5è « Photo Brussels Festival », du 21 Janvier au 27 Mars

Paris, la nuit, photo issue de la série « The Setting » de © Frédéric Stucin, lauréat du « Prix Leica »

Après le succès, en 2019, de la 4è édition du « Photo Brussels Festival », le « Hangar Photo Art Center » sis à Ixelles, au N° 18 de la Place du Châtelain – est, à nouveau, au coeur de la 5è édition de cet événement, depuis le jeudi 21 janvier jusqu’au samedi 27 mars 2021.

Affiche/Photographie : « Penelope » (« Looking out from Within ») © Julia Fullerton-Batten © « Hangar »

420 artistes, confinés en Europe, ont répondu au « Call for European Photographers » lancé pendant le confinement (mars-juin 2020). Un Jury d’experts, ayant vu près de 6.000 photographies, a sélectionné vingt-sept projets lauréats – dont ceux de douze artistes français – qui sont présentés au « Hangar » : une mission photographique comme souvenir et une scénographie immersive rappelant la condition de « confiné ».

Avec « The World Within », à travers vingt-sept sensibilités photographiques et/ou vidéographiques, ce Centre de l’Art photographique dévoile, jusqu’au samedi 27 mars, les germes de la résilience humaine. Chaque artiste présente sa vision du « monde intérieur », faisant ainsi voler en éclat l’univers pesant de la quarantaine. Créativité, humour, empathie, réflexion, amour, inspiration de la nature sont autant de principes promettant une guérison rapide et un « après » meilleur.DSC_4597 copieNB copie.jpg

Dephine Dumont, directrice du © « Hangar Photo Art Center »

Fondé, en 2014, par Rodolphe de Spoelberch, dirigé, depuis 2017, par Delphine Dumont, l’ « Hangar Photo Art Center », propose, depuis 2016, ses 1.000 m2 d’espace, sur deux étages, à l’organisation du « Photo Brussels Festival », également présent au sein de 35 lieux de la Capitale européenne, des conférences,« workshops », lectures de portfolios, signatures de livres et autres étant programmés.

Parmi ces lieux, notons : l’« Argos » (jusqu’au dimanche 28 février), l’« Atelier 34Zéro Muzeum » (jusqu’au dimanche 28 février), la« Boghossian Fondation » (jusqu’au samedi 18 avril), le« Botanique » (du 18 février jusqu’au samedi 25 avril), le « Civa » (jusqu’au dimanche 16 mai),« Contretype » (jusqu’au samedi 14 mars), les « Halles Saint-Géry » (jusqu’au mardi 26 janvier), le« Korean Culture Center » (jusqu’au vendredi 05 février), « La Loge » (jusqu’au samedi 13 février),« La Patinoire Royale » (jusqu’au samedi 27 février),« L’Enfant sauvage » (jusqu’au jeudi 13 mars), le« Musée Juif » (jusqu’au samedi 25 avril), le« Palais des Beaux-Arts » (« Bozar »/ jusqu’au mercredi 08 avril, le« Parlementarium » (jusqu’au dimanche 28 février), le« Théâtre National Wallonie-Bruxelles » (jusqu’au vendredi 06 mars) et le« Wiels » (jusqu’au samedi 28 mars).

Nous rendant d’abord au « Hangar », nous recevons une carte de Bruxelles, avec l’indication géographique des différents lieux d’expositions de ce que l’on nomme le « Festival Tour ».

En rétro, notons qu’en 2016, pour le « Hangar », le thème était le paysage, en 2017, le portrait, en 2018, la ville et en 2019, la nature morte, cet événement n’ayant pu être organisé en 2020.

Les vingt-sept artistes retenus pour exposer au « Hangar » sont : Gérome Barry, Lucile Boiron, Marguerite Bornhauser, Ferhat Bouda, Bruno Boudjelal, Sarah Bouillaud, Jean-Marc Caimi &Valentina Piccinni, Gonçalo Fonseca, Julia Fullerton-Batten, Gabriele Galimberti, Nick Hannes, Giovanni Hänninen, Philip Hatcher-Moore, Pierre Jarlan, Kíra Krász, Yann Laubscher, Lucas Leffler, Edgar Martins, Alisa Martynova, Patrick Messina, Alice Pallot, Elea Jeanne Schmitter & Le Massi, Alexandra Serrano, Frédéric Stucin, Mattia Sugamiele, Simon Vansteenwinckel  et Laure Vasconi.

A souligner que les travaux de ces artistes ont été sélectionnés par un Jury international, composé de Giovanna Calvenzi (Ita.), éditrice & curatrice ; Christian Caujolle (Fra.), écrivain, curateur & critique d’art ; Rodolphe de Spoelberch (Bel.), collectionneur & fondateur du « Hangar » ; Bruno Devos (Bel.), éditeur & directeur de « StockmansArt Books »Delphine Dumont (Bel.) directrice du « Hangar » & fondatrice du « PhotoBrussels Festival » et Gaëlle Gouinguene (Fra.), chargée en communication & responsable des projets culturels de « Leica ».

En clôture de la conférence de presse, ce jeudi 21 janvier, ce Jury a attribué le« Coup de Coeur Leica », en présence de plusieurs photographes, à Frédéric Stucin (Fra./°1977) – diplômé de l’ « Ecole des Arts décoratifs », à Strasbourg, et de l’« Ecole nationale supérieure Louis Lumière », à Paris –, qui reçut un « Leica Q2 », pour la qualité de son reportage photographique, « The Setting », sur Paris, de nuit, dans une période durant laquelle les vibrations intempestives de la Ville se sont mises en pause.

« Rue Rambuteau/Rue Saint-Denis » (série « The Setting ») © Frédéric Stucin, lauréat du « Prix Leica »

Soulignons que plusieurs de ses photos sont éditées, parmi tant d’autres – toutes publiées au format de 20×30 cm -, au sein d’un superbe catalogue : « The World Within » (Ed.« Hangar »/312 pages/23 x 29 cm/524 illustrations/ textes en anglais/2020/ 45€), révèlant l’exceptionnel travail de création photographique, réalisé par des artistes confinés en Europe, dès la mi-mars 2020. Cet ouvrage, pouvant être commandé én ligne ou acheté à la boutique du« Hangar », nous appelle, tout simplement, à nous remettre en marche et à aller de l’avant.

« The World Within », le catalogue © « Hangar » © Photo des « invisibles » : Bruno Boudjelal

Concernant ce livre, la directrice du « Hangar Photo Art Center » écrit : « Je vous invite à vous approprier l’ensemble de ces projets, textes et images et à mesurer à quel point les artistes y ont fait preuve de résilience, leur propre résilience ou celles des autres. Il se dégage de ces photographies un peu de mélancolie sans doute mais surtout une grande humanité. Pas toujours en surface mais de manière très subtile. Cachée parfois. Comme nous pouvions l’être pendant cette période. Ce que nous qualifions de ‘mission historique’ devient un instantané, presque un ‘Polaroïd’ de ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. »

Evoquant, plus généralement, le « PhotoBrussels Festival », qu’elle a fondé, elle pousuit :« Comme au printemps 2020, les informations sont constituées d’un fux continu de nouvelles négatives. Faisons un pas vers une forme de
résilience (‘rebondissement’ et aptitude de chacun à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit des circonstances traumatiques). Au jour d’aujourd’hui, alors que l’actuel ‘semi- lock down’ et la privation de liberté sont devenus notre quotidien, nous mesurons à quel point, les artistes sont nos alliés dans l’épreuve. Leur regard sur le monde nous soutient, est comme un miroir à
travers lequel s’expriment nos tensions, nos angoisses, nos joies, nos espoirs. »

Sachant que seuls les photographes professionnels pouvaient présenter leurs réalisations à la sélection, subjectivement, citons quelques-uns d’entre eux, dont les travaux nous sont présentés au « Hangar », nous présentant autant d’expériences de confinements, dans des lieux et conditions différents :

Gérome Barry (Fra.Fra.-1984), diplômé de« La Fémis », à Paris, il nous propose « Films as an Escape », une suite de dix courts-métrages humoristiques, de 1′ à 1’30 », où on le voit vivre son confinement dans son appartement, effectuant un jogging, vivant un opéra, jouant au poker avec lui-même, …, sans oublier une séquence sentimentale tournée avec l’appui de l’animation… S’étant inspiré de Pierre Etaix (1928-2016) et Jacques Tati (1907-1982) pour scénariser et interpréter ces scénettes, il écrivit : « Il faut croire qu’avec le temps, cet humour là a infusé quelque part malgré moi. »

Séquence de l’opéra dans « Films as an Escape » de © Gérome Barry

Ferhat Bouda (AlgérieAlgérie-1976), de retour de son pays, il se retrouve confiné en Allemagne, à Francfort-sur-le-Main, où il aimerait accéder aux hôpitaux, pour documenter la situation sanitaire, ce qui lui est refusé. Aussi, il parcourt les rues peu fréquentées de la Ville, donnant naissance à un journal visuel fait de mots, de peintures et de photographies, se disant : « C’est la décision de chacun de voir de la beauté dans une situation difficile. »

Un extrait du journal visuel de © Ferhat Bouda

Bruno Boudjelal (Algérie-Fra.Montreuil-1961) nous propose un montage de grand format de dix-huit visages, de personnes photographiées entre 05h30 et 07h du matin, alors qu’ils empruntaient la ligne N° 3 du métro parisien, venant de la Porte de Montreuil, ou se trouvaient dans la station de la Porte de Bagnolet, son intervention artistique présentant ceux que l’on pourrait appeler les « invisibles », employés de supermarchés, de services ( de livraisons, nettoyages ou transports, …, ceux qui ont dû continuer à travailler durant le confinement.

Le visage d’une « invisible » dans la ligne 3 du métro parisien © Bruno Boudjelal

Jean-Marc Caimi & Valentina Piccinni (Fra.-Ita. & Ita.Fra.-1966 & Ita.-1982) ont réalisé leur série « Picturing young Lives in Isolation », en étant fasciné par l’impressionnante adaptation des jeunes face à cette situation inédite, avec école à distance et contact par voie électronique, certains ados étant heureux avec ce rythme de confinement, d’autres étant désireux de retrouver physiquement leurs ami.e.s. Ainsi, ces deux photographes ont interrogé, en captures d’écrans, vingt jeunes en quarantaine, à travers le monde.

« Yulin », de la série « Picturing young Lives in Isolation » © Jean-Marc Caimi & Valentina Piccinni

Gonçalo Fonseca (PortugalPortugal-1993), travaillant à Lisbonne, il explore, avec sa série « Squatting Moms », les sujets du logement et des droits de l’homme, elle a photographié Edna Veiga, 30 ans, travailleuse « essentielle », ses enfants et ses voisins, migrants ou Afro-descendants, tous étant obligés d’occuper des appartements abandonnés, étant oubliés par la société et livrés à eux-mêmes

« Fatima » (série « Squatting Moms ») © Gonçalo Fonsec
Julia Fullerton-Batten (All.-U.K.Brême-1970), travaillant au Royaume-Uni, depuis 1986, ayant dû arrêter, suite au premier confinement, son projet en cours, décida de photographier des volontaires dans leur lieu de confinement, imaginant des mises-en-scènes et des habillages originaux, par courriel ou téléphone, sans contact physique, les habitants brisant leur monotonie de vie le temps d’un « shooting », la photographe réalisant, ainsi, sa série « Looking out from Within ».Festival de la photo de Bruxelles

« Pénélope » (série « Looking out of Within ») © Julia Fullerton-Batten

Philip Hatcher-Moore (U.K.U.K.-1982), confiné dans la campagne, au nord du Pays de Galle, nous propose une série de photos mettant en scène son tout jeune fils, à la chevelure blonde, photographié en pleine nature, lui insuflant la certitude que la nature est la voie de la guérison, en réponse à son questionnement : « Comment la relation à la terre façonnera-t-elle la société ? »

Photos de thé et d'eau: Philip Hatcher-Moore 11

Dans la campagne du Pays de Galle © Philip Hatcher-Moore 

Gabriele Galimberti (Ita.Val di Chiana-1977), réalise ses clichés, à Milan, durant les deux premières semaines de la crise sanitaire, choisissant de photographier des personnes confinées dans leurs maisons milanaises, recherchant l’obtention de la lumière qu’il souhaite, chaque habitant ou groupe d’individus semblant minuscules face à la prison qu’est devenue leur habitation.

Une Milanaise, minuscule face à la prison qu’est devenue son habitation © Gabriele Galimberti 

Nick Hannes (Bel.Anvers-1974), ayant étudié à la « KASK » (« Académie royale des Beaux-Arts »), à Gand, photographie, pendant deux mois pour sa série « An unexpacted Lesson in Joy » -, des choses familières : sa maison, sa femme et ses deux filles, chez lui, à Ranst, essentiellement dans leur jardin, ce journal photo intime respirant la joie d’être en vie, malgré l’incertitude du moment. « Photographier done un sens au confinement. Cela m’oblige à jeter un regard neuf sur mon environnement familier et les trois personnes avec lesquelles je partage la maison », écrit-il.

A Ranst, « An unexpacted Lesson in Joy », la joie d’être en vie © Nick Hannes

Giovanni Hänninen (Fin.-Ita.Helsinski-1976), docteur en ingénierie aérospatiale, enseignant la photographie d’entretrise, à Milan, a réalisé la série « The Missing Piece », un portrait intime de sa Ville, aux monolithes blancs, à la grandeur des ruines antiques, et des espaces publicitaires vides, témoignant de la peur de l’inconnu, ces espaces blancs étant des pages à remplir, avec de nouvelles idées, des espaces pour accueillir une nouvelle société.

Milan désertée, Ville aux monolithes blancs, à la grandeur de ruines antiques © Giovanni Hänninen

Alisa Martynova (Rus./°Orenbourg-1994), vivant en Italie, ayant terminé ses études à la « Fondazione Studio Marangoni », à Florence, dit suivre l’exemple du poète français San-Pol-Roux (Paul-Pierre Roux/1861-1940), qui, avant de s’endormir, apposait ce texte sur sa porte : « Le poète travaille ». Quant à elle, limitée physiquement par le confinement, elle tint, en images, son « Journal de Sommeil », ses rêves étant devenus plus vifs, colorés, surréalistes et incompréhensibles que d’habitude.

Photographie issue du « Journal de Sommeil » d’ © Alisa Martynova

Alexandra Serrano (Fra.Fontainebleau-1988) nous offre sa pratique sensible et poétique, qu’elle expérimenta quotidiennement pendant près de deux mois, en mars-avril 2020, utilisant un ancien procédé photographique, le cyanotype (création d’empreintes sur papier photosensibilisé), des coupures de journeaux évoquant la crise sanitaire, et des éléments de végétation, constituant un herbier immatériel, superposant l’actualité de la pandémie à la nature environnante, cette dernière nous apportant une certaine tranquilité.

Une image de l’herbier immatériel d’ © Alexandra Serrano

Mattia Sugamiele (Ita.Erice-1984), avec « Series Gates », cet autre artiste milanais nous propose son surprenant style personnel, son imaginaire concentrant ses recherches, rassemblant et archivant des images iconiques, dont celles qui, religieuses, juxtaposent la fragilité de la religion et la vérité cristallisée de la science, culte et sciences humaines faisant écho à la complexité de cette période de confinement. Citant l’écrivain-philosophe français Paul Valéry (1871-1945), il écrit « Un flux d’images entre dans nos maisons » (1928).

Gates #39 - a Digital Art by Mattia Sugamiele

Photo issue de la série « Gates » de © Mattia Sugamiele

Comme le déclarèrent Delphine Dumont et Rodolphe de Spoelberch : « Avec ce projet de Festival, nous avons semé à tous vents et voici notre récolte. Jamais auparavant ces photographes n’auraient pensé à photographier leurs voisins. En pleine catastrophe sanitaire, ils nous permettent de nous émerveiller, pour certains de revenir à la nature. Du documentaire au conceptuel, toutes ces réalisations, en recherche d’une certaine poésie intérieure, balaient le champ de ce qu’est la photographie. Nous ramenant à nous même, ce confinement a ouvert la porte à une résistance créative, nous amenant à croire en un monde meilleur. »

En cette pénible période de privations culturelles et gustatives, n’hésitons donc pas à aller à la rencontre du travail de ces « artistes témoins de notre époque », porteurs, finalement, de nos voix à tous.

© B. Baltus

Ouverture de l’exposition « The Word Within » : jusqu’au samedi 27 mars, du mardi au samedi, de 12h à 18h (dernière entrée à 17h30). Prix d’entrée : 5€ (3€, de 13 à 24 ans, pour les demandeurs d’emploi & à partir de 60 ans / 0€, jusqu’à 12 ans inclus et les membres de goupes scolaires ou du « Hangar »). Site web : http://www.hangar.art.

Yves Calbert.

 

 

 

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