La chronique de Piet Bull #humour #medi

Piet Bull - 2

BOUILLON DE ONZE HEURE

Les humains sont devenus fous ! Figurez-vous que ma maîtresse, qui croit tout ce qui se dit chaque soir dans la caisse magique, s’est mise en tête de “vivre sain” et de “manger de même manière”. Le matin, elle s’en va faire courir pendant une heure et – Horreur ! – me prend avec elle. Ce n’est pas que je déteste faire de l’exercice mais de là à appeler cela (comme elle l’ose) “me promener”, il y a de la marge. Comment en effet faire mes besoins, sentir l’odeur d’une jolie petite femelle, sans me laisser distancer et devoir, ensuite, effectuer un effort “surcanin” (Les hommes – qui souvent ne pensent qu’à eux-mêmes – disent “surhumain” !) pour la rattraper ? Encore une chance qu’elle ne me mette pas de laisse ! (Quoique… Lors des périodes de gel, en solidarité avec mes frères canins du Grand Nord, ce serait assez amusant de la voir se transformer en une sorte de husky peinant à traîner dans son sillage un poids mort de plusieurs kilos.) Mais je ne vous dis pas les remontrances dont elle m’abreuve en sautillant sur place quand je la rejoins : “Un esprit sain dans un corps sain” est son leitmotiv… alors que mon maître la préfèrerait – dit-il – “Un esprit sage dans un corsage”. Pour la balade vespérale, c’est d’ailleurs avec lui que je sors : il ne fait pas de jogging mais préfère le vélo et je respire, en guise de “bol d’air”, les gaz d’échappement des véhicules qui nous dépassent. Cette action sportive, imposée par la “paix du ménage”, ne dure cependant jamais très longtemps car il s’arrête en catimini trois blocs plus loin dans un café où il passe le temps, entre amis, devant “une” bière. Quand c’est l’heure de rentrer, il mâche un chewing gum pour masquer les relents de la boisson, remonte sur sa bicyclette et – arrivé à la maison – se compose un visage digne d’un coureur du Tour de France venant d’escalader les Alpes. Moi, je me précipite dans le jardin pour fertiliser le potager d’un engrais naturel qui fera plaisir à son utilisatrice !

Car la nourriture “bio” a désormais, seule, droit de cité chez nous ! Fini le “bœuf aux hormones”, la “cervelle de vache folle”, le “mouton atteint de la tremblante”, le “poulet vecteur du virus H1N1”, le “porc bourré de sulfite”, les “œufs à la dioxine” : on est devenu “Copro-phages” en achetant chez Coprosain* ! Terminés les fruits et légumes de provenance étrangère, souvent “gonflés à l’eau”, forcés par des apports chimiques, cueillis avant maturation pour mûrir pendant le transport : on mange les produits du jardin ou – à défaut – on se fournit chez un petit agriculteur écologiste à la main verte, que l’on connaît et qui a ses plants sis à Tihange juste à côté de la centrale nucléaire! Les moules et autres coquillages ? Ce sont des filtres à eaux de mer qui retiennent tout le mercure. Ne parlons pas du poisson car on n’en consomme plus (Bubulle, dans son bocal, étant trop chétif pour sustenter notre famille, fût-ce pour un simple repas !) : certains étant nourris à la néfaste huile de palme (graisse saturée, créatrice de “mauvais cholestérol”), d’autres nécessitant huit kilos de farine animale pour grossir d’un seul, d’autres encore – à cause des déchets de la pollution – rendant partiellement stériles les hommes**, il ne reste plus que les vertébrés aquatiques “sauvages” qui sont devenus en voie de disparition et/ou hors de prix !

Evidemment, si la qualité des repas s’en trouve grandie, leur quantité en est réduite à la portion congrue car le budget n’est pas extensible. Ma maîtresse est cependant enchantée : elle ressemble de plus en plus à ces mannequins anorexiques qu’elle envie chaque semaine dans ses magazines féminins. Mon plus fidèle ami, lui, parvient à maintenir son poids grâce aux “petits à-côtés” de son quotidien vélocipédique. Quant à moi… Moi, je vais très bien, merci ! Il faut dire que la viande “bio” est sans conservateur et que, après deux/trois jours, même dans le frigo, elle dégage une odeur légèrement suspecte. Bien sûr, dans ce cas, c’est bibi qui s’en régale ! Idem, par précaution, lors des nombreuses alertes médiatiques alimentaires : “grippe aviaire”, tout la volaille pour Piet Bull ; “peste porcine”, je reçois aussi l’ensemble des cochonnailles ; “langue bleue chez les ovins”, je m’en pourlèche donc les babines ; “brucellose parmi les bovins”, c’est encore “Miam ! Miam !” ; “fromage moisi refondu et remis en commerce***”, toujours pour “la poubelle à quatre pattes”… !

Il y a un mois, le contrôle s’est renforcé ! Un article d’une feuille de chou écolo (la feuille, pas le chou !) a “informé” que la plupart des conserves contenaient trop de gras, trop de sel, trop de glucose, trop de produits chimiques. Toute notre réserve a volé à la décharge municipale. (Grrrr ! Il paraît que c’était trop fastidieux d’ouvrir toutes ces boîtes pour me nourrir.) Pire ! Un autre “papier” de ce journal a affirmé que le vin enfermait trop de tanin, les bières et les sodas trop de sucre, le café et le thé trop de caféine… quant aux boissons “light”, elles incluraient une substance hépato-toxique. Conclusion : depuis, ma maîtresse n’a plus bu que de l’eau en bouteille (celle du robinet comprenant trop de chlore !) jusqu’à ce qu’une bonne âme l’informe que le plastique de cet emballage était également susceptible de créer les conditions favorables au développement d’un cancer.

Malgré son régime écolo-drastique, ma maîtresse ne vivra peut-être pas jusque 120 ans… elle est à l’hôpital pour se guérir d’une “déshydratation avancée”, additionnée d’une “malnutrition morbide” !

Chiens errants et affamés d’Europe occidentale, si vous voyez passer une caravane de spectres décharnés, n’aboyez pas pour protester du fait qu’il n’y aurait rien à grignoter sur leurs os : il ne s’agit que d’un “défilé de (victimes de la) mode” !

Piet BULL

* Cette chaîne de produits “bios”, issus de petits producteurs wallons, existe réellement. Si les marchandises qui y sont vendues sont d’excellente qualité, on ne peut que déplorer (Quoiqu’il vaille mieux en rire qu’en pleurer !) que l’appellation choisie puisse prêter à confusion avec la racine sémantique grecque “kopros(“Excrément”).

** Ainsi, par exemple, par un arrêté préfectoral du 22/06/2011, il a été interdit en France de consommer, entre autres, les poissons pêchés dans la Loire qui – à force de bouffer les débris de bouteilles en plastique – sont devenus toxiques en raison d’un trop fort taux de polychlorobiphényl. A Bruxelles, les pêcheurs en étangs sont obligés de rejeter leurs prises et les seuls poissons qu’ils peuvent emporter chez eux sont ceux du canal… un égoût à ciel ouvert. Bon appétit !

*** Cette situation est réellement arrivée: en Allemagne, du fromage moisi et/ou rongé par les souris a été revendu à une grande firme italienne, internationalement connue… qui l’a refondu pour en faire de la mozzarella ! Entrefilets dans la presse et silence assourdissant des autorités sanitaires qui ont laissé les produits de cette entreprise sur le marché.

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