Nouveau lieu et deux expos chez Charles Riva #expo #art #riva #bruxelles

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Fin avril 2015, le collectionneur Charles Riva ouvrait un second espace à Bruxelles, dédié à la sculpture. Les deux expositions ouvertes depuis le printemps sont accessibles jusqu’à la fin 2015.

Peintre et sculpteur, Urs Fischer (Zurich, 1973) développe depuis plusieurs années une réflexion originale sur le statut de la sculpture et de l’installation. S’il use d’une grande variété de matériaux, la particularité de Fischer dans ce domaine est de créer un décalage entre la perception visuelle de l’objet sculpté, et sa véritable nature.

Ainsi des œuvres qui ont l’apparence de la terre crue façonnée à la main sont en réalité coulées en bronze puis peintes en gris, à moins qu’elles ne soient effectivement en terre crue. La série à laquelle appartient François/ René (2013) explore cette notion de décalage avec des moyens quasi industriels. Des photographies en très haute résolution d’objets de consommation courante, prises sous cinq angles différents, sont collées sur des boîtes composées de miroirs.

L’illusion d’avoir des objets véritables flottant dans l’espace, est renforcée par l’absence de joints entre les parois du cube. Comme le titre le suggère, la sculpture est composée de deux parties – des objets qui n’ont a priori aucun rapport entre eux (une bouteille de sauce soja et un appareil photographique) – auxquels Fischer a associé des noms qui nous semblent aussi familiers que les objets eux-mêmes.

L’oeuvre de Dahn Vo (1975) renvoie également à un bien de consommation courante, en l’occurrence un simple carton ayant contenu des bouteilles d’eau Evian. L’artiste a récupéré quantité d’emballages de ce type (caisses de bières ou d’eau) qu’il a envoyé, soigneusement pliés, en Thaïlande où des artisans ont méticuleusement recouvert de feuille d’or les inscriptions et le logo présents sur les différentes faces du carton, avant de les renvoyer à l’expéditeur. L’objet de rebut se voit offrir une nouvelle vie sous la forme d’une oeuvre réintroduite dans le circuit économique du marché de l’art, une promotion non négligeable par rapport à son existence passée, qui n’est pas sans rappeler les notions de karma et de réincarnation chères à la tradition boudhiste.

Comme Urs Fischer , Franz West (1947-2012) a toujours joué sur le contraste entre l’aspect extérieur de la sculpture et la manière dont nous entrons physiquement en contact avec elle. L’artiste a poussé ce raisonnement jusqu’à inclure le spectateur dans le processus, développant à ses débuts des oeuvres destinées à être touchées, manipulées ou déplacées. Les célèbres chaises et canapés recouverts de tissus colorés qu’ils exposent à Documenta en 1992 donneront par la suite naissance à des sculptures « utilitaires », sur lesquelles l’on peut s’asseoir. La série Qwertz, installée à Rotterdam, transpose cette démarche dans l’espace public. Selon West, son titre ne signifie rien de particulier (il s’agit des premières lettres des claviers des anciennes machines à écrire allemandes), contrairement à Lindwurm (2000) qui désigne un dragon « bipède et sans ailes ».

Sa dénomination confère à cette sculpture un statut particulier, plutôt rare dans la production de West, qui l’ancre dans le folklore et la mythologie fantastique d’Europe centrale. Son apparence renvoie à un procédé de fabrication artisanal et bon marché – papier mâché ou plâtre –, alors qu’il s’agit d’aluminium peint, un matériau dont la mise en forme requiert une chaîne de fabrication très complexe. Chez Sterling Ruby (1972) également, la première impression est toujours celle d’une grande spontanéité et d’un recours à un mode de travail proche de l’artisanat. Ce qui frappe d’emblée dans son imposante pièce Headcleaner/ Headhunter (2009), c’est le contraste entre l’aspect clinquant du bronze doré et les soudures grossières, multicolores, qui joignent les différents éléments. La forme organique évoque les connexions neuronales d’un cortex rongé de l’intérieur. Ruby a décliné cette sculpture en une plus petite pièce en céramique – l’un de ses matériaux de prédilection – intitulée Brass Ketamine User (2010), soit littéralement ce qui arrive au cerveau du consommateur de kétamine.

Le bronze doré est devenu au début des années 2000 le matériau de prédilection de Sherrie Levine (1947), plus connue jusqu’alors pour ses détournements sous la forme de réappropriations d’oeuvres d’artistes contemporains célèbres. False God (2007) appartient à une série de sculptures réalisées au départ d’objets étranges, trouvés pour la plupart sur des marchés aux puces ou dans des boutiques d’antiquités. L’oeuvre résulte du moulage d’un squelette de veau à deux têtes, un animal voué à une mort précoce auquel Levine dresse une sorte de monument pour l’éternité. Le titre renvoie explicitement à l’épisode de l’adoration du veau d’or dans l’Exode, qui symbolise l’idolâtrie. False God s’inscrit dans la continuité du travail antérieur de Levine, la réappropriation d’oeuvres célèbres posant la question de la valeur de l’objet d’art, et du culte qui lui est voué par les acteurs du marché.

Louise Bourgeois (1911-2010) a expérimenté en sculpture toute sa vie durant avec une quantité impressionnante de matériaux. Le bronze occupe parmi ceux-ci une place importante, sinon prépondérante. La représentation de fragments ou de parties du corps humain a parfois donné naissance à des déclinaison sur un thème particulier, tel celui de l’oreille, que l’on retrouve à la fois dans son oeuvre sculpté que dans ses dessins. Inner Ear (1962), soit l’oreille interne, est une pièce historique. Bien que réalisée en bronze, elle dégage une impression de fragilité, renforcée par la patine qui lui confère l’aspect d’un objet en plomb, malléable.

 

 

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