« Exquises Esquisses », chez « Huberty & Breyne » #art #bruxelles

« J’ai acquis un style, au cours des ans, à travers un certain nombre d’influences et de rejets. La ligne claire par exemple. Il y a également le fait que m’intéressant à l’art depuis l’âge de 10 ans, on m’amenait au Musée du Louvre. Et j’ai appris à connaître les peintres et l’histoire de la peinture. J’avais aussi ça dans mon arbre généalogique de dessinateur. Tout ça a fait que je suis devenu un dessinateur plutôt réaliste. Je regrette peut être que mon dessin ne soit pas un peu plus enlevé, un peu plus moderne. Mais un dessin, c’est une seconde nature. C’est très difficile d’aller au-delà de tout ce qu’on a pu construire pendant des années et des années».

Ainsi s’exprime André Juillard (°Paris/1948), qui, depuis plus de 40 ans, cultivant son goût pour la petite et la grande histoire, a signé, avec Patrick Cothias (°Paris, 1948) comme scénariste, la formidable saga, à l’époque d’Henry IV, des « 7 Vies de l’Epervier », publiée par « Glénat », à partir de 1983, se prolongeant par « Plume aux Vents », éditée par « Dargaud », dès 1995. A ces débuts, notons son « Roméo et Juliette », avec Jacques Josselin, au scénario, « La longue Piste du Loup gris », un western scénarisé par Claude Verrien, qu’il retrouva pour 4 albums, publiés par « Fleurus » (1979 à 1983): « Les Chevaliers du Désert », « Sortilèges à Malte », « Duel en Sicile » et « L’Or des Croisés ».

"7 Vies de l'Epervier" 600€

« 7 Vies de l’Epervier » (600€)

… Mais en évoquant ces bandes dessinées historiques, il est un auteur que l’on ne peut oublier: Jacques Martin (1921-2010), bien sûr, pour qui André Juillard dessina 3 aventures d’ « Arno », nous plongeant dans l’époque napoléonienne (dès 1983, dans « Circus », et en albums, dès 1984, chez « Lombard »), alors qu’il travaillait déjà sur ses propres personnages. « Dessiner deux aventures en même temps n’était pas chose aisée, d’autant qu’à l’époque une page de chacune devait être publiée chaque semaine pour répondre aux exigences des magazines BD hebdomadaires. Je me perdais dans la rapidité. Aussi, après un certain temps, j’ai décidé de travailler moins vite », nous confie-t-il.

En marge de ses séries épiques, il développe, avec brio, des récits plus intimistes, comme « Le Cahier Bleu », pour laquelle il est à la fois dessinateur et scénariste, qui lui vaut, en 1995, de recevoir l’ « Alph’Art du meilleur Album »  au « Festival d’ Angoulême », qui, l’année suivante, lui décerne son « Grand Prix ». D’abord parue dans « A suivre », cette série est publiée en albums par « Casterman » (1994). Quatre ans plus tard, il lui donnera une suite: « Après la pluie ». « Mais quel bonheur, après ces 2 expériences comme scénariste-dessinateur de pouvoir, à nouveau disposer, de l’écriture de mon scénariste principal, Patrick Cothias, afin de pouvoir mieux me concentrer sur le dessin », ajoute-t-il.

Pour découvrir ou redécouvrir la délicatesse et la vitalité du trait de ce brillant dessinateur, la « Galerie Huberty & Breyne », au « Sablon », nous propose, jusqu’au 24 janvier 2016, son exposition-vente « Exquises Esquisses », toute personne intéressée pouvant acquérir un crayonné, une esquisse ou un dessin à partir de 300€ et jusqu’à 4.000€, ce dernier prix pour des planches originales de « Léna et les trois Femmes », « Mezek » ou « Blake & Mortimer ».

… De fait, ces derniers, créés, aux dessins et aux scénarios, par le Bruxellois Edgar P. Jacobs (1947-1990), repris, en 1996, par le duo franco-belge Thierry (Ted) Benoît (°Niort, 1947) – Jean Van Hamme (°Bruxelles, 1939), furent transmis, en 2000 (« La Machination Voronov »), à André Julliard et Yves Senté (°Uccle, 1964), à la demande des « Editions Dargaud »…

… Et ce, comme il nous le confia ce 17 décembre, à sa plus grande surprise! « Jamais je n’aurais osé demander de pouvoir reprendre cette série, même si, j’avais déjà côtoyé cet univers, ayant signé un « Hommage à Jacobs », dans le « Journal de Tintin » et réalisé, … à ma manière, des sérigraphies du « Secret de L’Espadon » et du « Mystère de la grande Pyramide » »!

Honoré de pouvoir, ainsi, prolonger l’oeuvre d’Edgar P. Jacobs, il nous informe qu’il poursuit, en ce moment, la réalisation de son 8ème « Blake et Mortimer », « Le Testament de William S. » (le « S » étant celui de William Shakespeare/1564-1616), dont la rédaction du scénario reste confiée à Yves Senté, la parution, en album, toujours chez « Dargaud », étant prévue dans près d’un an, à la fin de l’année 2016. D’ici là, il aimerait, comme pour l’album précédent, que « Le Soir », en Belgique, et « Ouest France », outre Quiévrain, publient, quotidiennement, en noir-et-blanc et en « strips » (quelques cases sur une ligne) cette nouvelle aventure.

Il nous fait également part d’un projet, pour 2018: un « one shot » – avec « Yann » (Yann le Pennetier/°Marseille, 1954) comme scénariste -, sur la guerre civile espagnole 1936-1938, … une époque qu’il n’a pas encore dessiné.

Mais, pour en revenir à l’évocation de sa carrière, par la grâce de ses « Exquises Esquisses », nous découvrons ses autres personnages, tel son « Masque Rouge », évoluant à l’époque de Louis XIII, publié par « Pif Gadget », sur 3 scénarios de Patrick Cothias, avant d’être édité en albums, dès 1984, par « Glénat » -, ou encore, dès l’entrée de la « Galerie Huberty & Breyne », ses attachants portraits féminins évoquant sensualité et volupté. « Ces corps de femmes, ces nus, nés de mon inspiration ou inspirés par des photos, me délassent entre 2 bandes dessinées », nous dit-il.

… Une approche féminine chère, également, à Hugo Pratt (1927-1995) et à ses aquarelles, tout à l’opposé de ce que dessinait le maître de la « ligne claire », « Hergé » (Georges Remy/1907-1983). Lui demandant quels dessinateurs l’ont plus particulièrement inspiré, il nous répond: « M’étant nourri de classiques de la grande histoire de l’art et de la bande dessinée, peu intéressé par les dessinateurs modernes, étant un adepte de la BD réaliste, j’ai bien connu Jean-Claude Mezières (°1938, ndlr), rencontré sur les bancs de l’ « Université de Vincennes », au début des années ’70, qui me conseilla de rencontrer Jean Giraud (alias « Moebius »/1938-2012, ndlr), qui restera, à jamais, mon idole. Ayant suivi leurs cours de dessins, ainsi que ceux de Philippe Druillet (°1944), j’ai créé mon 1er personnage, « Bohémond de Saint-Gilles » (scénario de Claude Verrien/publié par « Fleurus »/1979, ndlr), qui me fut inspiré par le « Prince Vaillant » (créé en 1937, ndlr), de Harold Foster (1892-1932, ndlr), mon héros ayant les traits de celui de l’auteur nord américain, nos deux héros évoluant au Moyen-Age, tout comme 2 personnages dont, enfant, j’appréciais la fantaisie et qui évoluaient dans de superbes paysages, « Johan et Pirlouit » (créés, en 1952, par Yvan Delporte, alias « Peyo »/1928-1992, ndlr), que je prends, aujourd’hui encore, le même plaisir à relire ».

« Lecteur assidu du « Journal de Tintin », dans mon enfance, c’est pourtant davantage la fibre pédagogique de « Jijé » (Joseph Gillain/1914-1980, ndlr), de l’ « Ecole de Marcinelle », qui m’a intéressé, mon style étant, par ailleurs, au croisement de ces deux célèbres écoles belges de bandes dessinées. De fait, si j’ai été influencé par cette « ligne claire », qui ne souffre aucunement la médiocrité, le trait devant être d’une grande pureté, je l’ai été, aussi, par le « trait réaliste » d’un de mes professeurs, Jean Giraud ». A la « Galerie Huberty & Breyne », près de l’escalier donnant accès à l’étage, nous découvrons d’ailleurs quelques travaux qu’il a réalisé pour un « Hommage à Jean Giraud ».

Entrée libre dans cette Galerie du « Sablon », du mercredi au samedi, de 11h. à 18h., le dimanche, de 11h. à 17h., en sachant que « Huberty & Breyne » sera présente parmi les exposants de la « BRAFA », à « Tour et Taxis », du 23 au 31 janvier 2016.

A noter que « Dargaud » vient de consacrer un luxueux ouvrage à ce chef de file de la BD historique, un genre auquel il a offert ses lettres de noblesse, à savoir: « Julliard 317 Dessins » (237 x 310/304 p./2015/59€), dans lequel nous retrouvons, avec joie, l’atmosphère particulière de ses dessins pleins de délicatesse, au crayon, à l’encre, à la sanguine ou au jeu subtil des couleurs.

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

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