« JE N’AI RIEN A DIRE SINON QUE JE T’AIME » AU MUSEE DES LETTRES ET MANUSCRITS

Verlaine

Paul VERLAINE, illustré au Musée des lettres et manuscrits

Jusqu’au dimanche 15 mars, à 18h., dans la « Galerie du Roi », ne manquez pas de visiter l’exposition « Je n’ai rien à te dire sinon que je t’aime », afin de prendre connaissance de superbes correspondances amoureuses, sélectionnées par la Commissaire parisienne, Estelle Gaudri, provenant des collections des « Musées des Lettres et Manuscrits » de Paris et Bruxelles, de fort jolis livres, particulièrement bien illustrés, étant également présentés.

Ainsi, le « Cantique des Cantiques », éloge d’une sensualité extrême et revendiquée, écrit au IVème siècle avant J.-C., est présenté en vitrine, dans une édition de 1925, illustrée par François-Louis Schmied. Extraits : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche … Tes caresses son plus douces que le vin quand elles se mêlent à l’odeur de tes parfums exquis » …

Dans l' »Art d’aimer », présenté dans une édition de 1935, illustrée par Aristide Maillol, Ovide (- 43 à + 17) présente aux femmes et aux hommes l’art de la séduction, détaillant des techniques d’approche très concrètes. Ainsi, nous  lisons : « il faut que mon sexe, à son tour, soit instruit par tes leçons ».

… Et si nous retrouvions notre jeunes années! … « Il était une fois l’amour, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, les contes qui ont bercé notre enfance narrent des histoires merveilleuses de princes charmants et de belles princesses qui tombent amoureux » (Estelle Gaudri, 2013). Ainsi, « La belle au Bois dormant », dans sa version de Charles Perrault, illustrée, en 1948, par Henri Lemarié, « La petite Sirène », ou « Le Livre des mille-et-une Nuits », dans lequel Schéhérazade, fille d’un grand vizir, se propose d’épouser un sultan qui condamnait à mort chacune de ses épouses. Pour son sultan de mari, chaque nuit, elle entame le récit d’un conte, qu’elle poursuit le lendemain. Ainsi, curieux de connaître l’issue du conte, le sultan reporte l’exécution durant mille-et-une nuit, pour enfin renoncer à son triste projet, reconnaissant les qualités d’esprit de sa femme.

Mais de cette vitrine où de très beaux ouvrages d’art sont présentés, nous passons une tenture qui nous permet d’accéder à une section érotique montrant un livre (1791) du Marquis de Sade et proposant des textes coquins, comme « Femmes » (1890) de Paul Verlaine : « Depuis que ce m’est plus commode / De baiser en gamin, j’adore / Cette manière et l’aime encore / Plus quand j’applique la méthode // Qui consiste à mettre mes mains / Bien fort sur ton gros cul frais / Chatouille un peu comme exprès / Pour mieux entrer dans ta cheminée » … Paul Verlaine écrivant à Louise Colet : « … il y avait feu d’artifice aussi ce soir là et belles ilumiations dans nos coeurs, rédige avec Arthur Rimbaud, à quatre mains, « Le Sonnet du Trou du Cul »… Plus guilleret, Pierre Louÿs, dans son premier roman, « Aphrodite » (1896), écrit : »Quand le doigt l’eut mise en rut / Ré mi fa sol la si / La langue lui fit mimi / Fa sol la si ré mi ».

Suivent de nombreuses autres correspondances d’Alexandre II, d’Apollinaire, de Chopin, Claus, Colette, Drouet, Hemingway, Musset, Napoléon Bonaparte, Prévert, Puccini, Racine, Rops, Sand, Stendhal, … fort bien présentés dans des vitrines où figurent, entre autres, de jolis ouvrages d’art, aux superbes illustrations, dont l’une de Charles Baudelaire (un portrait de Jeanne Duval) et une autre d’Henri Matisse, sur une publication, en 1948, de « Florilège des Amours » de Pierre de Ronsart (1524 – 1585), écrivant, en vieux français : « Pour effacez mon esmoy / Baise moy / Rebaise moy ma déesse / Ne laissons passer en vain / Si soudain / Les ans de notre jeunesse ».

Revenons, toutefois, au titre de l’exposition, « Je n’ai rien à te dire, sinon que je t’aime », extrait d’une lettre (1889) de Léon Bloy à sa fiancée, Jeanne Molbech, fille d’un poète danois, en dévoilant quelques autres lignes de ce courrier : « Je te l’ai dit, c’est toi qui m’a rendu à Dieu, …, mon cher ange, mon très bienfaisant et très enivrant amour … Je ne puis fermer ma lettre sans te dire encore une fois que je t’aime, que tu es ma vie, mon unique amour, ma lumière, mon espérance et ma joie et que je tomberais peut-être dans le désespoir si je venais à te perdre … Mon sang, mes larmes, ma vie, tout est à toi ».

Pour l’anecdote, notons que certaines lettres sont rédigées sur du papier à entête, notamment celle, datée de 1917, de l' »Hôtel du Chemin de Fer » de Barenti, mentionnant : « Chevaux et Voitures à volonté / Location de Coupés et Landaux pour Mariages », adressée à Yvonne Printemps par Sacha Guitry, qui lui avait offert son premier rôle aux « Bouffes-Parisiens », en 1916. Etant sa maîtresse sur scène, l’actrice le devint dans la vie. Dans une autre lettre, Sacha Guitry lui envoyait ces beaux mots : « Je t’écris parce que j’ai cinq minutes, je t’écris parce que j’ai envie de t’écrire, parce que je pense à toi, je pense à toi parce que je t’aime, je t’aime parce que tu es mon petit coin mystérieux, charmant, tendre … Je souffre cruellement d’être séparé de ton corps et de ton parfum …Je me demande dans quel état je vais être dans deux jours quand tu auras quitté Paris ».

« Aimer est une aventure sans carte et sans compas où seule la prudence égare » (Romain Gary, 1975). Ce que devait se dire Jean Cocteau, lorsqu’il écrit à Jean Marais (1939) : « Mon Jeannot, mon fils, mon ange, … Ton bonheur doit passer avant le mien puisque ton bonheur fait le mien. Sois libre et sache que tu me rends heureux en étant heureux. Ne te gêne jamais d’aucun scrupule ». Sept ans plus tôt, en 1932, il s’adresse ainsi à Natalie Paley, rencontrée lors d’une projection privée de son premier film « Le Sang d’un Poète » : « Mon amour, ma petite bouche carrée … je te retrouve, je te serre de toute mes forces … Ne parlons plus que d’Amour ».

« Un baiser, qu’est-ce? Un serment fait d’un peu pus près, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu’on met sur le i du verbe aimer, d’un secret qui prend la bouche pour oreille » (Edmond Rostand, « Cyrano de Bergerac »). « L’amour est enfant de bohème. Il n’a jamais connu de loi. Si tu ne m’aimes pas, je t’aime. Et si je t’aime, prends garde à toi, prends garde à toi » (Georges Bizet, « Carmen »). « Il est plus facile d’être amant que mari, pour la raison qu’il est plus difficile d’avoir de l’esprit tous les jours, que de dire de jolies choses de temps en temps (Honoré de Balzac, « Physiologie du Mariage »).

En seconde partie de l’exposition, le désespoir amoureux est, aussi, évoqué. Ainsi, peu avant son décès (1944), sa correspondance étant illustrée d’aquarelles, Antoine de Saint-Exupéry s’adresse en ces termes à une femme, officier de l’armée française, qu’il rencontra dans un train l’emmenant d’Oran à Alger : « Tu as raison sur bien des choses, je te fais sans doute plus de mal que de bien. Sans doute, non, mais peut-être … Si tu veux me revoir, je suis ton ami … J’étais un peu un capitaine qui emmène son navire là où il ne faut pas. Dans les étoiles, je rêvais un peu comme le berger qui mange sa brebis, j’étais un peu un cambrioleur de sommeil … Je sais bien que je n’ai pas le droit d’être ni berger d’une brebis, ni capitaine d’un navire, ni berger d’un navire, ni capitaine d’une brebis, … mais si çà me plait, à moi … de m’inventer un souvenir … Il n’y a pas de Petit Prince aujourd’hui, ni jamais. Le Petit Prince est mort … Je vous en veux de l’avoir abîmé. Il n’y aura plus de lettre non plus, ni de téléphone, ni de signe ».

Trois ans après le décès de son compagnon, le boxeur Alain Cerdan, Edith Piaf écrit, en 1952, au coureur cycliste Louis Gérardin, son « Toto » : « Toi mon amour, pourquoi ressembles-tu à un ange? Pourquoi as-tu réveillé ma chair? Pourquoi je t’aime tellement? Que m’as-tu fait? Pourquoi, maintenant, mes mains cherchent-elles ton corps? Pourquoi ai-je toujours envie d’être sous toi, sur toi, à toi? Pourquoi la nuit ai-je envie de crier, tant ma peau a besoin de la tienne? Pourquoi ne puis-je plus dormir? Pourquoi ne puis-je vivre sans toi? Pourquoi ai-je besoin de ton odeur, de ta voix pleine d’amour? … Je ne souhaite qu’une chose, c’est que Dieu prenne pitié de moi et qu’il me rappelle près de lui. La vie, pour moi, s’arrête avec toi. J’aurais été heureuse et je vais être la plus malheureuse, mais tu vaux bien la peine qu’on crève pour toi. Pour moi, tu es le plus beau, le plus merveilleux et je bénis Dieu de t’avoir connu ».

Brigitte Bardot à Jacques Charrier : « J’ai tant besoin de toi, tu es mon équilibre. Je t’aime à en mourir, n’oublie pas. Reviens vite ». Lettre signée « Nounours ». Sur une autre missive : « Comme j’ai envie de te sentir contre ma peau, mon amour. Comme j’ai envie d’être enveloppée par ton corps, mes yeux perdus dans les tiens, ma bouche soudée par ta bouche, avec cette impression d’infini, d’éternel, de puissant que je ressens à ce moment là. Je t’aime, je t’aime, tu es mon amour, l’amour de ma vie. Jacques, c’est formidable ».

Et c’est pour elle, avec qui il entretient une liaison, en 1967, que Serge Gainsbourg compose sa célèbre chanson : « Je t’aime, je t’aime, oh oui je t’aime, moi non plus / oh mon amour comme la vague irrésolue, je vais, je vais et je viens entre tes reins / je vais et je viens entre tes reins et je me retiens ». La colère du mari de Brigitte Bardot, Gunther Sachs, fait que sa diffusion est arrêtée. Un an plus tard, à l’attention de Jane Birkin, sa nouvelle compagne, Serge Gainsbourg réenregistre ce titre, alors boycotté par les radios françaises et qualifié d' »obsène » par le Vatican, via son « Osservatore Romano ».

Et cette bien agréable exposition se termine avec quatre pochettes de 45 tours (« La Tendresse », « Quand on n’a que l’Amour », « Ne me quitte pas », …) et des écrits originaux de Jacques Brel, un cahier de notes concernant un album enregistré en 1967 et les paroles de « sa « Chanson des vieux Amants » : « … Bien que nous eûmes des orages … Moi je sais tous tes sortilèges, tu sais tous mes envoûtements. Tu m’as gardé de piège en piège, je t’ai perdue de temps en temps … Bien sûr, tu pris quelques amants, il fallait bien passer le temps … Oh mon amour, mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour, de l’aube clair jusqu’à la fin du jour, je t’aime encore, tu sais, je t’aime ». … Sur ces paroles, vraiment, nous n’avons plus rien d’autre à vous dire!

… Et pour suivre, dès le 1er avril : « Le Tour du Monde en 80 Lettres »! …

Prix d’entrée : 7€ (5€ jusqu’à 11 ans inclus, à partir de 60 ans et étudiants; réduction d’1€ sur présentation de votre billet de train). Tarif familial : 20€ pour deux adultes deux enfants. Un guide, avec d’autres textes, vous est prêté pour la visite. Pour plus de renseignements : www.mlmb.be

Yves Calbert.

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