« Podium : Le Pouvoir du Sport », à « La Cité Miroir », à Liège, jusqu’au 10 Mai
« Podium : Le Pouvoir du Sport » © « Territoires de la Mémoire »
Comme le déclara, le 24 juillet 1908, l’historien, pédagogue & baron français Pierre de Coubertin (Charles Pierre Fredy de Coubertin/1863-1937), fondateur, en 1896, à Athènes, des « Jeux Olympiques » modernes & du « CIO » (« Comité International Olympique »), dont il fut le président, de 1896 à 1925 : « L’important dans ces olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part, … l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu », que l’on résume par cette bien connue expression : « L’important, c’est de participer ».

© Photo : « Territoires de la Mémoire »
A Liège, au sein de la « Cité Miroir », jusqu’au dimanche 10 mai, cette formule nous est bien démontrée par l’asbl « Les Territoires de la Mémoire », organisatrice de l’exposition temporaire « Podium : le Pouvoir du Sport », qui nous propose une plongée ludique et immersive dans l’univers du sport, entre mémoire, enjeux de société et grandes émotions collectives.
Forte d’une scénographie dynamique, cette expo permet aux jeunes & aux adultes de revivre des moments marquants du sport, sur les terrains de jeu, dans les gradins ou les vestiaires. Anecdotes, archives, photographies, archives, objets, vidéos et œuvres d’art rythment les différents espaces de cette ancienne piscine, figurés par des lieux liés au sport, les enfants pouvant même s’exercer à quelques exercices physiques.

Une scénographie ludique © Photo : « Territoires de la Mémoire »
Le sport, individuel ou collectif, nous défoule, nous enflamme ou nous agace, pouvant nous transporter ou nous révolter, nous rappelant de bons ou de mauvais souvenirs. Une chose est sûre : le sport ne laisse personne indifférent. Terrain de courses, de jeux ou de luttes, il est avant tout un miroir de nous-mêmes et de nos sociétés. Que raconte-t-il de nous quand on le pratique ou quand on le regarde ? Quand on gagne ou quand on perd ?

© Photo : « Territoires de la Mémoire »
Fort malheureusement, le sport n’échappe pas aux discriminations, à l’homophobie, au racisme ou au sexisme, ayant parfois été récupéré par des régimes autoritaires pour imposer leurs idées, comme le nazisme le fit, en 1936, à Berlin, durant les « J.O. », mais le sport, c’est aussi du dépassement de soi, de l’émotion partagée, de la joie. Engagement, esprit d’équipe, fair-play, humilité, respect, …, ces valeurs sont au cœur de l’idéal sportif. Comment se traduisent-elles dans nos vies ? En quoi peuvent-elles nous inspirer pour construire une société plus juste ? Et puis dans le fond, c’est quoi « gagner » ?

Sculpture « 20 février 1998, Nagano » © Pierre Larauza © Ph. : « Territoires de la Mémoire »
Ainsi, si la patineuse artistique franco-américaine, Surya Bonaly (°Nice/1973), fut cinq fois Championne d’Europe, elle ne fut pas toujours jugée à sa juste valeur, ce que nous démontre une sculpture documentaire, exposée à la « Cité Miroir » – « 20 février 1998, Nagano » -, réalisée par l’artiste français Pierre Larauza (°Dax/1976), qui, travaillant à Bruxelles, a tenu à reconstituer, grandeur nature, le « salto arrière », mouvement d’un saut périlleux arrière, exécuté par cette championne.

Photo hors expo : Surya Bonaly © Dimitri Iundt/ »Getty Images »
C’était, en 1998, durant la compétition des « Jeux olympiques », à Nagano, … mais ce saut étant interdit en compétition, les juges la reléguèrent à la dixième place, l’incitant à arrêter sa carrière de patineuse amateure. Etant de race noire, elle déclara : « j’ai fait tout ce que je pouvais, mais je me suis pas peinte en blanc, ça c’est sûr », mention figurant au bas de cette sculpture … Particulièrement appréciée du public, elle était ainsi devenue l’icône du combat d’une femme, d’une minorité, d’une différence.

Scénographie présentant des armoires de vestiaires © Photo : « Territoires de la Mémoire »
Evoquant des interdictions, dans l’une des armoires métalliques de vestiaires, propres à la scénographie, nous découvrons une photo, prise à Boston, en 1967, lors d’un marathon réservé aux hommes, les femmes ne pouvant pas, à l’époque, participer à un marathon, … soi-disant trop exigeant pour la gent féminine. L’athlète féminine américaine Katherine Switzer (°Amberg/1947) ayant bravé cet interdit, se fit arrêter, en pleine course, par un juge, qui déclara sèchement : « dégage de ma course », l’athlète, quant à elle, ayant confié : « Je me suis retournée, juste au moment où il m’attrapa, son visage étant le plus féroce que j’ai jamais vu » ! Ayant, néanmoins, repris sa progression, elle termina les 42,195 km de l’épreuve, mais fut … disqualifiée, … devenant, ainsi, un symbole de l’émancipation des femmes.

L’arbitre Jock Semple tente d’expulser Katherine Switzer, à Boston © Photos : Harry Trask/1967
Hors, preuve que le marathon peut être couru par des femmes, c’est à 92 ans, à San Diego, en 2015, que la pianiste classique américaine Hariette Thompson (1923-2017) devint l’athlète féminine la plus âgée à participer à un marathon, qu’elle termina en 7h 24′ 36″, et ce alors quelle avait vaincu, à deux reprises, un cancer.
Photo hors expo : H. Thompson, à l’arrivée du marathon de San Diego © Photo : « Getty Images »/2015
Autre ancien interdit, la tenue des joueuses de « beach volley », qui devaient pratiquer leur sport en bikinis, ce qui écartait nombre de femmes, notamment pour raisons religieuses. Une photo exposée nous prouve qu’aujourd’hui, ces sportives peuvent porter des shorts & polos, voire même des survêtements, aux couleurs de leurs clubs ou de leurs fédérations nationales.
Si, depuis quelques années, des compétitions entre équipes mixtes sont organisées, notamment en contre la montre cycliste sur route ou en relais d’athlétisme, alors que l’équitation est un sport olympique, aux compétitions mixtes, il n’est pas concevable d’opposer des femmes et des hommes dans des sports de combats ou en tennis, ce qui fut, néanmoins, organisé, en 1973, dans l’ « Astrodome », à Houston, avec une rencontre – nommée « Bataille de Sexes » – opposant une « tenniswoman » américaine, Billie Jean King (Billie Jean Moffitt/°Long Beach/1943), alors âgée de 29 ans, à un « tennisman » américain, Bobby Riggs (Robert Larimore Riggs/ 1918-1995), alors âgé de 55 ans et retiré, depuis 1962, du circuit professionnel, qui aimait clamer honteusement, publiquement, que le tennis féminin était inférieur au tennis masculin. Face à ce machiste, Billie Jean King remporta les 3 sets (6-4, 6-3, 6-3).

Billie Jean King, avant la « Bataille de Sexes », contre Bobby Rigs, à Houston © « Associated Press »/1973
Ainsi, la présente exposition nous invite à réfléchir sur la pratique du sport et, plus largement, sur ses liens étroits avec les comportements dans la société.
Ainsi des photos illustrent de superbes gestes de fair play, comme la décision prise par le coureur cycliste danois Jonas Vingegaard (°Hillersley/1996) d’attendre son rival slovène Tadej Pogačar (°Ljubljana/1998), victime d’une chute, en 2025, lors de la 11e étape du « Tour de France » ... Et si le fair play était la plus grande preuve de grandeur dans le sport ! …

Photo hors expo : A l’arrivée, Tadej Pogačar remerciant Jonas Vingegaard
Comme écrit par l’asbl « Les Teritoires de la Mémoire » : « Chercher la performance, ça peut parfois aller trop loin : on triche, on s’épuise, parfois on s’abîme. Mais ‘performer’, ce n’est pas forcément battre des records. Faire du sport,
c’est aussi échouer. Souvent. Tomber. Se relever. Avec ténacité, on apprend à s’améliorer. Le sport est aussi un moyen de reprendre possession de son corps. Et si l’effort physique était d’abord une manière d’apprendre à mieux se connaître et à se relever ? »
- Historique de la « Cité Miroir » :

« Bains de la Sauvenière » © « Musée de la Vie wallonne » © Ph. : « Agence Desarcy-Robyns »/1956
Initié par l’échevin liégeois Georges Truffaut (1901-1942), les « Bains & Thermes de la Sauvenière » furent conçus par l’architecte moderniste verviétois Georges Dedoyard (1897-1988), les travaux, inspirés par le courant artistique et architectural allemand « Bauhaus », ayant débuté en 1938.

Grand succès des « Bains & Thermes de La Sauvenière »
A noter qu’un abri anti atomique, non prévu dans les plans initiaux, est présent dans le sous-sol, 2 500 dalles de la voûte, réalisée en béton translucide, ayant été détruites, le 25 mai 1940, par un bombardement, la guerre ayant, ainsi, retardé les travaux, l’inauguration s’étant déroulée le 02 mai 1942.

Au 4e étage, la salle d’exposition de la « Cité Miroir » © Photo : « Territoires de la Mémoire »
Ces « Bains & Thermes de la Sauvenière » durent fermer, en 2000, n’étant plus en conformité aux normes de sécurité. Alors que cet édifice, aux formes d’un paquebot aux proportions majestueuses, fut classé, partiellement, en 2004, comme « Monument du Patrimoine wallon », un projet de création d’un lieu de Culture fut lancé par l’asbl « Territoires de la Mémoire », la « Cité Miroir », espace culturel et citoyen de près de 13 000m², ayant été inaugurée, en 2014, après rénovation intérieure du bâtiment.
- Infos pratiques :
Organisation : jusqu’à ce dimanche 10 mai, ce samedi 09 mai, de 10h à 18h, & ce dimanche 10 mai, de 13h à 18h. Prix d’entrée : 8€ (6€, pour les moins de 26 ans, les seniors, les demandeur d’emploi & les personnes porteuses d’un handicap / 3€, pour les moins de 12 ans / 1€25, pour les « Art. 27). Contacts : reservation@citemiroir.be & 04/230.70.50. Site web : https://www.citemiroir.be/.
Yves Calbert.

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