Helmut Stallaerts en Echo à la Collection « ING » #bruxelles #art

     Si à Namur Jan Fabre dialogue avec Félicien Rops, à Bruxelles, Place Royale, à l’ « ING Art Center », Helmut Stallaerts (°Bruxelles/1982) dialogue, quant à lui, avec différents artistes de la « Collection ING ».
     Détenteur d’une maîtrise en peinture octroyée, à Bruxelles, par la « Haute Ecole Sint-Lucas », là même où, désormais, il transmet son savoir en qualité d’enseignant, après avoir, aussi, poursuivi des études à l’ « Académie des Beaux-Arts » de Düsseldorf. Finaliste, en 2013, du « Young Belgian Art Prize » et lauréat du « Prix ING du Public », l’artiste a proposé aux services culturels d’ « ING » de pouvoir présenter une sélection d’une trentaine de ses peintures et sculptures en dialogue, en écho, avec son choix, et celui de Patricia De Peuter, « Senior Art Advisor » d’ « ING Belgium », d’ une soixantaine d’ oeuvres (de Nobuyoshi Araki, Anna & Bernhard Blume, Alighiero Boetti, Christian Boltanski, Tony Cragg, Honoré Daumier, Richard Deacon, Chloë Delanghe, Jean Dubuffet, Gilbert & George, Sol LeWitt, Piet Mondrian, Juan Munoz, Michelangelo Pistoletto, Benoît Platéus, Pat Steir, Mitja Tusek, Jan Vercruysse, Andy Warhol, …) issues de la collection « ING », d’où le titre de l’ exposition: « Echoes, Helmut Stallaerts meets the ING Collection ».
     Commençant le parcours par le sous-sol, nous découvrons une série de photographies, dues à Nobuyoshi Araki, deux d’entre-elles nous montrant des nuages dégageant une atmosphère menaçante, pouvant créer une tension, voulue par les curateurs. Son orchidée, par contre, nous offre de l’oxygène, nous permettant d’étancher notre soif dans la beauté de la fleur… Vient une petite salle de projection dévoilant une vidéo de Chloë Delanghe: « Editing Lynch » (3’45/2014), réalisée à la demande d’ Helmut Stallaerts, l’oeuvre de David Lynch constituant une source d’inspiration pour notre peintre-curateur. Ecoutons la curatrice, Patricia De Peuter « Senior Art Advisor » d’ « ING Belgium »: « Chez David Lynch, les images passent d’ un état à l’ autre, c’est un flux continu. Les images s’imposent à lui. C’est la même chose chez Helmut: l’image venu du vécu vient vers lui et prend sa forme plastique ».
     Nous passons par une porte de coffre-fort et entrons dans l’ intimité d’une douche prise par « Lily » (2013), grâce à une peinture due à Helmut Stallaerts, faisant écho, en fin de parcours, à « Deer Waterfall » (Pat Steir/1991), avec ses vagues de mer et son rideau d’eau… De l’eau, toujours de l’eau, de la douche à la mer! … A proximité de cette dernière peinture, nous en découvrons deux autres: « Chicago Boys » (Helmut Stallaerts/2014), faisant écho à «  »Robert Macaire Boursier » (Honoré Daumier/1837).
     D’ autres peintures d’ Helmut Stallaerts attirent notre curiosité de par le choix de leurs supports ou matériaux utilisés: une huile sur toile, peinte avec du sang d’animal: « The Blind » (2010), évoquant « une errance dans laquelle nous nous trouvons tous un jour ou l’autre » (dixit la curatrice), version intemporelle de « La Parabole des Aveugles » (1568/Musée Capodimonte/Napoli) de Pieter Brueghel l’ Ancien (1525-1569); une oeuvre, dévoilant la force et la souplesse, peinte sur un crâne: « Josephine » (2010); pouvant évoquer le désir, quatre réalisations, sur un papier particulièrement fragile, de grandes silhouettes dévêtues: « Emptiness Replaces my Soul » (2014); un ours au regard triste, tournant en rond sur sa bicyclette, peint sur 9 plaques en os: « Goricke » (2008); sans oublier son « Elisabeth » (2014), une création en 3 D, « une image (de jeune fille, ndlr) rafraîchissante par sa séduction » (Patricia  De Peuter), côté face, un miroir reflétant le verso de la peinture, la cape de la Reine Elisabeth d’ Angleterre, … d’où l’ appellation de cette oeuvre originale. En écho à cette création du curateur, une oeuvre, sans titre et non datée, du Japonais dont les photographies ouvraient l’ exposition, Nobuyoshi Araki, montrant une femme, un poignard à la main… Deux oeuvres, deux femmes, l’une toute en beauté et en couleurs, l’autre, en noir-et-blanc, évoquant la violence… Quel écho!!! …
"Göricke",  copyright:  Helmut Stallaerts

« Göricke »,
copyright:
Helmut Stallaerts

     Tanguy Eeckhout (°1980), critique d’art, écrit: « En Art, les idées et les images se font écho en permanence. Parfois du fait que les artistes partagent de points de vue similaires ou recherchent les même défis, parfois du fait qu’un artiste est inspiré par l’ oeuvre d’ un autre artiste, qu’il veut réinterpréter, pour lui donner une nouvelle vie. Par leur caractère provocateur, les Arts suscitent, également, un écho dans l’esprit du spectateur: d’autres images nous viennent à l’ esprit, cela nous fait réfléchir ou cela peut réactiver de vagues souvenirs dans nos mémoires… Le rapprochement d’ oeuvres, très différentes au premier abord, permet de créer d’autres manières de voir les choses et de générer des interprétations nouvelles et surprenantes ».  
     « Les échos artistiques se font en plusieurs sens: sur base de résonances, de rappels, de complémentarités et d’oppositions, dans un parcours qui cherche à livrer progressivement un soupçon du mystère de l’ art. Ce parcours s’ adresse à ceux qui prennent le temps de respirer, de ressentir et de communiquer avec tous leurs sens, leur corps et leur esprit. Cette « non-exposition » peut être visitée et revisitée, car, à chaque fois, elle nous promet de nouvelles révélations et nous révèle de nouveaux échos ou résonances ».
     La curatrice, quant à elle, nous dit: « L’ oeuvre d’ Helmut est très accessible aux personnes ouvertes, qui s’en imprègnent sans avoir d’idées préconçues à propos de l’art, … mais le reçoivent tel qu’il se présente. Nous voulons, Helmut et moi, que la visite de l’exposition soit vécue comme une expérience sensitive. Nous ne voulons pas plonger le visiteur dans une « atmosphère », mais l’amener à se décharger de ses poids et à se concentrer sur lui-même, à quitter le monde purement rationnel pour entrer dans le monde des émotions… Puisse-t’ il ressentir que l’art est un état d’esprit, qu’il peut signifier quelque chose d’essentiel. Qu’il peut faire évoluer notre vision des choses, repousser nos limites, élargir nos horizons. Et que ces « échos » continuent à se propager » …
     Helmut de poursuivre: « Pour moi, choisir une de mes oeuvres est un problème, car je ne peux pas m’engager dans une épreuve de force avec les autres artistes. Je ne le peux et je ne le veux pas non plus. C’est une rencontre. Je ne suis pas égocentrique, je doute aussi… Cela semble évident, mais ce ne l’est pas ». Important, chez lui, également: le toucher, « indissociable de l’acte de peinture », comme il le souligne! Aussi, il suggère le mouvement de tâtonnement avec toute la main, et pas avec le toucher du bout des doigts. Pour preuves, notamment, « The Maze » (2009-2010) et « The Border » (2010).
     Le parcours de l’ exposition n’est pas imposé. Comme dans les films de David Lynch, qui fascinent et inspirent Helmut Stallaerts, on se retrouve dans un labyrinthe où il n’ y a pas qu’une seule réponse, mais des réponses et, à tout moment, on peut changer de direction. Tout est un éternel recommencement. L’artiste devient celui qui peut se permettre de douter, voire d’ignorer la réalité, se transformant en « passeur » vers un monde meilleur dénué de conventions et indépendant de toute autorité.
"Fenêtre dans la Nuit",  copyright:  Frits van den Berghe

« Fenêtre dans la Nuit »,
copyright:
Frits van den Berghe

     Ainsi, plus généralement, dans l’un des livrets accompagnant le livre d’artiste publié à l’occasion de cette exposition, Dirk De Wachter (°1960), professeur à la « K. U. Leuven », écrit: « Notre monde risque de perdre les connexions nécessaires à la survie de la culture humaine ». Interpellant lorsque nous pensons à la destruction au bulldozer (2015) des ruines assyriennes de Nimroud (datant du XIIIème s. avant notre ère), en Irak, ou aux explosifs (2001) des Bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan. Et ce professeur émérite de poursuivre: « J’entends démontrer que l’ Art peut, justement, constituer un facteur de connexion fondamental. Il peut rassembler les personnes au-delà de groupes et de catégories qui semblent former des facteurs de division sociale. Il peut transcender les origines culturelles les plus diverses et les inclure dans une dynamique d’inspiration mutuelle… L’Art peut sauver le monde »! … Remercions donc l’ « ING ART Center » pour son implication au service de l’ Art, contribuant, par ses activités pédagogiques, à préserver la Culture, qu’ elle soit d’ici ou d’ailleurs.
     Comme l’écrit Patricia De Peuter: « Cette exposition s’ adresse à tous ceux qui prennent le temps de respirer, de ressentir et de communiquer, avec tous leurs sens, leur corps et leur esprit » … n’ hésitez pas à la visiter et à la revisiter, « car, à chaque fois, elle nous promet de nouvelles révélations, à chaque fois, elle nous révèle de nouveaux échos ou résonances ».  
     Programmation: trois mercredis, de 19 à 20h.: « L »Héritage de David Lynch »: conférence de Dominique Païni (Fr.), critique de cinéma, avec la vidéo, sollicitée par Helmut Stallaerts, « Editing Lynch » (3’45), présentée par sa réalisatrice, Chloé Delanghe (06/05, en français & en anglais); « Echos littéraires et musicaux, Commentaires subjectifs sur l’ Exposition », visite commentée par Pierre-Olivier Rollin, directeur « BPS 22 »-Charleroi (13/05, en français); « Curatorial Echoes on the Exhibition », visite commentée par Elisabetta Rabajoli, curatrice indépendante londonienne (27/05, en anglais).
     Exposition ouverte jusqu’ au 14 juin, de 11h. à 18h. du mardi au dimanche, y compris le lundi 25 mai et les jours fériés. Nocturnes tous les mercredis jusqu’ à 21h. et le samedi 25 avril, à l’occasion d’ « Art Brussels », et avec la performance au sein de l’ exposition du DJ Mat Stellar, jusqu’à 20h. Prix d’entrée: 8€ (6€ par vente en ligne); seniors & clients d’ « ING »: 6€ (4€); enseignants: 3€ (gratuité le mercredi); étudiants – de 26 ans, enfants – de 13 ans, personnes à mobilité réduite, demandeurs d’ emploi 0€. Site: www.ing.be/art
(avec vente en ligne, à prix réduit). Disponible à l’ accueil, en « écho » à l’ exposition, un livre d’artiste (avec 2 brochures commentant l’ exposition): « Echoes, Common Grounds, Common Goods » (Ed. ING/2015).
Yves Calbert.

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