« Doisneau. Instants donnés », à « La Boverie », à Liège, jusqu’au 19 Avril

« Le Violoncelle sous la Pluie » (Robert Doisneau/à Paris/1957) © « Atelier Robert Doisneau »

« Un centième de seconde par ci, un centième de seconde par là mis bout à bout, cela ne fait jamais qu’une, deux,
trois secondes chipées à l’éternité
… »
(Robert Doisneau).

« Les photos qui m’intéressent, que je trouve réussies, sont celles qui ne concluent pas, qui ne racontent pas une histoire jusqu’au bout mais restent ouvertes, pour permettre aux gens de faire eux aussi, avec l’image, un bout de chemin, de la continuer comme il leur plaira : un marchepied du rêve, en quelque sorte … » (Robert Doisneau).

Avec « Robert Doisneau. Instants donnés », au sein d’une scénographie lumineuse & inspirante, nous présentant plus de 400 des superbes photographies du célèbre photographe français Robert Doisneau (1912-1994), dans les majestueux espaces de « La Boverie », à Liège, jusqu’au dimanche 19 avril.

La présente exposition suit des principes scénographiques visant à soutenir le message d’une approche renouvelée de l’œuvre de Robert Doisneau, chaque section (« Enfance », « Bistrots », « Écrivains », …) s’ouvrant sur une amorce forte, pour ensuite nous projeter au-delà du cliché & nous conduire vers l’approfondissement d’un aspect, comme les portraits, les séquences, …, l’accrochage, dans ces différentes sections, étant rythmé par la dynamique des photos.

Ainsi, successivement, nous découvrons les sections : « Enfance » (70 photographies), « Ateliers d’Artistes » (40), « Face à l’Oeuvre » (22), « Tirages, Collages & Bricolages » (16 photos & collages originaux), « Les Années ‘Vogue’  » (40 photos), « Ecrivains » (30), « Bistrots » (30), « Gravités » (70), « Banlieues » (35) & « Rencontres » (18), sans oublier « La Belgique sur Commande », conçue spécialement pour « La Boverie », avec 45 clichés de l’ « Expo 58 », à Bruxelles ; du sculpteur français d’origine hongroise Nicolas Schöffer (1912-1992), de passage à Liège (1962) ; de l’écrivain liégeois Georges Simenon (1903-1989) ; de la tour cybernétique, aux hauts fourneaux, à Liège ; de la Ville de Brugge ; des « Gilles », à Binche ; …

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« Nicolas Schöffer, à Liège, le 27 mars 1962 » (Robert Doisneau) © Atelier Robert Doisneau 

… Et à l’issue de cet inoubliable parcours, par une ingénieuse installation, sous la forme d’un rideau à franchir, porteur d’une photographie « Le Baiser de l’Hôtel de Ville » (1950), qui fit sa renommée, … cette exposition nous permettant de comprendre que ce cliché, à l’ histoire particulière, ne peut pas, à lui seul, illustrer la brillante carrière de Robert Doisneau, ce dernier, au sujet de cette photographie, prise à Paris, ayant écrit : « C’est une photo qui fait l’unanimité. Et quand il y a unanimité, il y a souvent, au départ, une erreur ».

« Le Baiser de l’Hôtel de Ville » (R. Doisneau/à Paris/1950) © « Atelier R. Doisneau »

Revenant à l’espace « Enfants », nous ne pouvons, à la vue des photos de Robert Doisneau, que constater l’ingéniosité des gosses à s’adonner à différents jeux, en rues, … à une époque où ils ne pouvaient pas encore manipuler les smartphones, devenus, au XXIe siècle, malheureusement, leur occupation principale.

Notons que la plupart des sections sont porteuses d’une citation de l’artiste, ainsi dans celui consacré aux « Bistrots », nous lisons : « Je maintiens qu’il est bon de posséder un bistrot familier. Deux, c’est encore mieux ».

Quant à l’évolution des « Banlieues », voici ce qu’il en dit, en fin de parcours : « Oui je sais, avant c’était moche, aujourd’hui c’est aussi moche, mais différemment ».

Présentes lors de la visite de presse, ses filles, Annette Doisneau & Francine Deroudille, nous montrèrent, dans la section « Tirages, Collages & Bricolages », des couvertures de magazines, où, encore toutes jeunes, elles furent photographiées par leur père.

Ecartant un rideau, nous pénétrons dans une installation reproduisant son atelier, où il développait ses films & imprimait ses photos.

« Les Pains de Picasso » (Robert Doisneau/à Vallauris/1952) © « Atelier Robert Doisneau »

En résumé, Robert Doisneau c’est :

  • Une collection de plus de 450.000 négatifs, conservés dans l’ « Atelier Robert Doisneau »
  • Quelque 300 boîtes d’archives & documents, classés selon différents thèmes.
  • Divers appareils photos, utilisés dans sa vie et souvent donnés à des connaissances.
  • Des centaines de livres publiés, dont une centaine d’ouvrages monographiques.
  • Environ 250 expositions, présentées en France et à l’étranger, depuis 1947, dont deux en Belgique.
  • Sa première photographie, en 1929 : un tas de pavés, lui ayant fait dire : « Je n’osais pas lever les yeux sur les gens vivants ».
  • Sa dernière photographie : l’auteur de bandes dessinées & sculpteur français Philippe Druillet Toulouse/ 1944), prise, le 25 septembre 1993, à Meudon, dans le jardin du « Musée Rodin ».

Quelques citations de Robert Doisneau :

« J’ai envie de raconter des histoires. Les personnes qui ont le plus d’influence sur moi sont les écrivains, les poètes. »

« Dans le fond, le photographe, comme ce qu’il emploie, doit être une surface sensible. »

« Les journées paraissent courtes à l’enfant, qui folâtre dans la rue, pleine de trouvailles possibles &, parfois, de
mystères, qui font un peu peur. »

« Jamais je n’aurais eu l’audace de demander du temps à ceux qui l’ont si bien employé. Aux grands maîtres, dont
les noms sont des têtes de chapitre dans les bouquins d’histoire de l’art et que l’on imagine ne se déplacer qu’avec une auréole de néon … Pourtant quelques-uns de ces grands maîtres m’ont poussé par les épaules dans leurs ateliers. »

« J’étais le fils du jardinier, invité à venir avec les enfants du château, à condition d’apporter avec lui un
regard neuf. »

« Comme me l’a confié de façon candide le petit gitan, pickpocket du métro : ‘moi, je ne vole pas, je prends’.
Dans mon cas l’opération s’appelle, effectivement, une prise de vue. »

Diplômé, en 1929, comme de graveur lithographe, Robert Doisneau remporta, en France, en 1947, le « Prix Kodak », en 1983, le « Grand Prix national de la Photographie » &, en 1985, le « Prix Balzac », alors que son nom a été donné à pas moins de 15 écoles françaises, primaires ou secondaires, alors qu’il débuta sa carrière, de 1934 à 1939, comme photographe industriel aux usines « Renault », à Boulogne-Billancourt, ayant été licencié en raison de retards répétés.

N’hésitons donc pas à découvrir le regard humaniste, tendre & profondément attentif au réel, de Robert Doisneau, au sein de cette rétrospective d’envergure, conçue par un commissariat collectif réunissant la bien connue société forestoise « Tempora » et l’ « Atelier Robert Doisneau », créé par les deux filles du photographes, Annette Doisneau & Francine Deroudille, qui en assurent le fonctionnement.

Catalogue :

… Et libre à nous de conserver, chez nous, ces superbes photos, grâce au catalogue, édité par « Tempora » (Isabelle Benoit, Francine Deroudille, Annette Doisneau & Benoît Remiche/2025/288 pages/270 photos, dont 19 en couleurs/18 illustrations).

Autres publications :

« Reportages de Robert Doisneau Belgique » (Isabelle Benoit, Alain Delaunois & Marc-Emmanuel Mélon/« Editions Tempora »/ 2025/48 pages).

« Hors-série de la revue Beaux-Arts » (Isabelle Benoit, Sophie Bernard, Débora Bertol, Francine Deroudille, Pierre Morio, Claude Pommereau, Sandrine Rosenberg, Clotilde Scordia, Raphaël Turcat & Natacha Wolinski/2025/76 pages).

© « La Boverie » & « Atelier Robert Doisneau »

Organisation : jusqu’au dimanche 19 avril, de . Prix d’entrée : 16€50 (14€50, par personne d’un groupe de minimum 15 visiteuses & visiteurs, pour les enseignants / 11€, de 06 à 25 ans & pour toute personne en situation de handicap / 0€, pour les moins de 6 ans & pour une personne accompagnant toute personne en situation de handicap / 45€, pour 2 adultes & 2 jeunes). Contacts : info@expo-doisneau.com & 0488/35.50.77. Billeterie : https://shop.infinitix.be/museelaboverie. Sites web : https://www.laboverie.com/ & https://expo-doisneau.com.

Au sein du parcours, cinq espaces spécialement aménagés accueillent les visiteurs malvoyants. Dans chacun d’eux, une œuvre est adaptée, grâce à une plaquette tactile en relief offrant une nouvelle manière de ressentir l’art par le toucher. Chaque borne est accompagnée d’un guide de découverte tactile et d’une audiodescription de l’œuvre, ce projet répondant à un besoin urgent d’inclusion dans le monde muséal, où les publics en situation de handicap visuel sont trop souvent oubliés. Par ailleurs, sur réservations, des visites guidées spécifiques sont proposées, menées par des guides formés à cet accompagnement, cette démarche plaçant l’humain et l’accessibilité au cœur de l’expérience culturelle.

Prochainement, à l’occasion des dix ans de « La Boverie » : « Exposition-anniversaire : Les coulisses d’une Collection », du vendredi 29 mai jusqu’au dimanche 23 août.

Yves Calbert.

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