La grande guerre s’invite au BAM

Jusqu’au 23 novembre, c’est au tour du « BAM », à Mons, de présenter ses expositions, en témoignage de la première guerre mondiale, voulue et faite par des hommes, précédée d’une période de paix et de progrès (techniques, médicaux, artistiques, …).
Mais pourquoi autant d’événements autour de ce thème? Comme le disait le 1er Ministre en Affaires courantes, Bourgmestre en titre de Mons, en ouverture de la conférence de presse : « Notre obligation d’adulte est d’indiquer aux jeunes que la paix, la démocratie, ne tombent pas du ciel, si on ne veut pas en arriver à cette barbarie, toujours bien présente dans une partie du monde, comme une actualité récente vient de nous le prouver ».
Sur le plan artistique, au 3ème étage, nous découvrons « Signes des Temps, Oeuvres visionnaires d’avant 1914 », nous proposant quelques 150 oeuvres d’une quarantaine d’artistes – naturalistes, symbolistes et expressionnistes -, originaires de six pays.
« Ensemble, ils révèlent la signature plastique d’une époque baignée d’incertitude. Des visions de peur, de menaces, d’apocalypse côtoient des projets de mondes utopiques et idylliques. Interprétées, aujourd’hui, comme « signes des temps », ces oeuvres sont, avant tout, le témoignage d’un monde en révolution, que nous tâchons de comprendre, à posteriori, comme les images visionnaires d’un futur sombre. Etait-ce la « Belle Epoque », était-ce l’arrivée d’un avenir incertain ou le prélude de l’inéluctable catastrophe de la première guerre mondiale »?
En début d’exposition, nous trouvons une sélection de 250 des 26000 plaques photographiques de verre, collectionnées depuis 1906, pour le « Mondaneum », qui succéda à l’ « Office international de Bibliographie » de Bruxelles, créé en 1895, ces deux institutions ayant été fondées par Henri Lafontaine (1854-1943) et Paul Otlet (1868-1944), leur but étant de rassembler, en un lieu unique, tous les écrits publiés dans le monde (15 millions d’entrées, en 1912), se révélant ainsi comme étant les précurseurs d’internet et de « Google »!
 
Peintures et sculptures de l’époque nous révèlent que l’homme est réduit à son propre corps, simple instrument de travail, l’enfant et la femme étant livrés à de lourdes tâches! Au XIXème s., la compassion se place au coeur du sens moral! Pour illustrer notre propos, entre autres oeuvres exposées, découvrons deux peintures de Cécile Douard (1866-1941) : « Les Glaneuses de Charbon » (cfr. ci-dessous/1903) et « Le Terril » (1898), une de Pierre Paulus (1881-1959) : « Maternité » (1912), des sculptures de Constantin Meunier (1831-1905) : « Femme du Peuple » (1893), d’ Arsène Matton (1873-1953) : « Boseka, Femme de la Tribu Bangala » (1911) et d’ Ossip Zadkine (1890-1967) : « La Misère de Job » (1914). « Ces oeuvres deviennent les signes avant-coureurs d’une humanité chancelante », la souffrance révélée contenant le ferment de la révolte. 
Après « Hom Sacer », la deuxième des six thématiques de l’exposition, nous entrons dans la troisième, intitulée « Mi-Homme-Mi Animal », se penchant sur les théories du naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882) – auteur de l’ouvrage « De l’Origine des Espèces au moyen de la Sélection naturelle » (1859) – nous retrouvons Edvard Munch (1863-1944), Fernand Khnopff (1858-1921) et Félicien Rops (1833-1898), sans oublier un artiste allemand fort proche de ce dernier, Otto Greiner (1869-1916), notamment par sa lithographie « Le Mortier » (1900), et son compatriote Max Slevogt (1868-1932), avec son tableau « Le Vainqueur » (1912), évoquant un rapt de femmes blanches par un homme noir, « allégorie de la compétition sexuelle et ethnique », à une époque où « le darwinisme social racial travaille à fournir la preuve, non seulement de l’infériorité naturelle de la femme, mais aussi de la supérioté de l’homme blanc « civilisé » sur l’homme à la peau sombre des colonies ». 
 
Avec la quatrième thématique, « Etat d’Urgence », illustrant « cette conscience individuelle exacerbée face à l’uniformalisation qu’engendre la culture de masse », nous trouvons James Ensor (1860-1949) et ses eaux-fortes, « La Mort poursuivant le Troupeau des Humains » (1896), « L’Entrée du Christ à Bruxelles » (1828) et « Démons me turlupinant » (1895), ainsi que Ludwig Meidner (1884-1966) et son crayon sur carton « Vision apocalyptique » (1914), Henry De Groux (1866-1930) et son pastel sur papier « Le Charnier » (1906) ou Jakob Steinhardt (1887-1968) et son huile sur toile « Caïn »(1912), tous nous dévoilant les crises dues à l’industrialisation, au repli sur soi et à l’utopie.
 
Vient la cinquième thématique, « Je est un autre », tel qu’écrit par Arthur Rimbaud (1854-1891) dans une de ses lettres. Outre Léon Spilliaert (1881-1946) et son aquarelle « Autoportrait avec Carnet de Croquis bleu » (1907), thème de l’affiche de la présente exposition, William De Gouve de Nuncques (1867-1935) et son huile sur toile « Le Canal » (1898), nous sommes interpellés par Arnold Schönberg (1874-1951), compositeur et peintre, qui disait : « tout ce que je vois d’un personnage, ce sont ses yeux », d’où ce « Regard » (cfr. ci-dessous/1910), Xavier Mellery (1845-1921) écrivant, dans « L’Art moderne » (1909) : « Tout est vie autour de nous et sujet à étude, tout est vivant, même ce qui ne bouge pas; une chaise, une plante, un mur sont autant d’organes composant la vie commune, réelle et profonde, des hommes et des choses où nous découvrirons, malgré les chefs-d’oeuvres du passé, un art insoupçonné, des émotions d’art qui n’ont jamais été dites et où nous exprimerons notre humanité à nous ». Les « trappes cachées de l’âme » sont ainsi mises en évidence, sous l’influence de la psychanalise de Sigmund Freud (1856-1939).
singe
 
Enfin, la sixième thématique, « Hors la Loi », nous offre deux « Diagrammes symboliques chronologiques de quelques Prophéties des saintes Ecritures par un Chrétien suisse » (1890), à l’encre de chine, au crayon de couleur et à l’aquarelle sur papier, la version d’un monde alternatif tel que ressenti par Henry Dunant (1828-1910), fondateur de la « Croix Rouge ». Proclamant que « chaque être est une émanation de la divinité », Karl Wilhem Diefenbach (1851-1913) nous propose « Tu ne tueras point » (1902). Si Gusto Gräser (1879-1958) s’incarne comme créateur d’univers parallèles, avec « Le Pouvoir de l’Amour » (1899), Fidus (Hugo Höppener/1868-1948), peintre idéaliste, nous offre son « Invocation à la Lumière » (1894-1922) et ses divers « Temples » – « du Dragon (1897), « de la Terre » (1901) ou « de la Trinité » (1902), Wenzel Hablik (1881-1934) clôturant l’expo, avec sa « Voûte céleste » (1909), tandis que, dans une petite salle, nous pouvons assister à la projection du « Voyage dans la Lune » (1902), de Georges Méliès (1861-1938), face à un exemplaire de « La Guerre des Mondes » (1898), de Herbert Georges Wells (1866-1946).
Catalogue édité par « Racine » (28,5 cm x 24,5 cm; broché; 144 p.; 29€).
Ouverture du mardi au dimanche, de 10h.00 à 18h.00. Nocturnes les jeudis 11/09, 09/10 & 13/11, jusque 21h.00. Prix d’entrée : 09€ (06€ pour étudiants & cartes de réduction; 01€25 pour Art. 27; gratuité – de 12 ans et les dimanches 07/09, 05/10 & 02/11, pour tous), ces prix incluant la visite de deux autres expositions : « La Bataille de Mons », au « BAM », et «  »Fritz Haber », à la « Salle Saint-Georges », deux expos sur lesquelles nous reviendrons dans les prochains jours.
Yves Calbert,
avec des extraits du catalogue.
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