« Verlaine, Cellule 252 », au « BAM », à Mons, jusqu’au 24 Janvier. #verlaine #wallonie

Même si une éblouissante fête de clôture, avec bals et feux d’artifice, a été organisée fin décembre, « Mons 2015 » se poursuit pour quelques semaines encore.

Aussi, jusqu’au24 janvier, si vous aimez la littérature, ne manquez surtout pas de voir, ou revoir, la fort intéressante exposition consacrée à Paul Verlaine (1844-1896), résidant, de 1873 à 1875, à la prison de Mons, d’où son organisation en cette  même ville, au 2ème étage de son « Musée des Beaux Arts », le « BAM ».

Avant même notre entrée, devant le bâtiment, nous découvrons, exposé sous une cloche de protection, le dernier véhicule cellulaire original encore conservé en Belgique, semblable à celui qui, jadis, achemina le poète vers son lieu de détention.

« C’est bien la pire peine / de ne savoir pourquoi / sans amour et sans haine /mon coeur à tant de peine », écrira-t-il un jour, alors qu’âgé de 14 ans, seulement, il envoyait déjà, à Victor Hugo (1802-1885), un poème, dont le titre  pouvait étonner pour un jeune adolescent: « La Mort »… Deux ans plus tard, à 16 ans, il quitte sa Lorraine natale pour Paris… En 1866, à 22 ans, il publie son 1er recueil: « Les Poèmes saturniens », alors qu’en 1870, à 26 ans, il épouse une jeune-fille de 17 ans: Mathilde Mauté (avec qui il aura un fils, Georges/1871-1926), un autre poète, Arthur Rimbaud (1854-1891), arrivant à Paris en 1871, ce qui, rapidement, pousse Verlaine à vivre tantôt avec son épouse, tantôt avec son ami, devenu amant, Rimbaud, d’où ces quelques mots de ce dernier, alors que Verlaine s’en était retourné auprès de Mathilde: « Reviens, reviens, cher Ami, seul Ami, … Je jure que je serai bon … reviens, je veux être avec toi, je t’aime »! …

Quelques mois plus tôt, Verlaine avait écrit à sa mère, Elisa Dehée (1809-1886), alors qu’il vivait avec Rimbaud: « J’ai résolu de me tuer si ma femme ne vient pas dans 3 jours… Adieu s’il le faut », signé: « Ton fils qui t’a bien aimée »… Bien évidemment pour une exposition ayant trait à la littérature, de nombreux écrits originaux se doivent d’être exposés: lettres, souvent illustrées de jolis dessins, poèmes, …

Fort heureusement, la scénographie imaginative aide les visiteurs à aller au-delà des mots, ne fut-ce que par différents objets exposés, tel ce revolver, de fabrication belge (« F.N. »), pièce maîtresse de l’exposition, dévoilé en public pour la 1ère fois, découvert, chez un collectionneur particulier, par Bernard Bousmanne, le commissaire de « Verlaine, cellule 252. Turbulences poétiques ». Acheté par Verlaine dans une armurerie bruxelloise de la « Galerie St.-Hubert », il avait été confisqué par la police, qui le rendit à cet armurier, ce dernier, lorsqu’il remit son commerce, l’offrant à un de ses clients, n’ayant aucunement conscience de la valeur historique de cette arme.

De fait, en 1873, après un séjour à Londres, les 2 poètes devenus amis, puis amants, vinrent en Belgique, où se déroula « L’affaire de Bruxelles », voyant Verlaine, ayant abusé d’absinthe, utiliser ce revolver pour tirer, à 2 reprises, sur Rimbaud, qui, uniquement blessé au poignet, fit appel à la police locale, sans, pour autant, porter plainte contre son agresseur. Ainsi Rimbaud écrivit-il au juge: « Mr. Verlaine était dans un tel état d’ivresse qu’il n’avait point conscience de son action. Je déclare renoncer à toute action en justice ».

Néanmoins, Verlaine, incarcéré à Bruxelles, à la prison des « Petits Carmes », se trouve confronté à la justice belge, qui le condamne à 2 ans de réclusion, non pas pour avoir blessé Rimbaud, mais bien parce que les médecins Vleminckx et Sémal, quémandés par le juge Théodore t’Serstevens, ont écrit dans leur rapport, après un examen médical brutal et humiliant de l’anus et du pénis de l’accusé: « De   cet examen, il résulte que P. Verlaine porte sur sa personne des traces d’habitudes de pédérastie active et passive » … Qui plus est, un poème avait été trouvé dans son portefeuille! … Extraits: « Quel ange dur ainsi me bourre / … / Que je m’envole au paradis » … Fort heureusement, cette recherche de preuves de l’homosexualité d’un accusé, au 21ème siècle, chez nous, serait, désormais, inimaginable! …

Si ce rapport médical est exposé, des « unes » de journaux d’époque le sont également, alors que, par des diffuseurs situés au-dessus de nous, lecture est faite en anglais, néerlandais et français de différents courriers en rapport avec son procès, ainsi que de l’un ou l’autre de ses poèmes.

Au centre de la salle suivante, témoignant de son transfert à la prison de Mons, nous pénétrons au centre d’une installation constituée d’e 7 anciennes portes (comme 7 péchés capitaux et 7 vertus) de cette prison cellulaire, inaugurée en 1867 et prévue pour 380 détenus. Pour bonne conduite, Verlaine, bénéficie d’une remise de peine de 169 jours, mais est reconduit à la frontière française de Quiévrain, étant expulsé du Royaume. Peu après sa sortie de prison, il écrit: « J’ai naguère habité le meilleur des châteaux / Dans le plus fin pays d’eau vive et de coteaux / Quatre tours s’élevaient sur le front d’autant d’ailes / Et j’ai longtemps, longtemps habité l’une d’elles » et encore: « Oh Belgique, qui m’a valu ce dur loisir, merci! J’ai pu, du moins, réfléchir et saisir, dans le silence doux et blanc de tes cellules, les raisons qui fuyaient comme des libellules », sans oublier: « Qu’as-tu fait, ô toi que voilà / Pleurant sans cesse / Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà / De ta jeunesse/?  … Dans son ouvrage « Mes Prisons », il dévoile ses années d’emprisonnement, y relatant l’ « Affaire de Bruxelles », son séjour à Mons et la ferveur de sa conversion religieuse qu’il vécut durant ce séjour carcéral.

Verlaine Portrait

 

 

En 1888, il demande à Félicien Rops (1833-1898) d’illustrer son ouvrage « Parallèlement », publié en 1889, sans l’apport de Rops, celui-ci travaillant à son rythme. Par contre la « Sphyngue » (« sphynx » au féminin) de Rops apparaît bien, en couverture de « Chair », publié après le décès du poète.

La dernière salle évoque les conférences que Verlaine donna, parfois avec un succès mitigé, à Cambridge, Londres, Oxford, Amsterdam, La Haye, Leiden, Antwerpen, Bruxelles, Charleroi, Gent, Liège et en Suisse, les visiteurs pouvant compulser différents recueils du poète, un ouvrage étant en néerlandais et un autre en anglais. Libre à chacun, également, de reconstituer, sur des panneaux muraux des poésies dont les mots, écrits sur des « magnets », son mélangés. Idée originale que de réaliser des puzzles littéraires, en écho aux nombreuses phrases qui décorent les trottoirs de la ville (projet de Karelle Ménine: « La Phrase »)

Revenons à la scénographie du « BAM » pour signaler une autre 1ère mondiale, exposée à l’entrée de l’exposition, photographique quant à elle. Il s’agit d’un portrait de Verlaine – le dévoilant encore très jeune et sobre (cfr. notre illustration), tout à l’opposé des autres photographies que l’on connaît -, dont la plaque de verre, support négatif de l’image vient d’être retrouvée chez un de ses arrière arrière petits-neveux. Aussi, nous distrayant de la lecture de ces poèmes et de divers textes, nous trouvons, aux murs de toutes les salles, nombre d’autres photographies, de dessins, de caricatures, …

A son sujet, Emile Verhaeren (1855-1916) écrit: Verlaine est une manieur de verbes, exquis. Nul n’a mieux compris le vers traînant, lassé, fatigué, brûlant, qui peint l’ennui de nos cerveaux et de nos coeurs », alors que Stéphane Malarmé (1842-1898) écrit, quant à lui: « Il ne sera jamais possible de parler de vers sans en parler à Verlaine », ce qui n’empêche pas que Verlaine décède désargenté. une collecte étant faite pour organiser ses funérailles.

« A travers les pièces exposées, c’est le récit tumultueux d’un amour impossible, d’un procès humiliant, de la solitude d’une incarcération, et, toujours, celui d’un homme, Paul Verlaine, trahi par ses faiblesses, mais immense poète, pourtant oublié du grand public », écrit le commissaire, qui, avec son équipe, a voulu relevé un défi, celui de rendre au poète une part de ce qu’il a donné à la littérature. Assurément, il s’agit là d’une superbe réussite, à parcourir comme un roman épique. Merci à « Mons 2015!

A noter, le 18 octobre dernier, la présence d’une artiste américaine, Patti Smith (°1946), tout à la fois poète, chanteuse, musicienne de rock, peintre et photographe, une dernière aptitude qui lui a permis de laisser une trace de son passage surprise, sous la forme d’un triptyque photographique ayant pour centre d’intérêt le revolver utilisé par Verlaine. En outre, après avoir offert une rencontre publique aux visiteurs, témoignant de son attachement à l’oeuvre du poète, elle interpréta, a cappella, sa chanson: « Because the Right ». A sa demande, elle put échanger quelques propos avec les détenus de la prison de Mons, là-même où Verlaine fut détenu, de 1893 à 1895, rédigeant elle-même, sur un des murs de la prison, un poème inédit, long de 98 phrases.

Enfin, au 1er étage du « BAM », « Parade Sauvage », en hommage à Rimbaud, nous attend, mettant en lumière la résistance des artistes face au conformisme bourgeois des sixties. Anarchisme, ritualisme et travestisme se retrouvent par thème dans les différentes salles, en critique aux mass médias, détournant les images capitalistes sous formes d’affiches, collages, tracts, …, attaquant le conformisme social, par la peinture corporelle ou le rite sacrificiel, Andy Warhol (1928-1987) étant l’un des artistes exposés.

Ouverture, du mardi au dimanche, de 10h. à 18h. Prix d’entrée, incluant l’exposition « Parade sauvage », au 1er étage: 12€ (9€: étudiants, seniors & membres d’un groupe; 5€: étudiants du secondaire au sein d’un groupe; 4€: en famille de min. 1 adulte et 2 enfants de 12 à 18 ans & de max. 2 adultes et 5 enfants); 3€: – de 12 ans). Prix plein combiné, incluant l’exposition « L’Homme, le Dragon et la Mort » (jusqu’au 17 janvier), au « MAC’S », au « Grand Hornu », à Boussu: 14€. Davantage qu’un catalogue, un superbe livre, « Verlaine en Belgique » est en vente au « BAM », avec l’appui de la « Bibliothèque royale de Belgique » (Bernard Bousmanne/Ed. « Mardaga/2015/346 p.) Site: http://www.mons2015.eu.

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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