« Henri Cartier-Bresson – Photographe », au Musée Juif. #bruxelles #art #culture #photo

« La photographie est, selon moi, la mise au point d’une expression visuelle, un combat avec le temps, une expression fondée sur le plaisir d’observer et la capacité de saisir un instant décisif » (Henri Cartier-Bresson, « Infinity », 1959).

Cartier Juif 3

Pour vous rendre compte de sa capacité à saisir à l’instant voulu ce que son oeil a observé, venez découvrir, sur 3 étages, les 139 photographies noir et blanc de l’exposition « Henry Cartier-Bresson – Photographe », prolongée jusqu’au 06 septembre, au « Musée Juif », à Bruxelles. Réalisée avec le concours de « Magnum Photos » et de la « Fondation Henri Cartier-Bresson », la commissaire étant Pascale Falek Alhadeff, cette exposition nous propose les œuvres poétiques de sa période de jeunesse, marquée par les surréalistes, son travail documentaire sur la libération de Paris (1945), les dernières photos et les funérailles de Gandhi (1869-1948), la guerre civile espagnole (1937), les derniers jours du Kuo-Min-Tang (1948), …, sans oublier ses portraits de Albert Camus, Coco Chanel, Simone de Beauvoir, André Breton, Christian Dior, Paul Elouard, Max Ernst, William Faulkner, Alberto Giacometti, Clark Gable, Gandhi, John Huston, Martin Luther King, Henri Matisse, François Mauriac, Marilyn Monroe, Pablo Picasso, Jean-Pal Sartre, Harry S. Truman, …

Ce génie de la composition, au regard spontané, sensible et aigu, pour qui « photographier, c’est une façon de vivre », n’hésite pas à  tourner le dos au couronnement de George VI (1937) pour immortaliser le public. Telle est sa vision de l’événement!

Trafalgar Square, le jour du couronnement de George VI, Londres, 1937©Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos

Trafalgar Square, le jour du couronnement de George VI, Londres, 1937©Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos

Ayant photographié le Général De Gaulle (1890-1970), celui-ci le remercia en lui écrivant: « Vous avez vu parce que vous avez cru, donc vous êtes un homme heureux… Dans un reportage photographique, il n’y a que l’instant qui compte, comme à la guerre: viser juste, tirer et foutre le camp ». De la plume de Nicolas Nabokov, ses quelques mots: « Le plus incroyable, chez Cartier-Bresson, c’était ses yeux. On aurait dit des fléchettes: acérés, vifs, d’un bleu limpide, infiniment agiles ».

« L’oeil  découpe le sujet et l’appareil n’a qu’à faire son travail qui est d’imprimer sur la pellicule la décision de l’oeil. Une photo se voit dans sa totalité, en une seule fois, comme un tableau. La composition y est une coalition simultanée, la coordination organique d’éléments visuels, l’imaginaire d’après nature », écrivit Henri Cartier-Bresson (1908-2004), considéré comme « L’Oeil du Siècle » (Pierre Assouline, Ed. « Gallimard », 2001). Un oeil qui, photographié par Jean Lattès (1917-1996), fut choisi pour illustrer la couverture d’un ouvrage exposé au 1er étage: « Photographie et Société » (Gisèl Freud, Ed. « Le Seuil », Coll. « Point », 1974).

A côté de la présentation de cet ouvrage, un documentaire, « Le Siècle de Cartier Bresson » (Pierre Assouline, 2012, 56′, extrait de 5’17 », à voir sur http://www.ina.fr/video/ CPD12002955), est projeté en boucle.  Avec émotion, nous entendons le photographe nous parler de sa vie, de sa famille, de son métier, de ses voyages, de ses rencontres, de son étude de la peinture chez André Lhote (1885-1962), de ses photos, qu’il commente, de ses films, également! Dans ses commentaires, Henri Cartier-Bresson, avant de témoigner de sa détention durant trois ans en Allemagne et de son évasion, évoque son séjour d’un an, à 21 ans, en Afrique. La forêt vierge l’impressionne, de même que les conditions de travail et de vie des noirs. Dès le début du film, il se livre à nous: « Je ne suis pas nerveux, je suis impatient, c’est tout à fait différent, c’est le temps qui passe, le temps, le temps, … Y a rien à dire, il faut regarder. On n’apprend pas aux gens à regarder. C’est tellement difficile de regarder »… Il nous parle des dessins de son père, des carnets de voyages de son grand’ père, des peintures d’un de ses oncles… « C’est toujours le côté visuel qui m’intéressait »…

Sur l’écran, outre une sélection de ses photos, nous découvrons des extraits de ses films, Henri Cartier-Bresson ayant été, pour trois réalisations (« Partie de Campagne », La Vie est à nous » et « La Règle du Jeu »), l’assistant du cinéaste Jean Renoir (1894-1979), oscarisé en 1975, réalisant lui-même son 1er film, un documentaire sur la guerre civile espagnole, en 1937: « Victoire de la Vie » (49′, à voir sur http://www.parcours.cinearchives.org/Les_films_VICTOIRE_DE_LA_VIE-731-94-0-1.html).

Au rez-de-chaussée, une vitrine présente, entre deux de ses ouvrages (« Images à la Sauvette », Ed. « Verve », 1952, couverture signée Henri Matisse, et « Les Européens », Ed. « Verve », 1955, couverture signée Joan Miro), son fameux « Leica M3 » (1950-1955), au sujet duquel il écrivit: « Le Leica est pour moi un carnet de dessins, un divan de psychanalyste, une mitraillette, un gros baiser bien chaud, un électro-aimant, un miroir de la mémoire » (publié par « Manchette », Brésil, 1969), ou encore: « J’avais découvert le Leica. Il est devenu le prolongement de mon oeil et ne me quitte plus. Je marchais toute la journée, l’esprit tendu, cherchant des vues à prendre sur le vif, des photos comme des flagrants délits » (extrait de son livre « L’Imaginaire d’après Nature », Ed. « Fata Morgana », 1996).

« L’appareil photo permet de tenir une sorte de chronique visuelle, … (il) n’a qu’à faire son travail, qui est d’imprimer sur la gélatine la décision de l’oeil… C’est un bloc note, un instrument de l’intuition et de le spontanéité, maître de l’instant, qui – en termes visuels – interroge et répond à un seul moment. Pour exprimer le monde, nous devons nous sentir engagés avec ce que l’on découvre dans le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la discipline mentale, de la sensibilité et le sens de l’équilibre géométrique. C’est par la grande économie de moyens que l’on arrive à la simplicité d’expression ».

Dès 1935, il expose au « Palacio de Bellas Artes », à Mexico. En 1946, le « Musée d’Art Moderne » de New York organise une exposition « posthume », les Américains le croyant décédé, victime de la guerre. En 1954, Il est le premier photographe admis en U.R.S.S. depuis 1947. Henri Cartier-Bresson reçoit le « Grand Prix national de la Photographie », à Paris, en 1981, et le « Prix Novecento », en 1986, à Palerme. Autre facette de ses talents, il retourne au dessin, sa passion d’enfance, fin 1972, exposant, 3 ans plus tard, ses oeuvres graphiques, à la « Carlton Gallery » de New York.

Bruxelles, 1932©Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos

Bruxelles, 1932©Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos

Sa vision de Bruxelles, en 1932, un clin d’oeil original, sur la place du Jeu de Balle! … « Photographier, c’est un moyen de comprendre qui ne peut se séparer des autres moyens d’expression visuelle. C’est une façon de crier, de se libérer, non pas de prouver, ni d’affirmer sa propre originalité. c’est une façon de vivre… Photographier, c’est retenir son souffle, quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante. C’est alors que la saisie d’une image est une grande joie physique et intellectuelle « , écrivit-il encore, lui qui, avec Robert Capa (1913-1954) et quelques autres collègues, fonda, en 1947, à New York, l’agence photographique « Magnum Photo », la 1ère destinée à préserver les droits d’auteur de chaque photographe indépendant, ainsi nommée en clin d’oeil à Robert Capa, grand amateur de Champagne. Au sujet de ce dernier – pour qui le « Musée Juif » consacra une intéressante rétrospective, en 2009 -, Henri Cartier-Bresson écrivit, en 1996: « Capa, pour moi, portait l’habit d’un grand torrero, mais il ne tuait pas… La fatalité a voulu qu’il soit frappé en pleine gloire » (à Thaï Bin, au Vietnam, en plein reportage de guerre, ndlr).

Dans l’ « Imaginaire d’après Nature » (Ed. « Fata Morgana », 1966), Henri Cartier-Bresson écrivit: « Nous autres, reporters-photographes, sommes sommes des gens qui fournissons des informations à un monde pressé, accablé de préoccupations, enclin à la cacophonie, plein d’êtres qui ont besoin de la compagnie d’images… Notre tâche consiste à observer, avec l’aide de ce carnet de croquis qui est notre appareil à fixer, mais pas à manipuler, ni pendant la prise de vue, ni en laboratoire par de petites cuisines » (« Imaginaire », 1966), … à méditer par les adeptes du logiciel « Photoshop », développé par l’entreprise « Adobe »! … Avec les photographes de « Magnum Photo », l’authenticité est garantie, sans la moindre manipulation! … A noter, par ailleurs, que la publication des clichés de cette agence, par la presse, est particulièrement réglementée, les photos ne pouvant être recadrées, par respect pour l’oeuvre originale, pour l’auteur.

Fasciné par la géométrie, Henri Cartier-Bresson construit ses images, il choisit minutieusement les formes, les lignes, l’équilibre des volumes, tout en respectant les proportions. Dans son univers saisissant de grâce et de vérité, chaque image raconte une histoire. S’intéressant davantage aux défavorisés, aux marginaux, il utilise la photographie comme outil idéologique, pouvant aussi se passionner pour la danse balinaise – le corps en mouvement inspirant nombre de ses clichés – ou témoigner des plaisirs simples des temps libres en tant de paix.

Ses superbes photos, reflets du XXème siècle,  vous attendent au « Musée Juif »! Ne manquez pas de les découvrir avant la fermeture de ce musée, 2 ans durant, pour rénovation!

… Mais écoutons encore Henri Cartier-Breton: « Ma passion n’a jamais été pour la photographie en elle-même, mais pour la possibilité, en s’oubliant soi-même, d’enregistrer dans une fraction de seconde l’émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c’est à dire: une géométrie éveillée par ce qui est offert » (« L’Imaginaire »).

Ouverture de 10h. à 17h., du mardi au dimanche. Prix d’entrée de l’exposition: 10€ (tarif réduit: 7€/combiné avec le musée: 12€ & 8€). Site: www.new.mjb-jmb.org.

Yves Calbert.

 

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