« Astérix » pleure la disparition de son dessinateur historique, Albert Uderzo

Extrait d’une case d’ « Astérix en Hispanie » (c) Albert Uderzo/« Dargaud »

Albert Uderzo, coauteur de la série de bandes dessinées « Astérix et Obélix », au travail dans l’atelier de l’éditeur Dargaud, dans les années 1960.

Albert Uderzo, dans l’atelier des « Ed. Dargaud » (c) Paul Almasy/« AKG-Images »/années ’60

« Par Toutatis », « Astérix »,« Obélix » et tous les habitants du village des « irréductibles Gaulois » sont, désormais, orphelins de leurs deux « papas », le dessinateur Albert Uderzo (né Alberto Aleandro Uderzo, à Fismes {près de Reims}, le 25 avril 1927, au sein d’une famille émmigrée italienne, naturalisé français en 1934) – qui avait vaincu une leucémie, il y a quelques années – venant de rejoindre – dans la nuit, le mardi 24 mars  -, son scénariste historique René Goscinny (1926-1977), tous deux étant les créateurs, en 1959, de l’hebdomadaire français « Pilote » (1959-1989) et d’ « Astérix le Gaulois », présent dès le premier numéro de ce magazine français de bandes dessinées.

Albert Uderzo avec son complice René Goscinny, en 1967.Albert Uderzo et René Goscinny, en 1967 (c) « AFP »

« Albert Uderzo est mort dans son sommeil à son domicile, à Neuilly, d’une crise cardiaque, sans lien avec le ‘coronavirus’. Il était très fatigué depuis plusieurs semaines », est le message envoyé à l’« AFP », par son gendre Bernard de Choisy.

Collant à l’actualité le quotidien sportif français « L’Equipe » publiait en première page, ce mercredi 25 mars, la couverture du 12è album, « Astérix aux Jeux Olympiques » (« Dargaud »/1968), avec, sur la droite, la simple mention : « en 2021 », le repport d’un an des « J.O. » ayant été décidé le même jour que le grand départ d’Albert Uderzo

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La « Une » du mercredi 25 mars du bien connu quotidien sportif français (c) « L’Equipe »/Albert Uderzo

« Le Monde », écrivait, à juste titre, ce mardi 24 mars : « Sa  main boursouflée, à la fin de sa vie, témoignait des cadences qu’il s’imposait plus jeune, notamment pendant cette période faste où il fallait livrer chaque semaine à ‘Pilote’ une page d’  ‘Astérix’et une autre de ‘Tanguy et Laverdure’ (personnages également créés en 1959, dans « Pilote », scénarisé par le Liégeois Jean-Michel Charlier {1924-1989/ndlr}, les dessins étant repris, en 1968, par le Gedinnois « Jijé » {Joseph Gillain/1914-1980}/ndlr), deux séries réalisées dans des styles radicalement différents. Là était une autre spécificité de son esthétique : Uderzo fut, et est encore, après sa mort, l’un des rares dessinateurs à avoir été aussi à l’aise dans la BD humoristique que dans la BD réaliste. »

Extrait de l'album

 « Oumpah-Pah et les pirates » (c) Albert Uderzo & René Goscinny/Ed. « Albert et René »/1958-1961

Précédant d’un an la création conjointe d’ « Astérix » et de« Pilote », ils créent à eux deux – le 02 avril 1958, il y a 62 ans, au sein du « Journal de Tintin » -, « Oumpah-Pha, le Peau Rouge », accompagné d’un Chevalier du Roy, perruqué, répondant au nom d’« Hubert de la Pâte Feuilletée », leur premier album étant édité, en 1961, par les « Ed. du Lombard », en Belgique, et« Dargaud », en France.Couverture de l'album Jehan Pistolet - 1. Jehan Pistolet corsaire prodigieux

1ère édition du 1er album, aux (c) « Ed. Lefrancq »/Albert Uderzo & René Goscinny/1989

Ayant commencé à dessiner en 1941, Albert Uderzo s’était déjà joint à René Goscinny, afin de signer, de 1952 à 1956, cinq aventures, rassemblées en 4 albums, du corsaire Johan Pistolet. Publié dès le 26 juin 1952 dans « La Libre Junior », complément hebdomadaire du quotidien belge « La Libre Begique », avant d’être repris au sein de l’hebomadaire « Pilote », dès le 28 janvier 1960, ce ne fut qu’en 1989 que parurent les deux premiers albums de cette série : « Johan Pistolet Corsaire prodigieux » et « Johan Pistolet, Corsaire du Roy », grâce aux « Ed. Lefrancq », avant d’être réédités, en 1998, par les« Ed. Albert-René ».

Couverture de « L’Integrale » de « Benjamin & Benjamine » (c) Uderzo-Goscinny/« Ed. Albert-Rene »/2017

En 1957, nos deux auteurs signaient la 4è aventure de « Benjamin et Benjamine », une série créée par Christain Bodard, en 1955, pour le journal « Benjamin ». Cette aventure, « Les Naufragés de l’Air », fut publiée en album, en 1991, par les « Ed. Lefrancq », les « Ed. Albert-René » éditant, en 2017, « L’Intégrale » (des aventures de « Benjamin et Benjamine »/ndlr).1 : Belloy : Tome 1, Chevalier sans armure

Réédition, en couleurs, du 1er album de « Belloy », aux (c) « Ed. Lefrancq »/Uderzo & Goscinny/1988

Auparavant, avec Jean-Michel Charlier, Albert Uderzo avait créé la série « Belloy », le premier des 4 albums étant publié, en noir-et-blanc, en 1977, aux « Ed. Michel Deligne », avant d’être réédité, en couleurs, en 1988, aux« Ed. Lefrancq ».

Dans la « Bibliothèque Solvay », Albert Uderzo présente son 33è « Astérix »/Ph. : N. Anspach/2005

Nous avions rencontré Albert Uderzo à Bruxelles, en 2005, lors d’une exceptionnelle conférence de presse dans la grande salle de la « Bibliothèque Solvay », à l’occasion de la révélation, excessivement festive, du titre et de la couverture de son 33è album, « Le Ciel lui tombe sur la Tête », édité à 3.200.000 d’exemplaires, un avion de « Brussels Airlines » étant même décoré de ses personnages favoris, notre« Manneken-Pis », symbole de l’esprit frondeur des Belges, recevant un nouveau costume, celui d’« Obélix », une exposition « Le Miroir d’Astérix »  étant organisée sur le site de « Tour et Taxis », juqu’à la mi-janvier 2006.

Aussi, Albert Uderzo inaugura, au côté de l’Echevin de la Culture, Philippe Decloux, au N° 33 de la rue de la Buanderie, une fresque géante, issue de son album « Astérix en Hispanie ». Heureux du lieu choisit pour la réalisation de cette fresque, jouxtant le terrain de basket-ball d’une école, l’auteur eut ces mots : « J’aime les enfants et ils me l’ont si bien rendu en lisant mes bandes dessinées. »

Retour au texte.

Au N° 33 de la rue de la Buanderie, à Bruxelles (c) « Itinérairesbis »/2005

Mais pourquoi tous ces événements à Bruxelles plutôt qu’à Paris, Albert Uderzo nous ayant confié que jamais il n’aurait reçu un tel succès dans la « ville lumière », même s’il n’aimait pas que l’on ratache « Astérix » à la bande dessinée franco-belge, lui qui était un admirateur du travail de Walt Disney (Walter Elias Disney/1901-1966), Bernard de Choisy justifiant ce choix en ces termes : « Plusieurs villes européennes ont été consultées et les Bruxellois étaient les seuls qui étaient assez fous pour nous accueillir  », alors qu’Albert Uderzo, lui-même, déclarait : « Bruxelles était très importante pour moi, puisque c’est grâce à Bruxelles que j’ai rencontré René Goscinny. »

Uderzo, grand fan de Walt Disney. Albert Uderzo, grand fan de Walt Disney (c) Joël Saget/« AFP »

De fait, c’est en effet le scénariste Jean-Michel Charlier qui introduisit, à Bruxelles, Albert Uderzo auprès de René Goscinny, jeune scénariste français, de retour en Europe, en provenance de New York, où il avait rencontré deux « monuments » de la BD belge, le Gedinnois « Jijé » (Joseph Gillain/1914-1980) et le Courtraisien « Morris » (Maurice de Bevere/1923-2001), créateur de la série des « Lucky Luke », dont René Goscinny devint le scénariste, du 09è (à l’exception du 10è, scénarisé par « Morris ») au 31è album, édités par « Dupuis », et du 32è au 46è, chez « Dargaud », entre 1957 et 1977.

S’il regrettait, en 2005, de n’être pas assez reconnu dans son propre pays, notons, néanmoins, qu’il fut fait « Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres », en 2003, « Docteur Honoris Causa de l’Université Paris XIII », en 2009, et « Officier de la Légion d’Honneur », en 2013, ayant reçu le « Grand-Prix spécial du Millénaire de la Ville d’Angoulème », en 1999, le « Prix Max et Moritz », attribué, en 2004, pour son œuvre remarquable, la« Médaille d’Honneur de la Ville de Bruxelles », en 2005, ainsi que le « Prix de l’Excellence française », en 2013.

Jules César, dans « Astérix chez les Belges » (c) Albert Uderzo/« Dargaud »/1979

Hasard, car nul ne pouvait prévoir le départ bien trop rapide de René Goscinny, le dernier album, le 24è, qu’ils ont signé ensemble n’est autre, mais oui, qu’ « Astérix chez les Belges », ultime récit publié chez« Dargaud », à 1.500.000 exemplaires, en 1979, avec – pour illustrer le talent d’Albert Uderzo -, replacé dans un contexte gaulois, des célébrités belges carricaturées, tels Eddy Merckx, un messager courant… à pied et pas en vélo (non encore inventé en l’an 50 avant notre ère) et Annie Cordy, en« Nicotine », qui évoque nos deux principales communautés par cette phrase : « Il y a toujours des problèmes de langues entre ces deux castars-là ! », elle qui est l’épouse du chef belge« Gueuselambix » (joli jeu de mots, à expliquer pour ceux qui ne connaissent pas les bières belges, signalons que deux spécialités bruxelloises – notamment servies dans un estaminet ouvert dès 1877, sous le nom « A la Bécasse », sis près de la Bourse se nomment « Gueuze » et« Lambic »)…

Eddy Merckx, carricaturé en messager par (c) Albert Uderzo/« Dargaud »/1979

… Un chef belge qui déclare (p. 16), en réponse au chef du village d’ « irréductibles gaulois », « Abraracourcix », qui évoquait le paysage  : « Dans ce plat pays qui est le mien, nous n’avons que des oppidums pour uniques montagnes », faisant ainsi référence  à la chanson composée par Jacques Brel (1929-1978), « Le plat Pays », dans laquelle le « Grand Jacques » chantait : « Avec des cathédrales pour uniques montagnes. »Nicotine est une caricature de Annie Cordy

Annie Cordy, carricaturée en « Nicotine » par (c) Albert Uderzo/« Dargaud »/1979

Clin d’oeil à« Hergé » (Georges Remy/1907-1983) – qui dans « Tintin et les Picaros », publié par « Casterman », en 1976, avait dessiné un personnage de carnaval déguisé en« Astérix » , les« Dupond » et « Dupont », d’ Albert Uderzo, apparaissant en p. 27, disant, l’un : « Jules César est arrivé en Belgique», l’autre : « Je dirai même plus : Cules Jésar est arrivé en Gelbique. »
Les Dupondt par Uderzo

« Dupond » & « Dupont », de passage chez les Gaulois, sous le crayon d’ (c) A. Uderzo/« Dargaud »/1979

A noter, dans différents albums, grâce aux aptitudes particulières d’Albert Uderzo, nous pouvons découvrir des carricatures de nombreuses célébrités internationales, telles celles des« Beatles », de Bernard Blier, Jacques Chirac, Sean Connery (« James Bond »), Kirk Douglas (« Spartacus »), Jean Gabin, Jean Graton, Laurel et Hardy, Louis de Funès, « Johnny Hallyday » (Jean-Philippe Smet),Guy Lux, Aldo Maccione, Pierre Tchernia (croqué à 5 reprises, le record), Alain Prost,« Raimu » (Jules Muraire), Lino Ventura, …

Originalité des langues, le nom de la femme d’ « Abraracourcix », « Bonemine » est traduit par « Belladonna » (Etats-Unis), « Bellefleur » (Pays-Bas),« Beniamina » (Italie),« Boapinta » (Portugal),« Gutemine » (Allemagne),« Impedimenta » (Royaume-Uni ),« Karabella » (Espagne) ou encore« Pyari Sirdarda » (Inde).

Dans « Astérix chez les Belges », un autre clin d’oeil, fait référence à un célèbre monument-fontaine bruxellois, lorsque nous voyons un garçon « se soulageant » à l’extérieur… Comme son père nous le révèle, cet enfant s’appelle « Maneken »… Quoi de plus brusseleer !…

N’oublions pas, non plus, l’utilisation de belgicismes, tels« fieu », également typiquement brusseleer,« ah oué, tu sais » , « une fois », « ça il ne faut pas faire », « carabistouilles » ou« septante« , le repas du matin s’appellant« déjeuner » et non« petit-déjeuner », comme en France

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Une spécialité culinaire belge (c) Albert Uderzo/« Dargaud »/1979

… Et que dire de ce cri : « Waterzooie ! Waterzooie !  Waterzooie ! Morne plat ! »hommage à un plat bien belge, le « waterzooï », en pleine bataille finale, parodiant le bataille de Waterloo, Victor Hugo (1802-1885) ayant écrit : « Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine ! »

« Le Repas de Noce » de Pieter Breughel, revue, à la gauloise, par (c) Albert Uderzo/« Dargaud »/1979

Notons aussi la présence du pastiche d’un célèbre tableau de Pieter Brueghel l’Ancien (vers 1525-1569) – qui est remercié dans le texte –, « Le Repas de Noce » (1568), exposé au sein de la collection permanente du« Musée d’Histoire de l’Art », à Vienne.

Feuillet postal belge reprenant le « Repas de Noce », tel que vu par (c) Albert Uderzo/« B Post »

A signaler, encore, que René Goscinny étant décédé alors que huit pages restaient à dessiner, Albert Uderzo, bouleversé, dessina, dans la dernière case de l’album, un lapin inconsolable, quittant la table du banquet… A savoir que « lapaing », était le tendre surnom donné par René  à Gilberte, son épouse niçoise.

A gauche, le triste petit lapin (« lapaing »), en hommage à René Goscinny (c) Uderzo/« Dargaud »/1979

Par ce triste petit lapin (« lapaing ») et cette dernière case, Albert Uderzo voulait mettre un point final aux aventures d’ « Astérix »… Après deux ans sans dessiner, lui-même, témoigna : « Un de mes lecteurs, dont j’ai gardé la lettre, est assez péremptoire et m’explique que je n’ai pas le droit d’arrêter la série car le personnage n’appartient pas aux auteurs mais aux lecteurs » … Il devint, dès lors, son propre scénariste

Pour « Historia BD », Stéphane Bern écrivait : « Chaque album d’  ‘Astérix’ est à juste titre un événement, car cette série met en scène les irréductibles Gaulois au lendemain de la ‘pax romana’, en prenant certes des libertés avec l’Histoire de la Gaule romaine en – 50, pour mieux moquer les petits travers de la société française contemporaine. Loin de la satire sociale ou politique qui a toujours intrigué les exégètes, ‘Astérix’ est avant tout une série humoristique qui joue avec les clichés et les stéréotypes des régions et des pays. Avec ou sans potion magique, les Gaulois râleurs, brailleurs, inaccessibles aux changements, mais tellements attachants, finissent toujours par s’en sortir. »

Dans ce même magazine, publié en octobre 2019, Frederick Gersal, chroniqueur pour « Télé-Matin », sur « France 2″, écrivait, quant à lui : » ‘Astérix’ représente, pour moi, la meilleure façon d’appréhender l’histoire. La potion magique qu’ Uderzo et Goscinny ont concoctée paraît simple : un dé de récit historique, un doigt de dessin parfait, des traits d’humour, une dose de voyage, deux glaçons nommés ‘Astérix’ et ‘Obélix’… et la potion magique devient un délicieux cocktail. Avec des exraordinaires voyages auprès de peuples emblématiques, dans des décors qui nous disent encore quelque chose de nos jours » (tels la course de chars de « Ben Hur », le « Fort Rouge », près de New Delhi, le « Palais de Cnossos », en Crête, le « Parthénon », à Athènes, le « Sphinx de Giseh » {« Obélix » faisant tomber son nez}, en Egypte, voire, plus actuels, des cottages britanniques/ndlr).

A une époque où « Obélix » n’avait pas encore mangé beaucoup de sangliers (c) Albert Uderzo

Quelques autres dates se référant à « Astérix », dévoilant, entre autres, l’évolution d’exemplaires édités au 1er tirage :

1961 : son premier album, « Astérix le Gaulois » est édité à… 6.000 exemplaires, par « Dargaud ».

1965 : sorties consécutives du « Tour de Gaule d’Astérix » (5è titre), tiré à… 60.000.exemplaires, dans lequel Albert Uderzo desine pour la première fois « Idéfix », puis d’ « Astérix et Cléopâtre » (6è titre), édité à… 100.000 exemplaires, alors que le premier satellite français lancé dans l’espace recevait le nom d’« Astérix ».

1967 : sortie d’ « Astérix Légionnaire » (10è titre), édité à1.000.000 d’exemplaires, dans le même temps où le premier long-métrage animé, « Astérix le Gaulois » (68 min.) sort dans les salles obscures.

– 1974 : parution du « Cadeau de César » (21è titre), tiré à… 1.400.000 exemplaires, Albert Uderzo et René Goscinny quittant définitivement l’hedomadaire « Pilote », créant, avec leur éditeur, Georges Dargaud, les « Studios Idéfix », destinés à la réalisation de nouveaux dessins animés.

– 1979 : fondation des « Editions Albert-René ».

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Ouvert depuis 1989, près de Paris, le (c) « Parc Astérix »/Albert Uderzo & René Goscinny

– 1989 : ouverture, près de Paris, du « Parc Astérix » (34 ha, près de 40 attractions) et sortie du dessin animé « Astérix et le Coup du Menhir » (81 min.).

– 1999 : « Astérix et Obélix contre César » (Claude Zidi/109 min.), 1er film avec des acteurs : Christian Clavier, dans le rôle d’ « Astérix », et Gérard Depardieu, dans celui d’« Obélix ».

– 2017 : exposition « Astérix chez les Belges », au « Musée de la Bande dessinée » (« CBBD »), à Bruxelles.

Albert Uderzo à Bruxelles, en 2005.

Albert Uderzo à Bruxelles (c) Thierry Charlier/« AP Photo »/2005

… Mais revenons à la conférence de presse bruxelloise, en 2005, durant laquelle un journaliste avait interpellé Albert Uderzo : « Est-ce là le dernier ‘Astérix’ ? ». « Ce n’est pas mon intention », répondit-il, poursuivant : « Si j’ai une autre idée, je la ferai. Mais bon, au bout du 33è album, ce n’est pas évident. Après le dixième album, à chaque nouvel ‘Astérix’, René me disait qu’il n’y en aurait plus beaucoup après ! Quant à moi, J’ai décidé que ce serait mieux qu’il n’y ait plus de nouvel album d’ ‘Astérix’, après mon départ. Des expériences passées de reprises de personnages connus furent désastreuses. Il faut conserver l’esprit et l’identité exacte des personnages. C’est pour cela que je ne veux pas qu’il y ait de suite après moi, par respect pour le lecteur. » Nous étions en 2005 et « Astérix » est toujours bien présent en albums comme en films

Albert Uderzo, en 2015, entre les deux personnages nés de son trait de crayon, Obélix et Astérix.

Albert Uderzo entouré de ses personnages favoris (c) Romuald Meigneux/« SIPA »

… Ceci, sans doute, sous le conseil éclairé de la fille de René Goscinny, Anne, qui déclara, Albert Uderzo ayant confirmé qu’il arrêtait effectivement sa série d’albums : « Mon argument principal a été de dire à Albert qu’ ‘Astérix’ avait eu une première vie de 1959 à 1977, date de la mort de mon père ; qu’il avait eu ensuite une deuxième vie, avec lui seul aux commandes ; et que cela ne semblait ni contradictoire ni démystifiant qu’il ait une troisième vie, à condition que le personnage soit animé par des gens bienveillants et talentueux. ‘Astérix’ est suffisamment fort pour survivre à ses auteurs. Il n’était pas supportable que la mort d’un homme entraîne la mort d’un village entier ».

Couverture de Astérix -33- Le ciel lui tombe sur la tête

Le dernier album dessiné et scénarisé par (c) Albert Uderzo/« Ed. Albert-René »/2005

Avant cela, dès 1980, il avait signé, seul, le 35è album « Le Grand Fossé », édité à 1.700.000 exemplaires, continuant ainsi, en solo, jusqu’au 33è album, en 2005, son titre et sa couverture, « Le Ciel lui tombe sur la Tête », ayant été, pour rappel, révélés à Bruxelles, les six albums qu’il a signa comme dessinateur et scénariste, étant édités par les « Ed. Albert-René ». A noter, aussi, que le 32è album, « Astérix et la Rentrée gauloise » reprend différentes courtes histoires, créées ente 1966 et 1973, scénarisées par René Goscinny ou par Albert Uderzo. De même, le 34è album, édité en 2009, « L’Anniversaire d’Astérix et Obélix. Le Livre d’Or », revient sur l’oeuvre conjointe des deux auteurs. 

En préface de ce dernier album, Anne Goscinny écrivait : « Dans ta voix ‘Astérix’ résonne le timbre de la mienne. Dans mes veines coulent ton encre, dans les tiennes coulent mon sang. Et nos voix conjuguées évoquent ensemble aujourd’hui une vie la tienne. Toi tu es né de l’amitié qui unissait mon père à Albert Uderzo. Une amitié parfaite où l’un est ce que l’autre n’est pas. Et réciproquement ! A la source de cette amitié-là, sont nés à leur tour un village et ses habitants, quelques dizaines de sangliers, un Jules César et ses légions parfois désabusés par une improbable résistance. Sont nés aussi quelques sourires et autant de fous rires.. Sont nées aussi quelques vocations. De cette amitié là sont mortesnbeaucoup de réticences à la lecture. »

« … L’un de tes créateurs est mort un matin de novembre 1977. Mon père. Tu aurais pû t’éteindre. T’éteindre sans t’effacer de la mémoire des lecteurs. Mais tu en serais resté là. Un peu comme moi j’en serais restée là, figée à neuf ans. Oui mais nous n’étions pas seuls. Toi, il te restait un créateur et moi il me restait l’espoir qu’il te fasse vivre… Et tu as vécu… Alors ‘Astérix’, permets moi au nom de ce père qui nous a façonnés l’un et l’autre d’être certaine que grâce au talent d’Albert tu sauras te montrer digne de ce jubilé… »

Astérix fête ses 60 ans et ne fait pas son âge: itinéraire d’une star mondiale

Un jeune Gaulois de 60 ans (c) Albert Uderzo & René Gosinny/« Ed. Albert-René »

« Digne », il l’est toujours, grâce à l’accord d’Albert Uderzo pour qu’une continuité puisse être assurée à son oeuvre, longtemps partagée avec son ami René Goscinny, permettant qu’en 2013, le Marseillais Didier Conrad, aux dessins, et le Français, né en Algérie, Jean-Yves Ferri, au scénario, puissent signer leur premier album, « Astérix chez les Pictes », alors qu’en 2019, à l’occasion du 60è anniversaire d’ « Astérix », ils étaient les auteurs de « La Fille de Vercingétorix », toujours publié par les « Ed. Albert-René », qui perpétuent, par leur nom d’éditeurs, l’existence des prénoms des deux créateurs du célèbre héro gaulois

caricature d'Uderzo (à gauche) et de Goscinny (à droite) en sénateurs romainsA. Uderzo (à gauche) et R. Goscinny (à droite), en sénateurs romains (c) http://www.asterix.com
… Etant actuellement confinés, prenons donc le temps de (re)lire tous ces albums, traduits dans 111 langues et dialectes (un record absolu), qu’ils soient signés par ce prestigieux duo, par Albert Uderzo seul ou par ses deux successeurs, en n’oubliant pas ce que ce qu’Albert Uderzo dit un jour : ‘ »En dessinant nos albums, je me marais comme un petit fou »… A tous, enfants et adultes, bonnes lectures !

Yves Calbert.

 

 

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