« En route » au Musée Félicien Rops.

« En Route », au « Musée Félicien Rops »
Qu’il est bon le temps des vacances, le temps des voyages!!! …
Aussi, même si nous n’allons pas plus loin que Namur, profitons de la fin de l’été pour voyager en pensées, en nous rendant au « Musée Félicien Rops ». Ce dernier (1833-1898) nous y attend, via ses gravures et peintures, jusqu’au 28 septembre, dans la première salle de l’exposition « En Route, sur les Traces des Artistes belges en Voyage », des oeuvres de 24 de ses collègues peintres (dont Antoine Wiertz, 1806-1865, et son « Itinéraire d’un Voyage en Italie », 1837, crayon sur papier; Henry Evenepoel, 1872-1899, son dessin aquarellé « Koléa », 1898, et ses photographies d’Algérie et de Tunisie; Constantin Meunier, 1831-1905, et ses « Gitanes et Prêtre », 1882, crayon noir rehaussé d’encre sur papier; Jean-François Portaels, 1818-1895, et ses deux oeuvres aux formats si opposés: « Portrait d’Aouïcha », 1874, 103 x 78 cm, huile sur toile, et « La Sulamite », 1895, 10 x 6,5 cm, crayon sur papier) étant présentées dans la seconde salle et à l’étage, où nous pouvons également voir le travail de trois dessinateurs contemporains.
Dès l’entrée de l’exposition, nous découvrons un Rops moins connu, si éloigné des peintures et caricatures qui firent sa réputation et que nous pouvons découvrir au sein de la collection permanente de cet accueillant musée, lauréat, cette année, pour la seconde fois en dix ans, du « Prix des Musées », côté wallon.
En 1880, le peintre namurois écrivait: « Je suis dans les mélancolies des départs… Tu sais que les voyages ont toujours été ma passion. A chaque beau voyage, il me semble que mon cerveau s’agrandit. On n’a pas idée de la somme de connaissances que l’on acquiert. … Je crèverais à Paris! Je reviendrai calmé, les yeux satisfaits et plein de visions ».
Aussi, il réalisa cinq grands périples, le premier, en Scandinavie (1874), avec mission, au départ, d’écrire des articles concernant un congrès de préhistoire, pour « L’Indépendance belge ». Son travail contractuel terminé, il peint des marines, des ports, la nature nordique. Pour suivre, la Hongrie (1879 & 1885), d’où il écrit une lettre à Léon Dommartin, qu’il intitule « Rapsodies hongroises », illustrée d’un fort joli portait d’une autochtone. Notons, aussi, « Dans la Püsta » (1879), une eau forte, avec dessins en marge… Au contact des tziganes, des gitans, qu’il aime peindre, Rops s’identifie à la vie nomade…
Ensuite vinrent l’Espagne (1880), les Etats-Unis (1887), l’Algérie et la Tunisie (1888). Du Maghreb, il ramena, entre autres, « Souvenir de Tuggurth » (cfr. ci-dessous) et « Le Saphi » (dessin aquarellé), deux oeuvres au format modeste qui, tels des « Polaroïd », quelque peu agrandis, nous permettent de voir comment femme et homme se présentaient, à l’époque, en région saharienne.
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En parcourant une lettre à son ami Emile Verhaeren, voici ce que Théo Van Rysselberghe (1862-1926), l’un des porte-drapeaux du néo-impressionnisme, écrivait, dans cette même région saharienne, à Mekinès (18/01/1888) : « … Et nous voilà engouffrés, entraînés par cette cohue infernale, sous la grande porte d’entrée (qu’il illustre aux côtés de son texte – ndlr) … Oh, cette porte!!! Et d’autres murs, et d’autres portes. Et les femmes, groupées sur les hautes terrasses, et les femmes accroupies dans des niches, dans des trous au-dessous des créneaux. Et à gauche, et à droite, partout du charmant, du joli. … Mon cher Emile, c’est inexplicable ». A la gauche de cette lettre, un montage vidéo d’anciennes photos jaunies, prises au Maroc. Présente, aussi, son huile sur toile « Gitane » (1881).
Face à la vidéo, nous trouvons d’autres photographies noir-et-blanc, réalisées, quant à elles, par Jean Robie (1821-1910), passant  de l’Algérie (« Une Rue du Vieux Biskra ») à l’Inde (« Pagode de Madura, l’Etang Sacré »). Sous ce même intitulé, en cette même année 1881, il signe une huile sur toile colorée aux nombreux personnages, contrastant avec les deux seuls hommes présents sur sa photo. Mais revenons à l’intitulé de l’exposition, « En Route ». Pour cet artiste bruxellois, cela peut, également être à dos d’éléphant, comme le prouve son huile sur panneau, « La meilleure Monture » (1881, cfr. ci-dessous).
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Quant au temple indien cher à Jean Robie, nous le retrouvons entre le rez-de-chaussée et le 1er étage, avec « Danse devant le Temple de Madura » (1891), une huile sur toile (110 x 140 cm) due à Guillaume Van Strydonck (1861-1937).
 
Passé cette toile, nous revenons en Afrique, au Congo, pour être plus précis, grâce au prêt de 36 oeuvres du »Musée de l’Afrique Centrale » de Tervuren, actuellement fermé au public. Parmi elles, notons « Isokoïoua » (1896, 9,5 x 7 cm), portrait très finement exécuté à la mine de plomb, du à Louis Moreels (1858-1930). Egalement, l’huile sur papier « Packa Matadi » (1898), de Louis Van Engelen (1856-1940), ou encore l’aquarelle « Guide Ba-Lounda à l’Etang Pempéré » (1899), de Léon Dardenne (1865-1912), sans oublier Fernand Allard L’Olivier (1883-1933), son encre sur papier « L’Esclavage africain » (s.d.) et sa tapisserie en laine et coton (230 x 200 cm) « Le Fou du Chef Kanda Kanda » (1929-1930). Notons encore la présence de « Tékés » (statuettes en bois, s.d.), d’intéressantes photographies anonymes et d’une sculpture en marbre, « Odani, Femme Mayogo, Matar » (1938), due à une artiste féminine, Jane Tercafs (1898-1944), auteure, aussi, du pastel « Jeune Homme » (s.d.).
Autre artiste féminine, Dominique Goblet (°1967), nous propose, en fin de parcours, ses « Carnets de Voyages » (Tunisie, 2007, Mexique, 2005-2006), certains (2004-2012) étant exposés dans la 1ère salle, face à ceux de … Félicien Rops, qui, déjà, signait une sorte de « Carnet de Voyage », avec sa lettre à Armand Gouzien (s.d.), racontant les mésaventures d’un voyageur dans différentes villes espagnoles, grâce à des croquis numérotés et organisés, tels une bande dessinée.
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N’oublions pas d’évoquer les cartes postales – lettres, comme celle que Richard Heintz (1871-1929) écrivit à Aristide Capelle, illustrée de dessins à l’encre de chine et à l’aquarelle (cfr. ci-dessus). Quelle originalité en comparaison avec la rigueur imprimée de nos courriels!!!
 
Et ce type de cartes postales – lettres illustrées nous rapproche de la bande dessinée qui, à l’étage, nous propose, outre ceux de Dominique Goblet, des travaux de Xavier Löwenthal (°1970), dont son « Carnet de Voyage en Honduras » (1999), ainsi que ses « Lettres à Pauline, récit d’un Voyageur au Pays des Indiens Tawakhas » (2003), et Renaud De Heyn (°1972), avec son « Carnet de Voyage au Pakistan » (1998), finement illustré à l’encre et feutre, sans oublier son « Tandoor Wala Carnet de Voyage » (1995-1996), où il écrit, sur le côté d’une paisible scène de rue pakistanaise: « Ce dessin à l’air tout calme, mais il y avait au moins 25 personnes en face de moi ». 
 
Dans une vidéo voisine, écoutons encore nos trois dessinateurs: « Ne pas prendre l’avion, pour éviter des ruptures trop brutales… Ecrire tous les jours sa journée… Essayer de rencontrer l’autre, même si c’est impossible… Sortir de sa propre routine et ouvrir les frontières des lecteurs, qui s’identifient aux voyageurs… Etre, en Honduras, à trois jours de pirogue d’un village, de l’électricité, de la radio… Se parle-t-on à soi ou aux autres restés en Belgique… Mettre en pages un carnet est un travail de montage, de censure… Ensuite, retomber sur un dessin nous replonge dans une atmosphère vécue » …
 
Et si, ma foi, vous hésitez de vous rendre au « Musée Félicien Rops », voici quelques lignes trouvées au sein du « livre d’or » de l’exposition: « Merci pour cette invitation au « vrai » voyage. Apprendre à regarder l’autre, avec émerveillement, sans jugement » (E. Damoiseaux). Et puisque « cela donne envie de voyage » (non signé), « En Route »! …
 
Prix d’entrée: 3€ (étudiants et seniors: 1€50, jusqu’à 11 ans, « article 27 » et le dimanche 07 septembre pour tous: gratuit). Prix combiné Expo-Musée: 5€ (ét. et se.: 2€50, mêmes gratuités). Ouvert de 10h. à 18h., tous les jours, jusqu’au 31 août, du mardi au dimanche, du 02 au 28 septembre. Le 04 septembre, ouverture jusquà 20h., avec, à 18h.30, visite-conférence donnée par Christine Dupont « ULB », co-auteure du très intéressant catalogue (20€), celui-ci ajoutant aux reproductions des oeuvres, certaines publiées  en double-pages, de nombreux textes et extraits de lettres (2014, Ed. « Musée Félicien Rops », 148 p.). Renseignements : http://www.museerops.be.
… Et pour tous ceux appréciant littératures et voyages, rappelons que l’exposition « Le Tour du Monde en 80 Lettres », au « Musée de la Littérature et des Manuscrits », à Bruxelles, est prolongée jusqu’au 21 septembre. Renseignements: http://www.mlmb.be.
 
Yves Calbert.
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