenu 32ème Sultan ottoman, en 1861, était particulièrement demandé pour signer ses photos, réalisée dans l’un des 1ers studios photographiques, trois frères turcs ayant, à cette époque, ouverts le leur à Paris.

Tournant le dos au passé, découvrons le contraste offert par d’immenses photographies en couleurs, réalisées par le Turco-Néerlandais Ahmed Polak (°1978/récent lauréat, aux Pays-Bas, du prix « Fotograaf des Vaderlands »), qui nous montre quelques contrastes qu’Istanbul nous offre, au 21ème siècle, comme cette femme voilée, revêtue dune longue robe noire, proche d’une dame, cheveux au vent, portant une robe courte, blanche à fleurs multicolores. De même, dans le métro, nous retrouvons, assises dans la même rame, d’autres femmes aux vêtements musulmans traditionnels et aux tenues décolletées modernes. Avec plaisir, regardant une vidéo, nous l’écoutons parler de son art et d’une ville transpirant d’interactions entre la tradition et la société moderne en constante mutation: « Cela fait 20 ans qu’Istanbul et moi nous vivons une relation tout à fait intense. Istanbul est une plaque tournante… La Turquie a longtemps été plongée dans le sommeil, mais aujourd’hui les choses changent car les gens de Turquie et d’ailleurs arrivent dans la ville, créant un mix d’histoire et de cultures ».

Avant d’aborder les 2 derniers photographes proposés par « Europalia Turkey », nous découvrons une installation symbolisant le une activité typique du Pont de Galata, qui enjambe le Bosphore, à le « Corne d’Or », et leurs … cannes à pêche… Un film, du a Maurice Pialat (1925-2003 ), nous est ensuite proposé, sous le titre: « Aspects de la Turquie Hier et Aujourd’hui » (1964), avec un commentaire type des documentaires de l’époque: « La sirène des navires attire à la tâche… Ceux qui partent, ceux qui arrivent, ceux qui restent, tous se retrouvent sous le Pont de Galata » …

Quelques marches plus haut, nous découvrons le travail réalisé par la plasticienne, photographe et réalisatrice française, Sophie Calle (°1953), lauréate du « Prix international de la Fondation Hasselblad », en 2010. Pour cette exposition, comme artiste en résidence, elle a filmé des Turcs découvrant la mer pour la 1ère fois. Elle écrit: « A Istanbul, une ville entourée par la mer, j’ai rencontré des gens qui ne l’avaient jamais vue. Je les ai emmenés sur le rivage de la mer Noire. Ils se sont approchés de l’eau, un à un, les yeux baissés, fermés ou masqués. J’étais derrière eux. Je leur ai demandé de regarder la mer et de se tourner vers moi ensuite, pour me montrer ces yeux qui venaient de voir la mer pour la 1ère fois ». Le résultat est à voir sur 4 écrans vidéos.

Pour suivre « Nothing surprising », une série de photographies carrées d’une ville, qui est tout sauf carrée, révélant la vision artistique du Turc Ali Taptik (°1983), un travail à l’antithèse d’Ara Güler, nous dévoilant son Istanbul, celle de déchets qui suintent, de sacs à patates traînant en rue, d’un feu brûlant sur un trottoir, de murs crasseux, de déchets divers, … Ne se voulant pas un critique d’Istanbul, il se dit vivre en interaction intime avec elle, la dernière photo de l’exposition étant son autoportrait.

Notons enfin que, dans le cadre de cette expo, 2 artistes ont eu l’opportunité de créer de nouvelles œuvres en résidences, à Istanbul: « Débruit » (Xavier Thomas, un Breton), compositeur-instrumentiste, qui a réalisé un album sur base d’un matériel sonore enregistré au sein de l’électrique et excitante Istanbul, dont les sons nous parviennent tout au long de notre visite, et Bieke Depoorter, une Belge néerlandophone, nominée à l’agence Magnum, en 2012, en devenant membre associée, en  2014, qui nous présente sa série de photographies, réalisées dans le cadre de « Imagine Istanbul », dans le « Hall Horta », gracieusement accessible à tous

A chacun de nous, au travers des différentes représentations de cette ville particulièrement attachante, de nous « imaginer » l’Istanbul qui nous est propre. « Imagine! Il y a autant d’Istanbul qu’il y a de photographes, voire que de visiteurs ».

Exposition ouverte de ce mardi 19 à ce dimanche 24, de 10h. à 18h., avec ouverture tardive jusque 21h., ce jeudi 21. Prix d’entrée spécial pour la dernière semaine: 8€ (au lieu de 12). Catalogue: 45€ (Ed. « Lanoo »).

… Et comme « Europalia » fêtait, cette année, un double anniversaire: 25ème édition et 45 ans d’existence, la 1ère édition ayant été consacrée à l’Italie, en 1969, une exposition gratuite: « Happy Birthday Europalia » nous est également proposée, en attendant le prochain rendez-vous, d’octobre 2017 à janvier 2018, avec, à l’affiche: l’Indonésie!

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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