Réouverture de la « CINEMATEk », le 09 JUIN, et Exposition sur Fernand Schirren, jusqu’au 31 août

Fernand Schirren et ses collections de cartes postales romantiques et de pipes © Francine D’Hulst

A l’occasion de laréouverture de ses deux salles, ce mercredi 09 juin, la « Cinémathèque royale de Belgique » – fondée, en 1938, par le cinéaste ostendais Henry Storck (1907-1999), réalisateur, avec le Néerlandais Joris Ives (1898-1989), de « Misère au Borinage » (Bel./1933/36′) -, plus connue, depuis 2009, sous le nom de « Cinematek » -, nous propose, jusqu’au mardi 31 août, une petite mais fort intéressante exposition intitulée « Fernand Schirren – Le Pianiste Accompagnateur de Films muets ».

Fernand Schirren et Alain Roch, 1996 © Francine D'Hulst
Fernand Schirren et Alain Roch © Francine D’Hulst/1996

A travers des objets personnels (ses affiches et programmes de ses concerts, ses collections de pipes et de cartes postales romantiques, son jeu d’échec et de nombreux pions placés dans chaque vitrine, ses baguettes de batteries, son masque, ramené du Congo, souvenir d’une tournée aux côtés de Maurice Béjart (1927-2007), des lettres, dont celle signée par son ancienne élève, Anne Teresa De Keersmaeker, de la vaisselle, des cartons de bières, recouverts de dessins de son ami Alain Roche) et grâce aux superbes photographies de Francine D’Hulst, nous plongeons dans l’univers créatif d’un musicien belge hors du commun, né à Nice, François Schirren (1920-2001).

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Dessin d’Alain Roche, sur un carton de bière © Famille de Fernand Schirren
Anne Teresa De Keersmaeker, évoquant F. Schirren © Famille de F. Schirren

Au micro de la « VRT », en 1994, il déclara : « Le grand amour de ma vie c’est mon père », alors qu’à « Art et Culture », en 1992, il confia : « Par ailleurs, je vais avec ma mère au Cinéma. Je me vois à trois ans et demi devant des films muets. Ces mêmes films que j’accompagne aujourd’hui au ‘Musée du Cinéma’ (la « Cinematek »/ndlr), je les revois à présent de la même façon que je les voyais enfant. Ma mère voulait un fils musicien. Mon père était d’accord. Donc pas de rivalité entre nous. Je suis devenu musicien, sans amour particulier pour la musique.! »

Fernand Schirren au piano, pour accompagner les films muets © Francine D’Hulst

Egalement présents, trois écrans vidéos nous présentant un documentaire d’un cinéaste belge natif de Châtelet, Jean Delire (1930-2000) et divers courts-métrages, des écouteurs étant à notre disposition.

Fernand Schirren donnant son cours de percussions © Francine D’Hulst

Quelle destinée pour lui qui accompagna, au piano, les « Charlot », films de et avec Charlie Chaplin(1889-1977), ainsi que d’autres films noir et blanc muets de la même époque, notamment à la « Cinematek », depuis la fondation du « Musée du Cinéma », de 1962 jusqu’à 1982, étant devenu le professeur de rythme, pour les danseurs de Maurice Béjart, son « Ballet du XXè Siècle » (1960-1987) et son école « Mudra »(fondée en 1970), ayant compté parmi ses élèves les chorégraphes belges Anne De MeyBruxelles/ 1959) et Anne Teresa De KeersmaekerMechelen/1960). Pour cette compagnie, il enseigna, également, les percussions.

Fernand Schirren © Francine d'Hulst
Fernand Schirren © Francine D’Hulst
Elèves de Fernand Schirren © Francine D’Hulst

Notons que Fernand Schirren fut présenté à Maurice Béjartpour qui il composa la musique de plusieurs ballets -, par les frères Huismans Jacques (1910-2001), directeur du « Téâtre national de la Communauté française », et Maurice (1912-1993), à la tête du « Théâtre royal de la Monnaie » -, qu’il avait rencontrés à l’occasion d’une représentation scolaire.

Fernand Schirren au tambour © Francine D’Hulst
Cours de percussions de Fernand Schirren © Francine D’Hulst

En 1983, au reporter français, Bruxellois d’adoption, Gérard Valet (1932-2005), pour l’émission « Point de Mire » de la « RTBF », il déclara : « On est percussionniste, comme on est pianiste, comme on est violoniste comme on est trompettiste mais on est batteur, comme on est boxeur, comme on est lutteur, comme on est coureur. C’est indirectement apparenté, c’est apparenté à la souche mais ce sont des embranchements différents. Et à côté de ces gens que je respecte beaucoup, je ne suis rien du tout. Je suis un batteur et j’ai fait avec Béjart une carrière de batteur, pas de musicien. »


Cours théorique de Fernand Schirren © Francine D’Hulst

Par ailleurs, Fernand Schirren composa des génériques et des bandes-son pour différents réalisateurs, qui commencèrent à appliquer son travail sur le rythme, notamment pour le court-métrage « Dimanche » (Edmond Bernhard {1919-2001}/Bel./1963/ 20′), pour des films des cinéastes belges Hugo Claus(1929-2008) et Claude François (1932-2012), ainsi que pour l’atelier d’expérimentation cinématographique de « La Cambre », créé en 1957, par Luc Haesaerts (1899-1962), ces musiques de films étant les seuls enregistrements que l’on possède de ce brillant compositeur.

Le jeu d’échec, passion de Fernand Schirren © Francine D’Hulst

Sur un ancien mur, bien mis en valeur, de la « Cinematek », nous le découvrons enfant, croqué de profil, au piano, par son père Ferdinand Schirren (1872-1944), l’un des représentants majeurs, aux côtés de Rik Wouters (1882-1916), du fauvisme brabançon.

Fernand Schirren et ses collections s © Francine D’Hulst

Profitant du confinement pour effectuer divers rangements, des photocopies d’un document manuscrit, rédigé par ce compositeur sont retrouvés au sein de la « Cinematek », cette découverte étant à l’origine de l’édition, en 2020, de ce que « Cinevox » nomme « un livre-objet à la fois beau, passionnant et terriblement émouvant », mis en vente en ligne et à l’accueil du Musée au prix démocratique de 8€, sous le même titre que celui de l’exposition : « Fernand Schirren – Le Pianiste Accompagnateur de Films muets ».

Livre-objet de Fernand Schirren, édité par la © « Cinematek »/2020

Bénéficiant d’une introducion rédigée par Gabriel Thibaudeau (°Lachenaie, Canada/1959) – chef d’orchestre, pianiste attitré de la « Cinémathèque québécoise », depuis plus de 30 ans, et compositeur en résidence de l’ « Orchestre de Chambre l’Octuor », à Paris, depuis 1998 – le texte manuscrit, dont nous admirons la calligraphie, de Fernand Schirren commence par cette citation : « La qualité principale du pianiste accompagnateur de films muets est l’inexistence », des mots qui sont accrochés, en grand format, au début de l’exposition.

Relevons encore : « Le pianiste doit s’identifier au public comme au film ; alors, le public pourra s’dentifier à la musique du pianiste ; et ainsi il s’identifiera au film. »

Soulignant son attachement au romantisme, citons ces quelques autres lignes : « Des amoureux dans la campagne ? Le style Schubert convient au mieux, puisque les premiers romantiques ont découvert la nature… Une scène d’amour passioné ? Une musique romantique, à la Chopin, par exemple, puisque, c’est bien connu, l’amour est romantique. »

Quant à l’importance du toucher : « Paul Valery a dit : ‘Ce que nous avons de plus profond, c’est la peau.’ Mon secret, c’est le toucher. Regardez le bout de mes doigts. Je touche le clavier comme je carresserais des seins de femme. »

En épilogue à cet ouvrage, le pianiste belge Jean-Luc Plouvier (°Bruxelles/1963) – responsable artistique, depuis 1994, de l’ « Ensemble Ictus », installé dans les locaux de la « Compagnie Rosas », d’Anne Teresa De Keersmaeker – écrit : « Schirren m’a appris, à force de moqueries, parfois, à penser l’accompagnement des films en termes de montage et de dosage d’énergie. »

Une pièce de la collection permanente du Musée © « Cinematek »

Pour ceux d’entre nous qui découvriraient la « Cinematek » à l’occasion de cette exposition, ne manquons pas de nous intéresser la collection permanente du Musée, nous dévoilant l’histoire du Cinéma, une « lanterne magique », pouvant intéresser nos enfants, y étant exposée. Projetant des images peintes sur des plaques de verre à travers un objectif, via la lumière d’une chandelle ou d’une lampe à huile, elle est l’ancêtre, remontant au XVIIè siècle, de nos projecteurs, devenus numériques au XXIè siècle, alors qu’à Paris, dans une salle de Cinéma, en 1897, un incendie – provoqué par la lumière d’un appareil de projection, provenant d’une flamme brûlant avec de l’éther – fit 129 victimes. Que de progrès depuis lors…

… Ce qui nous amène à souligner la rénovation des deux salles de projections, inaugurées, ce dernier jeudi 03 juin, à l’occasion de la visite de presse de l’exposition, doublée d’une projection qui nous permit d’apprécier tout le confort des tous nouveaux fauteuils, soutenant au mieux nos colonnes vertébrales.

Le mercredi 09 juin, à 19h et 21h30, nous pourrons y assister à la projection de l’ « Homme au Crâne rasé » (André Delvaux/Bel./1966/94′), le film qui fut le premier à donner des lettres de noblesse au Cinéma belge, aujourdhui mondialement reconnu.

« L’Homme au Crâne rasé » (André Delvaux)/1966

Synopsis : « Passif et maladroit, l’avocat Govert Miereveld, qui enseigne aussi dans une école de jeunes filles, tombe éperdument amoureux de l’une de ses élèves, la jolie Fran. Troublé et déprimé, il quitte son emploi et déménage dans une petite bourgade avec femme et enfants. Cependant, dans le cadre de ses activités juridiques, il est contraint d’assister à une autopsie éprouvante qui va précipiter son dérèglement mental… »

© « Cinematek »/2021

Pour avoir pu le découvrir ce jeudi 03 juin, en clôture de la visite de presse de l’exposition – guidée par Christophe Piette, programmateur et curateur de la « Cinematek » -, soulignons la qualité de la présente restauration, oeuvre de la « Cinematek », réalisé avec l’appui d’un tout nouveau scanner, acquis grâce à la « Loterie nationale », qui nous fut présenté par Tomas Leyers, conservateur de cette institution depuis octobre 2020.

Un conservateur comblé, d’autant que son institution bénéficie du label « Brussels Health Safety 2021 », ce qui doit nous rassurer quant aux parfaites conditions sanitaires de la « Cinematek », le port du masque bucal restant obligatoire, de même que le respect d’une distanciation physique d’1m50 entre les « bulles » sociales.

© « Cinematek »/2021

Ouverture : 18h30, le lundi, mardi, mercredi et vendredi, 14h30, le jeudi, samedi et dimanche (exposition jusqu’au mardi 31 août). Prix d’une séance : 5€. Exposition et collection permanente : accès gratuit, avec feuilles de renseignements offertes aux visiteurs. Site web, pour plus d’informations et avoir accès au programme détaillé des projections : https://cinematek.be/. Contacts : 02/551.19.19

Yves Calbert.

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