BD : « Charlotte Impératrice / L’Empire » (M. Bonhomme et F. Nury), chez « Dargaud »

Couverture Charlotte imperatrice tome 2 + ex-libris offert

Couverture, dessinée par  Mathieu Bonhomme/« Dargaud »/2020

Alors que ces derniers jours, nous assistons à la mise à mal de statues de Christophe Colomb (1451-1506), en Amérique latine, ou du Roi Léopold II, en Belgique, voici ce que déclarait son beau-frère, Maximilen d’Autriche, Empereur du Mexique (propos repris au sein de deux cases de la page 20/planche 16) : « Vous avez vu ce pays ? Ces couleurs, ces reliefs, c’est magnifique. On se croirait dans les montagnes du Tyrol. Remercions le Seigneur de nous avoir accordé un tel présent…Une terre sauvage, immense, dont nous allons faie notre jardin » (sic).

L’Empereur et l’Impératrice du Mexique/1864-1867

… Et oui, le Mexique, jardin de l’Autriche, comme le Congo fut d’abord la propriété privée de Léopold II, à l’époque de l’Etat indépendant du Congo (1885-2008), avant de devenir une colonie belge (1908-1960)…

Cin d’oeil prémonitoire à l’actualité, l’album ayant été rédigé bien avant le scandaleux assassinat de George Floyd, à Minneapolis, le fait de poser un genou en terre, comme le fait Maximilien 1er, en page 11, l’amène la page suivante, à cette question : « Je me demande si ce n’était pas trop le genou en terre. J’ai suivi mon intuition », ce qui  a plu à son épouse : « C’était très bien. Authentique ».

Alors que des troupes françaises de Napoléon III sont présentes au Mexique, de colonie, il est également question dans cet ouvrage de Mathieu Bonhomme et Fabien Nury, quand ce dernier, page 40, fait dire au Colonel Albert van der Swissen :« Les peuples coloniaux, c’est comme les enfants, ils doivent aimer leur mère et craindre leur père. »

Ayant réellement existé {1823-1895}, il fut fait Commandant militaire de la place de Bruxelles et Baron, à son retour en Belgique, des historiens prétendant qu’il eut des relations intimes avec Charlotte, certains leur attribuant même la naissance d’un fils non reconnu.

Pour nos lecteurs peu intéressés par l’histoire, notons encore que l’épouse de Maximilien 1er (Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine/1832-1867), Empereur du Mexique (1864-1867) était Charlotte de Belgique (née Marie-Charlotte de Saxe-Cobourg et Gotha/1840-1827), Impératrice du Mexique (1864-1867), soeur du Roi Léopold II (1835-1909), fille du Roi Léoplod 1er (1790-1865) et de la Reine Louise Marie d’Orléans (1812-1850).

Charlotte de Belgique, héroïne tragique d'une bande dessinée

Tome 1 : Maximilien et Charlotte, vus par © Mathieu Bonhomme (Sc. : F. Nury)/« Dargaud »/2020

Hors, justement, une Princesse belge, devenue Impératrice du Mexique, est un fait historique trop peu connu, ce qui a poussé nos deux auteurs à créer cette série.

Ayant évoqué l’actualité que penser de la page 27, où nous voyons des gens décédant dans une salle commune, avec ces mots : « Je dois vous demander de ne toucher à aucun malade , pendant votre visite. Le typhus est extrêmement contagieux et il est mortel… La maladie tue plus de soldats que les balles ennemies »…. Depuis la mi-mars, dans le monde entier, c’est un virus, lui aussi mortel, qui empêche que nous puissions nous toucher… Au XXIè siècle, même dans de bien meilleures conditions d’hospitalisation qu’au XIXè siècle, la grande faucheuse fait des ravages

Matthieu Bonhomme ("Charlotte impératrice") : « Quand je raconte une histoire, je suis toujours en empathie pour mes personnages »

Page 07, l’Impératrice se rend sur le pont du navire © M. Bonhomme & F. Nury/« Dargaud »/2020

Synopsis : « Depuis son mariage avec Maximilien d’Autriche, Charlotte va de désenchantements en désillusions. Sa vie conjugale réduite à néant, elle mise son va-tout sur la couronne du Mexique. À leur arrivée à Veracruz, le couple impérial découvre un pays exsangue, bien loin d’être pacifié par les troupes françaises. Ils doivent faire face à la défiance des élites locales bien décidées à tirer parti de la faiblesse de caractère de Maximilien pour préserver leurs intérêts… »

En page 2 du tome 2, nous lisons cet avertissement : « Bien qu’étant inspirée de faits réels, cette histoire n’en demeure pas moins une fiction : les incidents authentiques, les suppositions et l’invention pure sont ici librement mélangés. Les personnages historiques cotoient des êtres composites et d’autres entièrement imaginaires. »

Page 09/Planche 05, l’arrivée au Mexique © M. Bonhomme & F. Nury/« Dargaud »/2020

Extraits de la page 3, de la proclamation officielle faite en la Ciutad de Mexico, le 29 avril 1864 : « Le Conseil supérieur du Gouvernement, agissant au nom du peuple mexicain décrète ce qui suit :

« 4. Que parmi ses princes les plus éminents de la race royale, brillant autant par sa naissance illustre que pas ses qualités personnelles, sa haute instruction, son intelligence élevée et son aptitude au gouvernement, l’Archiduc Maximilien d’Autriche est désigné au choix e la nation pour régir ses destinées. »

Plus loin dans ce texte historique, il est précisé : « Dans l’éventualité du décès de l’Empereur ou pour tout autre motif l’empêchant de régner, Son Altesse Impériale Charlotte de Belgique se verra confier la régence du Mexique. »

L’Histoire, avec un grand « H », en décida autrement, puisque L’Empereur, jugé par une cour martiale, fut fusillé le 19 juin 1867. L’Impératrice revenue en Europe, sombra définitivement dans la folie, décédant, cloîtrée, à 87 an. Le règne des Souverains du Mexique s’était achevé comme une tragédie antique : dans le sang et la démence !

L’abbé Emmanuel Domenech (1825-1903), aumônier du corps expéditionaire français, écrivit :« Je comprends, maintenant, la plupart des romans dramatiques écrits sur le Mexique. C’est un pays où l’inspiration du drame et de la tragédie suinte par tous les pores… »

… Mais revenons à l’histoire imaginée par Fabien Nury et Mathieu Bonhomme, en lisant dans les 2 dernières cases de la page 53 : « Je me permets de rappeler à Votre Majesté, qu’en l’absence de votre mari,… c‘est à vous de gouverner l’Empire. »

Plus loin, dans la 1ère case de la page 62, un haut dignitaire déclare à Charlotte : « Ce pays,… pardonnez ma franchise, Majesté, ce pays n’a pas d’Empereur, mais il a une Impératrice. »

Car oui, le problème et que Maximilien 1er n’est pas à la hauteur de sa fonction… Oisif, il chasse les papillons (2 premières cases de la page 58) et… les jeunes filles (3ème case de cette même page), « dans une hacienda des environs de Jalapilla qu’il a lui-même baptisée ‘El Olvido’‘L’Oubli’ ,… les Mexicains de la région surnomm(ant) l’endroit la ‘casa chica’ , la ‘maison des filles’ « , lit-on dans les 4è et 5è cases de la page 63…

… Et là, il est temps de souligner la qualité des dessins de Mathieu Bonhomme, qui nous dévoile, dans une dernière case prenant toute le largeur de cette même page, les larmes de Charlotte, tout comme en page 72, lorsqu’un éclésiastique l’emmène à la rencontre de très pauvres indiens

… Des Indiens qu’elle défend, en réunion avec les Ministres, en l’absence de l’Empereur, prouvant qu’elle est l’authentique Gouvernante du pays, comme nous le voyons et le lisons, en pages 54 et 55, Charlotte disant, au bas de la page 54 : « Il n’y a qu’un seul peuple mexicain et les Indiens en font partie. »

Et c’est bien là le problème, l’Empereur lui-même, en pages 32 et 33, s’en prenant aux finances, voulant « que les charges pèsent sur tous les citoyens, proportionellement à leur fortune ;  l’Eglise, prônant, bien en avance sur son époque, la « liberté des cultes, ce grand principe des sociétés modernes » ; à la justice, afin qu’elle « soit rendue avec intégrité et qu’elle ne soit plus le prix du plus offrant », à l’armée qui arrache « à leurs familles les laboureurs et Indiens, cette intérressante classe de la population… Ensemble nous ferons de l’armée mexicaine, un modèle pour le monde entier ».

Ainsi, faisant face aux différents pouvoirs de l’Etat, Maximilien 1er, parfaitement relayé par Charlotte, s’attirent tous deux les foudres des responsables mexicains – Benito Juarez, force vive révolutionnaire, attendant son heure -,  alors même qu’en pages 15 et 16, si bien dessiné par Mathieu Bonhomme, le couple impérial est reçu, en musique, par un groupe de « Mariachis », et qu’en page 32, tous les passionnés de BD se rappellent, avec un véhicule bien différent, l’accueil que reçut « Tintin », en Amérique, après avoir permis le démentellement du gang d’Al Capone (page 62 de « Tintin en Amérique », édité, en 1932, par « Casterman »)…

De retour à « L’Empire », le 2ème tome de « Charlotte impératrice », signalons ce que Mathieu Bonhomme confia à notre collègue Charles-Louis Detournay : « A l’époque, y avait un vrai paradoxe des genres. Ce fut très amusant d’arriver à placer l’univers doré et précieux de la noblesse dans ce cadre mexicain poussiéreux et conflictuel… Mais, quoiqu’il arrive, quand je dessine une histoire, je suis toujours en empathie pour mes personnages. »

Quant à « Matvano » (Mathieu Van Overstraeten), il raporte un autre propos de ce brillant dessinateur :  » (Nous voulons) raconter Charlotte dans son entièreté et pas seulement Charlotte au Mexique. C’est une approche qui me plaît, parce que j’ai une vraie tendresse pour elle. C’est une femme de son époque, confrontée à un univers masculin violent et à des enjeux énormes. J’ai envie de l’aimer jusqu’au bout, même quand elle sera vieille. »

… Ce qui sera le cas dans le tome 4… A noter que si nous nous trouvons au Mexique, tout au long du tome 2, au sein du 1er Tome, Charlotte, l’héroïne de cette histoire, ne quittait pas l’Europe, qu’elle retrouvera, seule, durant… 50 ans, dans le 4è et dernier tome, son époux ayant été exécuté au Mexique.

A l’opposé de cette longue période couverte par le tome 4, ensemble, les tomes 2 et 3, ne couvrent que 4 ans, le laps de temps qu’elle vécut comme Impératrice du Mexique, le 1er tome couvrant les 4 dernières années avant son départ pour l’Amérique latine.

Dès la 1ère planche, on replonge dans l’œil de Charlotte © M. Bonhomme & F. Nury/« Dargaud »

Et si nous parlons de 4 tomes, les auteurs évoquent une trilogie. Aussi le tome 3 sera la suite de l’ « aventure » mexicaine, les tomes 2 et 3 constituant une unité tellement danse qu’elle ne pouvait être contée en 70 planches.

« Il faut que le peuple nous aime » dit l’Empereur (page 31), succitant la réaction de l’Impératrice : « Mon cher époux il n’y a pas que le coeur des mexicains que vous devez conquérir, il y a, aussi, le mien »… Que chacun lise cet album et nous tous, nous aimerons Charlotte,… en proie à certains désirs, qui l’amèneront (page 30) à se confesser

A l’attention de nos lecteurs qui ne les connaisent pas encore, nous tenons à présenter les deux auteurs français :

Mathieu Bonhomme (et l’Impératrice Charlotte)/2018

*** Mathieu Bonhomme  (°1973), le dessinateur :

Ayant réussi un bac technique, en option dessin, suivi d’un BTS, en arts appliqués, il travaille dans la publicité, avant que son 1er album, « Victor et Anaïs », sur un scénario de Jean-Michel Darlo, ne soit édité, en 2002, par « Carabas ».

En 2016, il est l’auteur, scénario et dessins, à l’occasion des 70 ans de la création de « Lucky Luke » – par « Morris » (Maurice de Bevere/1923-2001), alors édité par « Dupuis », avant de l’être par « Dargaud », puis par « Lucky Comics », son principal scénariste ayant été René Goscinny (1926-1977) -, il réalise un « one shot » intitulé « L’Homme qui tua Lucky Luke » (Ed. « Lucky Comics »), qui lui permettra de remporter, en 2016, à Bruxelles, le « Prix Saint-Michel du meilleur Album » et, en 2017, au « Festival d’Angoulème », le « Prix du Public Cultura ».

En outre, il fut le lauréat, en 2002, du « Prix Saint-Michel de l’Avenir », pour l’ « Ile de Brac », le 1er tome de la série « Le Marquis d’Anaon » ; 2003, de l’ « Alph-Art du meilleur Album », pour « L’Âge de la Raison » ; en 2010, du « Prix Intergénérations », du « Festival d’Angoulème », pour « Messire Guillaume ».

Le scénariste de bandes dessinées Fabien Nury pose à Paris, le 13 janvier 2015

Fabien Nury © Bertrand Guay/« AFP »/2015

*** Fabien Nury (°1976), le scénariste :

Se voulant raconteur d’histoireset non historien, soucieux de rester au coeur ediplômé, dans un tout autre secteur, de l’ « ESCP » (« École Supérieure de Commerce de Paris »), scénariste d’une quarantaine d’albums (plus de deux millions d’emplaires vendus), il signe, en 2003, avec Xavier Dorison, son 1er album, dessiné par Christian Rossi, « La Chute de Babylone », le 1er tome de la série « W.E.S.T. », édité par « Dargaud ».

Parmi une quinzaine de Prix dont il fut le lauréat, notons, à Bruxelles, 5 « Prix Saint-Michel », deux « du meilleur Scénario », en 2016, avec Xavier Dorison, pour « Comment faire Fortune en Juin 40 », et, avec Sylvain Vallée, en 2008, pour « L’Empire de Monsieur Joseph », le 1er tome de « Il était  une fois en France », ainsi que, dans cette même série, en 2009, le tome 2, « Le Vol noir des Corbeaux », et en 2013, le tome 6, « La Terre promise », sans oublier, en 2012, « Funérailles », le tome 2 de la série « La Mort de Staline-Une Histoire vraie soviétique », scénarisée avecThierry Robin.

Pour ce même album, il remporta, en 2012, le « Prix Cheverny de la Bande dessinée historique », tandis que pour le tome 1 de la même série, « L’Agonie », il reçut, en 2011, le « Prix Historia ». Enfin, pour la série « Il était une Fois en France », il fut le lauréat, avec Sylvain Vallée, de trois autres Prix, un, en 2011, au « Festival d’Angoulème », pour le tome 4, « Aux Armes Citoyens », ainsi que deux « de la meilleure Série », en 2012, aux« DBD Awards », et, en 2015, aux « Lucca Comics and Games »et, en 2012, aux « DBD Awards ».

Dans le secteur du Cinéma, avec Xavier Dorison, il fut le scénariste de la fiction « Les Brigades du Tigre » (Jérome Cornuau/Fra./2006/125’/avec Clovis Cornillac, Olivier Gourmetet Diane Kruger). Ce fut l’occasion, pour lui de déclarer : « Avant ça, j’essayais de faire du cinéma sur papier. Depuis, je pense être devenu un meilleur scénariste de BD. Ca m’a permis de mieux différencier les deux médias ».

En Télévision, toujours avec Xavier Dorison, il fut le lauréat, en 2012, pour le téléfilm « Pour toi jai tué » (Laurent Heynemann/Fra./2012/95′), du « Prix Mireille-Lantéri » de la « Socété des Auteurs et Compositeurs dramatiques ». Il fut, aussi, le scénariste de la série « Guyane » (Kim Chapiron/ Fra./2017-2018/16 épisodes de 52′).

*** Pour nous présenter des extraits de différentes lettres, la calligraphie a été confiée à Nadège Gaudin.

Tome 1 : La joie, toute relative, du mariage, dessinée par © M. Bonhomme (SC. : F. Nury)/ »Dargaud »

Terminons avec quelques avis de la presse, sur « L’Empire » (Ed.« Dargaud »/cartonné/12 juin 2020/76 p./70 planches/24 x 32 cm/16€50) :

  • pour « Télérama » : « De la BD historique, pleine de sang, de sueur et de larmes… »
  • pour « Le Figaro » : « Une héroîne aussi attachante que bouleversante… »
  • pour « Actua B » : « Un véritable chef d’oeuvre… »

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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