20ème « Kunstenfestivaldesarts », 08-30/05. #art #bruxelles #culture

     « On n’ a pas tous les jours 20 ans », … un âge que que le « Kunstenfestivaldesarts » – lieu de création contemporaine internationale, au programme pointu et à l’ esprit joyeux – fête cette année, du 08 au 30 mai, en retrouvant son ancien Q.G. du « Beursschouwburg » (qui fête, quant à lui, son 50ème anniversaire), après le « Marivaux », en 2014, et quelques années vécues au « KVS »!
     Le « Kunstenfestivaldesarts » 2015, ce sont 32 projets internationaux, dont 15 premières mondiales et 22 coproductions du Festival, avec une présence scénique de pas moins de 330 artistes et 170 figurants venant de 14 pays (Allemagne, Argentine, Belgique, Brésil, Croatie, Espagne, Etats-Unis, France, Israël, Italie, Maroc, Portugal, Suède et Taïwan), avec un total de 134 représentations dans 22 lieux de la capitale (« Théâtre National », « KVS », « Wiels », « Balsamine », « Kaaitheater », « La Monnaie », …) et l’organisation d’ une exposition (dans la rue, rendue piétonne, Auguste Orts, centre névralgique du Festival, où l’ artiste Kris Verdonck propose une fascinante installation, inspirée des « robots géants » japonais, monuments utopiques d’ un monde en évolution, totems pour un futur porteur d’ espoir), nécessitant la présence de 104 collaborateurs et bénévoles, 23.500 tickets étant mis en vente.
     Parmi les créateurs, des figures montantes, aussi bien que des artistes largement consacrés, ces derniers proposant souvent des oeuvres d’ une radicale simplicité, touchant au coeur de leur pratique. Tous nous invitent à vivre des spectacles vivants, des expériences essentielles, désignant au passage un monde où domine l’ attitude consommatrice, le modèle de croissance et l’ excès. Au « Kunstenfestivaldesarts », nous découvrons des corps qui respirent et travaillent, qui dansent, parlent, chantent, crient, …, naturellement!
     Comme à chaque édition, le programme est particulièrement dense. Quelques spectacles relèvent notre attention, en toute subjectivité, tels:
– « Cry, Trojans! », du « Wooster Group », de New York: un western shakespearien sur le sexe et la guerre, la chute du héros et la corruption de l’ amour sincère, transposant un récit épique dans le contexte de la guerre de Troie vers celui de la conquête de l’ Ouest. 
– « Uso umano di esseri umani » (« Usage humain d’ êtres humains »), de la « Societas Raffaello Sanzio », sur une mise en scène de l’ Italien Romeo Castellucci. Un projet intime qui nous mène au coeur de sa pratique et met à nu la force essentielle de son théâtre. Un récit biblique de la résurrection de Lazare soumis à un système de simplification et d’ abstraction progressives, … Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques mots, de pures émotions et la force de notre propre imagination.
– « Cuando Vuelva a Casa Voy a ser Otro », 1ère mondiale de l’ Argentin Mariano Pensotti, qui, partant d’une histoire vraie, explore le champ de tension entre la réalité et la fiction dans un spectacle où la grande Histoire se révèle à travers les petites histoires quotidienne d’une poignée d’ individus. Comment la vérité et les mythes familiaux s’ entremêlent-ils pour former l’ identité d’ un être humain?
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– « Umbelina’s Cave », une lecture-performance de Leandro Nerefuth, originaire de Sao Paulo, formé en sciences humaines et en arts visuels, évoluant, ici, dans un territoire ambigu, entre discours académique et création artistique. Une approche de l’ identité post coloniale du Brésil, de son histoire et de sa culture, solidement étayée, mais agréablement créative. 
– « Off the Map », de et avec Wen-Chi Su, jeune chorégraphe taïwanaise se déplaçant avec lenteur et précision, tandis qu’ une bande sonore  chuchotée semble tracer la cartographie d’ un monologue intérieur, traduisant avec subtilité et raffinement la vulnérabilité de l’ être humain. Le lâcher-prise  peut-il devenir une stratégie pour continuer à avancer?
– « Archive »,  de et avec Arkadi Zaides, de Tel Aviv, faisant face, sur scène à des images de violence ordinaire entre Palestiniens et colons. Il glisse d’ un corps à l’ autre, devenant adolescent lanceur de pierres, soldat envoyant des gaz lacrymogènes, blessé qu’ on emporte, … Il prolonge certains  mouvements, en répète d’ autres en boucle et, tel un chef d’ orchestre dément, construit une danse habitée à partir de ces gestes de violence. Simplement bouleversant.
– « Manger », une danse imaginée par Boris Charmatz, dirigeant le regard vers l’intérieur du corps et explorant l’acte quotidien de manger. Quatorze corps mâchent et recrachent, chantent et dansent une lente « digestion » du monde. La bouche est un carrefour de circulation entre l’ intérieur et l’ extérieur, le moi et le monde. Comment digérons-nous la réalité?
Marocaines
– « Corbeaux », une forme chorégraphique très dépouillée et très puissante, « performance alliant la transe au rugissement rythmé d’ une bonne vingtaine de fauves féminins, dont le balancement hypnotique n’est pas sans rappeler l’horlogerie animale », comme le décrit Bouchra Ouizguen, chorégraphe de Marrakech, particulièrement concernée par la place de la femme dans la société. Les mouvements des corps de ces femmes, les accélérations de leurs souffles, les échappées de leurs cris composent une transe libératrice, quand, ensemble, elles sont visibles, présentes, vivantes, leur action physique et vocale explosant dans une forme de cri vital.
– « My Breathing is My Dancing », une création de notre réputée Anne Teresa De Keersmaeker, où elle laisse sa chorégraphie naître du plus essentiel des mouvements: celui de la respiration, le cycle de l’inspiration et de l’expiration étant l’incarnation la plus directe, à la fois immatérielle et concrète, de l’énergie vitale. Comme je respire, je danse. A voir, aussi, sa chorégraphie « Work/Travail/Arbeid », où 2 ou 3 danseurs, musicien(s) (à cordes ou à vent) et spectateurs partagent le même espace-temps (les 2 salles contiguës étant la scène).
Yves Calbert
Rosas 2
     Plusieurs rencontres avec les acteurs sont prévues après différentes représentations. Des ateliers sont organisés à l’attention de maisons de jeunes, d’ écoles primaires et secondaires. Des artistes sont invités en résidence. Parmi ceux-ci, le philosophe italien Giorgio Agamben, présente, lors d’une conférence, sa théorie du corps « dés-oeuvré »: une forme de résistance aux régimes politiques modernes et à la façon dont ceux-ci s’emparent de la vie même à travers l’usage qu’ils font de « nos » corps. Des « worshops » sont proposés aux acteurs, danseurs et autres performeurs débutants. Sans bourse délier, chacun est invité à des réflexions concernant les sources alternatives de financement au sein des arts du spectacle (22 mai) et l’ usage de l’ espace public (29 mai).
     En 2015, plus que jamais, le « Kunstenfestivaldesarts » veut inscrire son projet artistique au coeur de sa ville et de ses habitant, parfois gratuitement, comme pour l’ ouverture du Festival où, le 08 mai, à 18h., l’ artiste italienne Anna Rispoli conçoit son projet sur les marches de la Bourse. Elle y convoque des individus qui ont en commun d’y avoir un jour clamé quelque chose. Son tableau vivant dessine un désir partagé de changement. Notons, aussi, la première belge d’un film sur Bruxelles réalisé par Maria Tarantino: « Our City ». Quand et comment peut-on affirmer appartenir à une ville, qui est notre ville ?
     Mais, pour terminer cette présentation, lisons attentivement Christophe Slagmuylder, défendeur de la Culture, dans sa diversité francophone, néerlandophone (pour preuve l’ appellation du Festival unissant les deux langues) et internationale, dans le capitale de l’ Union Européenne, qui se veut rassembleuse des pays, de leurs régions et de leurs différentes Cultures: « La création artistique ouvre une expérience à nulle autre pareille. En s’écartant du temps et de l’espace fonctionnels, en s’affranchissant du réel, elle invite à regarder ce réel en face. Elle le révèle ».
      « La création artistique anime, passionnément, beaucoup d’individus. Dans une époque de crise morale et idéologique, dans un temps dominé par la peur et la protection et où tant de repères semblent disparaître, elle s’affirme plus que jamais comme une nécessité. Pourtant, les pouvoirs publics, en Belgique et ailleurs, ne semblent plus beaucoup l’estimer. On l’accuse d’être « profiteuse » mais de ne pas générer assez de profit. On coupe dans les moyens qui lui sont alloués. On l’instrumentalise. On la souhaite « événementielle » et nivelée afin d’améliorer son image « négative » ».
      « Cette nouvelle édition du « Kunstenfestivaldesarts », sa vingtième, souhaite le réaffirmer à haute voix: la création artistique est une chose précieuse. Elle est faite d’intuition et de rigueur, d’exigence et de professionnalisme, de convictions partagées et d’amour. Elle tente, très simplement, de constituer un hommage au spectacle vivant, à sa beauté et sa spécificité, à l’espace et au temps partagé entre artistes et spectateurs réunis par le spectacle vivant ».
      Alors n’hésitons pas à montrer notre intérêt pour ce Festival particulier, rassembleur des créateurs flamands, wallons, bruxellois et de bien d’autres venus d’ Afrique, des Amériques, d’ Asie et de nombreux pays européens. Prouvons, ensemble ,à notre Gouvernement fédéral que la Culture mérite d’ être défendue, qu’ elle nous enrichi tous et peut contribuer à éviter bien des drames comme le départ de certains jeunes, en manque de Culture, vers une incertaine destinée en Syrie ou ailleurs, voire de les voir menacer, ici même, nos propres vies et institutions.
      Un pass pour l’ ensemble des projets est disponible (170€), mais il convient de réserver vos places. Pour les prix propres à chaque spectacle, les lieux les accueillant et le programme complet détaillé, consultez www.kfda.be ou présentez-vous au « Beursschouwburg », où des livrets-programmes sont mis gracieusement à votre disposition. A noter que certaines salles ayant une jauge réduite, il est toujours préférable de réserver à l’ avance, au risque de figurer, parfois, sur une longue liste d’ attente.
      A l’ occasion de ce double anniversaire (20 ans pour le festival et 50 pour le « Beursschouwburg »), une grande fête est organisée, le 15 mai, dès 19h., la rue Auguste Orts, face à la Bourse, étant, à cette occasion réservée aux Festivaliers et autres piétons. De même pour l’ouverture du Festival, le 08 mai, dès 22h. Par ailleurs, pour fêter dignement le « Kunstenfestivaldesarts », un ouvrage est édité: « The Time We Share » (44€95/39€95, en souscription, jusqu’ au 07 mai/ »book launch » offert, le 08/05, à 12h., à « La Bellone »), publié en français, néerlandais et anglais, conçu comme la dramaturgie d’une représentation, il part d’une série de spectacles créés depuis 1994, témoignant d’ oeuvres qui reflètent leur époque et examinant comment une époque peut se définir à travers des créations artistiques. Multipliant les points de vue, il fait se succéder des contributions, souvent originales, de créateurs et de théoriciens qui pensent le monde à partir des arts de la scène.
Yves Calbert.

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