« Facing Time Rops/Fabre », à Namur. #art #culture #namur

Jusqu’au 30 août, Namur, ville partenaire de « Mons 2015 », vit à l’heure de l’événement « Facing Time Rops/Fabre », le « Musée Félicien Rops » mettant en confrontation les oeuvres des deux artistes, tant dans ses salles d’expositions temporaires que dans celles de la collection permanente du musée.

A l’occasion de l’ouverture de cet événement, au sein de la « Maison de la Culture de la Province de Namur », Jean-Marc Van Espen, Député-Président, évoquant une invitation posthume de Félicien Rops (1833-1898) à Jan Fabre (°1958),  déclarait, devant une salle comble: « Si ces deux personnalités avaient eu l’occasion de se côtoyer, ils se seraient compris, ils se seraient reconnus. On peut aisément imaginer que ces deux artistes, ces deux provocateurs, tantôt un peu irrévérencieux, parfois même irrespectueux, se seraient mutuellement soutenus… Imaginez la rencontre improbable, inédite, inattendue, et pourtant tellement intense! … Vous êtes sur le point d’être charmés, ébahis, émerveillés, choqués, voire même scandalisés. Préparez-vous à vous poser beaucoup de questions sur l’art, le processus de création artistique, la place de l’artiste dans notre société, et, finalement, sur vous-même » …

Et aux personnes qui ne comprennent pas pourquoi l’on peut consacrer autant d’argent à cet événement, dans un contexte économique difficile, Jean-Marc Van Espen reprend l’expression de Jack Lang, ancien ministre français de la Culture et de l’Education nationale: « L’économie et la culture sont un même combat: un centime investi dans la culture, c’est un bon placement. Il ne s’agit pas seulement de sous, mais de confiance dans l’avenir », ce que nos élus namurois ont mieux compris que Elke Sleurs, notre « Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique », qui, quant à elle, en réduisant les budgets octroyés aux musées fédéraux, compromet, désormais, l’organisation d’importantes expositions, à Bruxelles, nuisant, par là-même, à l’économie de la capitale de l’Europe.

Profitons donc de la chance offerte à Namur d’accueillir Jan Fabre, après Avignon, Berlin, Rome, Tokyo, New-York, …, et avant qu’il n’expose au « Palais de L’Ermitage », à St.-Pétersbourg.

Cet artiste anversois aimait visiter, régulièrement, l’ancien « Musée Rops », dans les années ’70, une époque où il venait  au « Casino » de Namur pour jouer au « black jack » et où l’on devait avoir 18 ans,  carte d’identité à l’appui, pour découvrir l’oeuvre érotique  de l’artiste namurois. Fasciné par la liberté d’expression de Félicien Rops, il déclara à Jan Hoet, en 1994: « Les sujets de ses dessins ont aiguisé mon imagination. En lui, je trouvais un complice (par) la manière dont il parvenait à exprimer ses points de vue, par la voie de symboles et de métaphores, (par) sa poésie radicale de luxure et de désir, de terreur illimitée. Dans nombre de (ses) dessins, la présence de la jouissance est liée à une prédilection pour la beauté laide, à un désir de souffrance, d’enfer, d’amour et d’amour de la mort ».

En 2011, à l’occasion d’un autre interview, il déclarait: « Si je devais voler une oeuvre dans un musée, ce serait « Pornocratès », de Félicien Rops »! Ainsi naquit l’idée de ce « Facing Time Rops/Fabre »! … Et Jan Fabre de se représenter, lui même, en sculpture, s’écrasant le nez contre un fac-similé du « Pornocratès » (1878) de Félicien Rops, une oeuvre en 3D, intitulée « Je me vide de moi-même » (2007), qui fut exposée au « Louvre », à Paris, et que nous découvrons, à Namur, au 2ème étage de la collection permanente du « Musée Félicien Rops ».

"Je me vide de moi-même"/Jan Fabre

« Je me vide de moi-même »/Jan Fabre

Caricatures, engagement politique, intérêt pour la nature, lieux de vie, vie nocturne, liens étroits avec l’écriture, érotisme, satanisme, corps vivants ou réduit à la forme de squelettes, célébration de la mort comptent parmi les thèmes présentés au sein du musée, la commissaire, Joanna De Vos, historienne de l’art, ayant pris soin de mettre en relation, comme elle l’écrit, « ces deux artistes indépendants (qui) abordent des sujets universels, tout en vivant selon leurs propres règles. Ils luttent pour leur monde, tout en faisant preuve de vulnérabilité et d’autodérision. « Facing Time » parle de leur maîtrise du temps, … Jan Fabre (voyant) en Félicien Rops un allié qui s’est créé un monde à lui  et un langage propre non conventionnel; qui a fait preuve d’intransigeance, de subversion, de total abandon, mais aussi d’intégrité et d’ironie… Rops et Fabre sont deux loups solitaires qui, dans un esprit de résistance passionnelle et poétique, créent une réalité bien à eux, ouvrant ainsi la porte à une imagination débridée ». Avec Félicien Rops et Jan Fabre, nous assistons, en outre, à un dialogue entre la Flandre et la Wallonie, entre le patrimoine et l’art contemporain, les préoccupations des deux artistes dépassant les périodes de l’histoire.

Sur le plan littéraire, si l’Anversois créa son magazine « Janus », en 1999, le Namurois, lui, dans une lettre à Charles De Coster (1827-1879), datée de 1856, écrivait: « Le journal est né (« L’Uylenspiegel », dont De Coster fut l’un des journalistes, ndlr), l’accouchement a eu lieu sans les secours du moindre forceps, l’opération césarienne n’a pas été nécessaire, l’enfant et les dix papas se portent bien, … le baptême a eu lieu, … je t’enverrai, dimanche, les dragées, enveloppées dans dix numéros ». Une copie de cette lettre étant présentée, au 1er étage de la collection permanente, dans un ingénieux meuble secrétaire, où des copies électroniques de nombre de lettres de Félicien Rops peuvent être consultées, certaines étant, en elles-mêmes, d’authentiques oeuvres d’art, de superbes dessins, finement exécutés, les décorant, ce qui ne peut qu’inciter à la réflexion, à notre époque, celle des courriels, dépourvus du moindre dessin, bien vite destinés à la « corbeille »! Ce courrier de Rops, quel héritage, si bien mis en valeur par le musée namurois qui lui est dédié.

"Justicia" & "La Marotte macabre"/Lettre de Félicien Rops

« Justicia » & « La Marotte macabre »/Lettre de Félicien Rops

C’est à la « Maison de de la Culture » que nous retrouvons l’original de la lettre ci-dessus, dialoguant avec la série « Chapitres I-XVIII » (2010) de 18 auto-portraits, en bronze poli, de Jan Fabre, se représentant en homme-animal, tantôt affublé de cornes de cerf ou de rhinocéros, de bouc ou de licorne, porteur d’oreilles d’âne ou de lunettes « punk », posé ou passant la langue, hilare ou triste, moustachu ou barbu, se rajeunissant ou se vieillissant à souhait. « Je suis le soigneur et le gardien de tous les animaux qui m’habitent », écrivait-il en 1984. Côté Sambre, des citations des deux artistes dialoguent. Ainsi, à 102 ans de distance, nous retrouvons ces quelques mots: « Je n’ai pas de petites vanités, j’ai l’âpre et triste orgueil que donne la recherche sincère, même sans succès » (Rops, 1887) et « Mon orgueil est mon humilité » (Fabre, 1989). Ou encore: « Je respecte toutes les opinions, même les miennes » (Rops, s.d.) et « L’autonomie de l’artiste. Enfreindre ses propres lois et règles » (Fabre, 1982).

Entre les 2 salles, une intéressante vidéo nous permet de faire plus ample connaissance avec l’artiste anversois. Ainsi, nous le voyons, lors de la « Biennale de Venise » 2011, diriger, avec fermeté, une « master-class » destinée à des actrices et acteurs italiens. « Tout acteur doit aller au bout de ses limites et transmettre quelque chose, apprendre à de venir autre chose », dit-il. A Zagreb, le voici en pleine répétition de son « Prometheus Landscape II », dont nous voyons des extraits. « Je vis juste au travers de mon travail, n’étant à Anvers qu’un mois par an. Dans ma chambre d’hôtel, je suis chez moi, je crée. Je carbure à l’envie, à l’amour, au plaisir du travail, c’est une drogue. Mon chez moi, c’est mon travail. Je suis un serviteur de la beauté ». Se levant parfois à 14h., il apprécie la nuit: « Je suis une sorte d’hiboux. La nuit me rassénère, me permet de me concentrer », déclare-t-il!

Pour ce documentaire, « Jan Fabre – Guerrier de la Beauté » (2012), réalisé pour « TV Een », il retrouve le « Seefhoek » de son adolescence, là où, dans les années ’70, il n’hésitait pas à se prendre pour « Robin des Bois », volant des chaussettes de football pour les offrir à des enfants nécessiteux… « N’oublie jamais d’où tu viens », lui disait sa mère… Retour à Venise, nous découvrons sa « Pièta », en marbre blanc, estimée à 900.000€! … Le visage de la vierge est un crâne et Jésus, qui repose sur ses genoux, a le visage de l’artiste… Au journaliste, il déclare: « Quand il y a de l’argent qui rentre, je pense déjà à ce que je vais en faire dans de prochains projets… Et j’en prépare pour 30 ans après … ma mort. Ils prendront du temps à se réaliser ». Et dans un de ses ateliers, regardant l’une de ses oeuvres, un crâne décoré d’élytres de scarabées, ayant un oiseau empaillé entre ses dents, il déclare: « Je regarde la mort dans les yeux »! … La mort, un thème récurrent dans l’oeuvre de Rops, également! …

… Et dans la seconde salle, nous retrouvons ce dialogue entre nos deux artistes, ainsi en rapport avec des heaumes sculptés par Fabre, nous découvrons ceux peints par Rops, ou encore deux phallus, vus par Rops, sur un visage d’homme, face à un autre dressé sur un crâne doré, tel que vu par Fabre, ce dernier nous présentant ainsi une série de petites reliques, également réalisées en bronze poli, reprises sous le titre de « Chalcosoma » (2006-2012), cette série se complétant de trois autres reliques exposées à l’église St.-Loup, là-même ou Félicien Rops fut le témoin de l’accident vasculaire cérébral qui laissera Arthur Rimbaud (1854-1891) aphasique. Comme l’écrivit Bernard-Henri Lévy (°1948): « Rimbaud a commencé, ici, le chemin de croix de la fin de sa vie, Rops se flattant d’avoir pu l’accompagner dans ses derniers jours ».

"Chapitre XI"/Jan Fabre/ ©Pat Verbruggen

« Chapitre XI »/Jan Fabre/ ©Pat Verbruggen

… Et si dans les rues de la capitale wallonne, nous retrouvons des oeuvres récentes de Jan Fabre, il est primordial de partir à la découverte d’anciennes oeuvres, certaines étant proposées pour la 1ère fois au public, au sein du « Musée Félicien Rops », des photos, son cabinet entomologique (1980-1981), des vidéos abordant son travail théâtral et cinématographique, ses nombreux tableaux réalisés au stylo à bille (deux oeuvres de 200 x 150 cm ayant nécessité l’utilisation de … 150.000 « Bics »), ses oeuvres incluant des milliers de punaises, du sang, des ossements humains, des animaux empaillés (oie, paon, serpent) ou des centaines d’élytres de scarabées (dont il s’est servi, aussi, pour décorer une pièce du Palais royal, à Bruxelles), …

A noter, dans le jardin du musée, « L’Homme qui écrit sur l’Eau » (2006), une oeuvre constituée de sept baignoires en bronze poli, lui-même s’étant représenté dans l’une d’elles, sans oublier que, au 1er étage des salles d’expositions, Rops et Fabre présentent un érotisme, parfois particulièrement cru, les 14 dessins de ce dernier, de la série « The Fountain of the World » (1979) dialoguant avec diverses oeuvres de celui dont il a tant admiré le talent, telles « Voyage au Pays des vieux dieux » (s.d.), « Ste.-Thérèze (s.d., portant la mention manuscrite: « Elle rêvait de choses innommées… »), « Louis XIV » (s.d., citant Bossuet: « Tout est grand chez les Roys »), …

Ouverture 7 jours/7, de 10 à 18h., le 06/08, jusque 20h. (avec, à 18h.30, au musée, projection du film « Les Guerriers de la Beauté » (Pierre Couliboeuf/2002/75’/inspiré par les créations théâtrales de Jan Fabre/5€, incluant l’accès à l’exposition). Prix d’entrée combiné pour les deux expositions (« Musée F. Rops » & « Maison de la Culture »): 10€ (tarif réduit: 5€; – 18 ans, art. 27 et 02 août, pour tous: 0€). Audioguides « iPod Touch »: 2€. Site: http://www.ropsfabre.be. Catalogue: 32€ (Bernard-Henri Lévy, Joanna De Vos & Véronique Carpiaux/Ed. « Somogy »/280 p./170 illustrations/2015). A noter que le musée sera fermé du 31 août au 21 septembre.

En relation avec « Facing Time », organisation de stages de sculptures pour adultes, à l’ « Académie des Beaux-Arts », de 10h. à 16h.: du 10 au 14 août: « Jeux de Matières » (100€ + 20 de matériaux/Infos: 081-77.67.55) & du 17 au 21 août: « Le Bronze, Découverte et Initiation à la Coulée » (100€ + 70€ de matériaux/Infos: 081-77.67.74, de 9h. à 12h.). Le 21 août, à 12h., visite gratuite du tout nouveau « Centre du Visiteur » (une scénographie innovante, à la découverte de 2000 ans d’histoire namuroise et européenne) de « Terra Nova », à la Citadelle, et promenade vers une oeuvre de Jan Fabre: « Searching for Utopia », tortue dorée de 6 tonnes, montée par son cavalier, arrivée par hélicoptère et visible du confluent. Chacun apportant ses victuailles, nous sommes invités à un pique-nique original, à quelques jours de la clôture de l’événement « Facing Time Rops/Fabre ».

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

 

 

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