Bruxelles

« Lisier d’Encre », au « Musée F. Rops », à Namur, jusqu’au 04 Septembre

A la suite des expositions « Au creux de… la manière noire », en 2010, et « Visions d’encre – Anne Gilsoul », en 2012, le « Musée Félicien Rops » poursuit sa mise en lumière de la gravure belge contemporaine, avec sa nouvelle exposition temporaire, ouverte jusqu’au 04 septembre, « Lisier d’Encre – Dany Danino ».

"Lisier d'Encre" 2015 lithographie et plume

« Lisier d’Encre » 2015 lithographie et plume

“L’un des thèmes de l’exposition, et de mon travail, est celui de la reprise, de la superposition des formes et des motifs, de leur enlisement dans leur propre répétition et dans leurs contaminations mutuelles. Afin de créer des magmas organiques”, nous explique Dany Danino (°1971).

En 2014, cet artiste était invité, par la Province de Namur, en résidence d’artiste au Château de Thozée (Mettet), propriété de la belle-famille de Félicien Rops, où ce dernier conviait ses amis, les artistes de son temps, dont Charles Baudelaire. Havre de paix, refuge intime, c’est là aussi que Rops fit de nombreux essais de gravure.

Lauréat du « Prix Jos Albert » à l’ « Académie Royale des Arts et Sciences de Belgique « , en 2007, Dany Danino, ancien étudiant de l’ « Académie royale des Beaux-Arts » de Bruxelles, nous présente, ici, près de 70 oeuvres, illustrant son univers singulier où les motifs, inspirés de documents photographiques, s’entremêlent et se répètent dans un chaos esthétique.

En rapport avec  la photographie, il écrit: « je voudrais énoncer mon processus de travail dans son rapport initial au document photographique. Tout le travail part de là. D’une documentation stockée dans un ordinateur. Je suis un collectionneur d’images. Images très diverses : nuages atomiques, crânes d’oiseaux, soldats de plomb, méduses, moteurs, avions, pièces de viandes équarries, forteresses, couleuvres, fœtus, poissons combattants, tatoués, etc. Des milliers d’images qui semblent très opposées, mais ont en commun de pouvoir donner lieu à une interprétation graphique au moment de l’observation, quand je les questionne du regard et les retranscris au dessin. J’essaie de retranscrire les choses de façon nerveuse, la plus physique et la plus manuelle possible. Donc de décharger la photo de son caractère photographique, de sa tendance à rabattre le monde sur un plan. J’essaie de passer outre la photo, de l’incarner et de la déployer ».

Cet artiste bruxellois a participé à de nombreuses expositions collectives, à Copenhague, Lille, Lyon, Paris, Venise, … Multipliant les techniques,  il nous offre, depuis près de 10 ans, un langage plastique singulier, où traits, êtres et créatures s’entrelacent, pour nous présenter, en gravure et en sérigraphie, son univers fascinant et étrange.

Dans « Le Soir » Danièle Gillemon écrivait: « On est pris par ces monumentaux dessins et gravures comme dans une vague irrésistible qui mène aux rives du fantastique en faisant émerger de la chair du dessin mille figures grouillantes et écartelées. Parfois une image domine dans un brusque changement d’échelle, grimaçante ou funeste comme une tête de mort, un oiseau pendu au gibet. Toutes ces figures enfouies ou émergées évoquent des chutes apocalyptiques, des combats, les violences réelles de l’actualité et de l’histoire ou imaginaires, puisées dans l’art et la littérature ».

"Crâne de Nazareth" 2012 impression couleur, grattage, stylo-bille.

« Crâne de Nazareth » 2012 impression couleur, grattage, stylo-bille.

Au cours d’un entretien avec Laurent Courtens, historien et critique d’art, Dany Danino parle de son accrochage au « Musée Félicien Rops »: « L’un des thèmes de l’exposition, et de mon travail, est celui de la reprise, de la superposition des formes et des motifs, de leur enlisement dans leur propre répétition et dans leurs contaminations mutuelles. Afin de créer des magmas organiques. Dans la première salle, appelée ‘funérarium’, je présente quatre lithographies qui sont quatre tirages presque similaires d’un même état de la pierre (une pierre de grand format). Les quatre tirages sont agencés dans un dispositif circulaire, renversant le motif dans un mouvement d’éolienne. Dans la même pièce, on trouvera un autoportrait dans un état achevé, de même qu’une mauvaise impression de la même figure, contaminée de recouvrements de feutre et de peinture. Dans le couloir, une vidéo propose un dessin en mouvement. C’est un diaporama en fondu – enchaîné, réalisé sur ordinateur, à partir des 34 lithographies exposées dans la grande salle… Sur écran, l’enchaînement des images autorise un passage en transparence, il crée une fluidité dans le processus de multiplication et d’addition ».

"La chute des anges rebelles" 2015, lithographie et plume

« La chute des anges rebelles » 2015, lithographie et plume

Concernant ce lieu qui l’accueille actuellement, il poursuit: « Rops d’abord: oui. Il y a une proximité des thèmes, crânes, pendus, vues fantasmagoriques, … Il y a aussi des oeuvres qui m’intéressent, comme ‘Le Pendu à la Cloche’, à laquelle (mon) ‘Moineau pendu’ fait écho. Mais bien des choses nous opposent aussi: d’une famille très aisée, Rops a vécu dans un contexte très bourgeois. C’était un dandy qui flirtait, livrant des lettres d’amour à travers ses dessins. Il y a chez lui une part de séduction que je pense ne pas partager. Je pense traiter le corps de l’homme dans un contexte très différent, alors que ce corps a été dépecé par l’histoire, dénié par les technologies. D’où cette distance par rapport au contexte symboliste. On partage avec cette période le sentiment de renversement, mais l’amplitude est tout autre: mort des grandes idéologies, fin des croyances en Dieu, affaissement des convictions, bouleversements technologiques ».

Evoquant le « Moineau pendu » de l’artiste, un dessin grand format exposé dans la cage d’escalier du musée,  J. Emil Sennewald, critique d’art enseignant et journaliste, écrit: « Il y a des lignes, des traits, des angles, des concentrations, des noeuds, des épaississements, des creux, des enfouissements, des empreintes, des croisements, des glissements, des ombres, des hachures, des estompes, des voiles, du noir. Tout cela crée une corporéité, attire le regard. Celui-ci suit l’enchevêtrement des lignes, dont les contours le long du bec et de la tête, comme coupés au rasoir, se démarquent du fond »…

Et pourquoi donc tout ce travail essentiellement réalisé au stylo à bille bleu? « Le bleu de Danino lie les écoulements du corps et ceux de l’image; ‘Bile bleue’ a-t-il intitulé un catalogue. Un rapport avec la bile jaune ou la bile noire, dont sont dérivés des états d’âme telle la mélancolie. Autrefois, on traitait les 4 humeurs du corps, associées à des couleurs depuis Hippocrate, en recourant aux couleurs complémentaires… Il avait essayé d’autres couleurs, puis était revenu au bleu », l’artiste, de son côté, disant: ‘Le bleu donne une autre poésie, une autre temporalité, aussi parce qu’il s’inscrit dans l’histoire esthétique de la couleur bleue et qu’il est lié à la technique contemporaine du stylo bille ». Toujours concernant le choix de cette technique particulière, il confiait à Laurent Courtens: « J’ai eu un passage à vide que j’ai dépassé avec le premier médium disponible: le bic. C’est avec ce support qu’on griffonne, sur un coin de table, au téléphone, suivant un réflexe automatique de remplissage. C’est l’usage du bic qui m’a ramené au trait et à la figure. Sur des cartons de bière, des papiers, des images de presse… Ensuite, j’ai systématisé la technique, varié les supports; puis diversifié les techniques avec différentes formes de gravure et d’impression ».

"Profil à l"Hippocampe" 2013 impression couleur, stylo bille et feutre

« Profil à l »Hippocampe » 2013 impression couleur, stylo bille et feutre

Venez donc partager cette poésie du bleu, réalisée avec des milliers de stylos à billes, rappelant avec une autre techniques certains sujets chers à Félicien Rops, tels le crâne, le pendu, …, tels que pensé et tracé par Dany Donino.

Et rejoignons le propos du philosophe Jean-Luc Nancy, dans son ouvrage « Le Plaisir du Dessin »: « Et si tout plaisir était dessin? Geste qui se plaît à son propre élan, convenance d’une forme à sa propre formation, à son propre dessein, à son désir d’aller toujours plus loin vers elle-même. Non par l’assouvissement qui conclut, mais la réjouissance qui arrive ».

Notons enfin que vous pouvez demander à visionner, dans la petite salle de projection du musée, une vidéo montrant l’artiste bruxellois, dans son atelier, s’exprimant sur son travail.

Exposition ouverte tous les jours, en juillet-août, de 10 à 18h. Prix d’entrée: 3€, incluant la visite du musée (1€50 pour les étudiants et les seniors / 1€ pour les membres de groupes scolaires / 0€ pour les – de 12 ans, les « article 27 » et pour tous, le 04 septembre, 1er dimanche du mois.

Ce jeudi 1er septembre, ouverture jusqu’à 20h., avec, incluse dans le prix d’entrée, dès 18h.30, une visite contée, en compagnie d’Amandine Orban de Xivry, élaborée par juxtaposition, accumulation d’images, comme Dany Danino procède lui-même dans son travail. Avec cette conteuse, laissons les méduses, les crânes, les nuages de fumée, les tatouages, imprégner l’imaginaire… Réservation obligatoire pour cette visite contée: 081/77.67.55.

En vente, à l’accueil: le catalogue de l’exposition temporaire « Lisier d’Encre – Dany Danino » (Ed. de la « Province de Namur »/96 pages/70 illustrations). Site: http://www.museerops.be.

Yves Calbert.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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