« In Silence », au « Botanique ». #art #culture #bruxelles

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Jusqu’au 29 mars, Gilbert Fastenaekens  (Bruxelles/°1955), « Prix Kodak » de la critique photographique française (1986), l’un de nos grands photographes contemporains, vous attend au « Botanique », où il expose sa première rétrospective, « In Silence », constituée de neuf de ses principaux ensembles photographiques, ainsi que quelques vidéos. Parmi ces dernières, projeté sur un grand écran, « Libre de ce Monde » (2011), où 150 individus, filmés seuls ou en groupes, durant 15 jours, s’adonnent, face à la caméra, à un fou rire communicatif, libératoire des conventions, rompant avec le « In Silence » de l’exposition, le côté coloré de cette installation contrastant avec son 1er ensemble noir-et-blanc exposé, celui de ses « Nocturnes » (1980-1987), « une série de lieux urbains laissés à l’abandon (situés à Bruxelles, Cambrai, Gent, Lens, Oberhausen & Paris), posant un regard photographique à la fois radical et poétique ».

« (Il jette, ici,) les bases d’une esthétique qui fonde aujourd’hui encore sa singularité. A mi-chemin entre photographie documentaire et artistique, il conjugue un vocabulaire formel dépouillé et une sensibilité presque romantique. Proche des pionniers de la photographie topographique, parmi lesquels on compte Robert Adams (°1937), Gilbert Fastenaekens développe un travail en profondeur sur la ville et, plus largement, sur le territoire et ses mutations » (D. Leenarts).
 
Et l’artiste d’écrire:  » La nuit, la topographie urbaine, en pleine Déshérence, devient le trou noir d’un opéra énigmatique, le décor de l’abandon d’une gigantesque pièce de théâtre d’où les acteurs sont bannis. La nuit est un instant qui s’étire sur quelques heures, sans pour autant ressentir la pesanteur des minutes, la fuite du temps. Tout paraît enveloppé dans un arrêt provisoire. La distanciation vis-à-vis du tumulte est un moment à privilégier. Tout s’immobilise, la scène et ses spectateurs semblent unis jusqu’aux premières lueurs du matin, quand le rythme de la civilisation reprend ses droits ».
 
« Avec Noces (1988 -1995), la figuration du paysage cède le pas à une dimension intérieure et introspective. La forêt de Vauclair (en Champagne, par le « Chemin des Dames », à 30 km de Reims, ndlr), hantée par les épisodes meurtriers de la première guerre mondiale, devient, pendant sept années consécutives, le décor d’une expérience sensorielle et intime, qu’il traduit à travers de fascinants tirages en noir et blanc » (D. Leenaerts). 
Et le photographe d’ajouter: « Tous les ans, je suis retourné dans cette grande forêt domaniale, souvent l’hiver, quand il faisait gris, dans un périmètre de 30 m sur 100. que j’ai délimité arbitrairement, pour couper court à l’idée que je n’étais pas au bon endroit, que cela pourrait se passer ailleurs… Après un certain temps, quand je n’attendais plus rien, quand j’avais oublié les raisons de ma présence, … survenaient des moments rares , de sensations fortes et sereines, qui me permettaient de me sentir pleinement dans l’instant des choses. Je me sentais devenir l’arbre, la pierre, le paysage, acceptant le temps présent pour ce qu’il était, révélant, par là même, son sens. Je m’écoulais avec lui et ressentais humblement que le passage symbolique du temporel au spatial dissipait l’éphémère pour n’indiquer que l’instant présent dans l’espace ».
Comme l’écrit la commissaire de l’exposition, Danielle Leenaerts, docteur en « histoire de l’art »: « Depuis plus de 30 ans, (son) oeuvre se construit à partir de l’observation du paysage. A la fois silencieux et analytique, poétique et informé, ce travail de représentation porte sur des paysages naturels (ou) urbains et des sites portant les marques de l’activité humaine… Cette représentation paysagère offre aussi bien un état des lieux u’une interprétation sensible, esthétique ou encore historique des territoires abordés. Travaillant par séries, l’artiste crée, pour chacune d’entre elles, un vocabulaire formel spécifique: vues de nuit, irréalisme du noir-et-blanc, versus réalisme, associé à la couleur, tirages classiques (et présentations en vidéos). Cette variété d’approches de l’image photographique offre … un parcours à la fois chronologique et thématique qui redessine les contours d’une production artistique comptant parmi les plus importantes de la photographie en Belgique ».
« Ici, le silence est comme un espace d’avant le son, d’avant le bruit. On doit sentir les matières, l’atmosphère, presque même les odeurs. Dès lors, mon temps de pose varie entre 4 minutes et une heure« , nous disait l’artiste, lors de la visite de presse. Pour preuve son ensemble « Essai pour une Archéologie imaginaire », pour lequel il poursuit son travail nocturne sur divers sites industriels de Charleroi, Liège, Longwy, Thionville, …, ses photographies permettant « de retrouver toute la théâtralité qu’on lui connaît, suspension rythmique entre deux battements… (lui révélant) tout un imaginaire à partir de sites pourtant peu voués à la contemplation. Autoroutes en construction, centrales nucléaires et autres industries s’élèvent comme des vestiges d’une dimension quasi mythique » (Catherine Mayeur). 
 
Toujours à la recherche d’univers particuliers, il découvre un territoire industriel sis à proximité de Mulhouse. Il est le théâtre de son « Hommage irrévérencieux à Robert Adams », suite à la lecture du roman « From the Missouri West » (R. Adams/1980). A l’image de Jacques Brel utilisant le cadre des mines désaffectées de la région de Charleroi pour son film « Far West » (Fr.-Be./1973/100′), Gilbert Fastenaekens écrit, retrouvant en France collines et plaines de l’Ouest américain: « En une semaine, … je mets à l’épreuve, mais aussi à distance les filiations qui me traversent, dans l’irrévérence d’un terrain bâtard, paysage sans racine, fait de scories, de déchets toxiques n’existant pas il y 100 ans et n’existant plus aujourd’hui, témoin de la conquête d’un Ouest industriel ».
 
Outre ses ensembles photographiques « Site I » et « Site 2 », nous découvrons, aussi, ses écrans vidéos, deux, séparés, consacrés à deux visages d’hommes filmés en gros plans, ainsi que, présentés côte à côte, 5 autres, composant la série « Vis-à-vis », réalisée à Milan et constituée de plans fixes « montrant des temporalités différentes, dans lesquelles alternent des moments de banalités urbaines, des gestes simples du quotidien et des portraits soumis à la durée, où la théâtralité intérieure s’expose à l’usure du temps, de la pose, de la complaisance, quelquefois dans la difficulté d’être face au silence. De ses séquences, projetées simultanément, émane une poésie sourde, à la manière des haïkus, captant une multitude d’instants donnant l’écriture de la vie, exprimant ce qui est, à ce instant, dans le présent, en relation avec le spectateur », comme l’écrit le photographe (« In Silence », « CFC-Editions /2015/p. 180).
 
« Last but not least », saluons l’initiative de cet artiste bruxellois, qui, à l’étage, posé sur des tréteaux, nous propose, « Correspondance » (2007-2013), un intéressant travail de reconduction photographique, où nous retrouvons différentes cartes postales noir-et-blanc, quelque peu agrandies, du Bruxelles du début du XXème siècle, sous lesquelles sont exposées, réalisées dans le même angle de prise de vue, des photos contemporaines en couleurs, éditées au même format, réalisées par Gilbert Fastenaekens. Ainsi, à l’arrière du « KVS », où apparaissaient les quais de l’ancien port, nous trouvons un espace de promenades et de jeux. Sur l’actuelle Place Rogier, plus de « Gare du Nord ». Quant à l’ancienne « Gare du Quartier Léopold », elle est désormais intégrée aux bâtiments du « Parlement européen ». Dans une salle de l’Hôtel de Ville, apparition d’un téléphone moderne et de l’informatique, au sein d’un décor resté identique. Sur le Boulevard du Nord, apparition, à l’avant plan, de la publicité intempestive d’un « fast food » américain. Que de changements aux Portes de Flandre, de Louvain, et de Scharbeek! Partout, chevaux, chariots, calèches et anciens tramways laissent la place à des véhicules du XXIème siècle. Puisse, selon l’idée de l’artiste, un autre photographe prendre la relève dans 100 ans, afin que les prochaines générations de Bruxellois puissent, elles aussi, constater l’évolution de leur ville au fil du temps!
 
L’exposition étant ouverte du mercredi au dimanche, de 12h. à 20h., vous pouvez la visiter après la fermeture des musées ou avant de vous rendre au restaurant ou au spectacle. Entrée: 5€50 (4€50: étudiants, seniors, enseignants, membres d’un groupe & « JAP »; 3€50: demandeurs d’emploi, membres d’un groupe scolaire & »Bota’ carte »; 2€: en complément à un ticket de concert du même jour; 0€: – 12 ans & chaque dimanche, pour les habitants de Saint-Josse. Ouvrages disponibles: « In Silence », 1ère monographie de l’artiste (« CFC-Editions /2015/224 p./22 x 28 cm/39€), « Correspondance » (« ArpEditions »/2010/168 p./30,5 x 27 cm/39€), « Essai pour une Archéologie imaginaire (« ArpEditions »/1994/66 p./28 x 30 cm/35€), « Noces » (« ArpEditions »/2003/56 p. 40 x 32 cm/32€) & « Site » (« ArpEditions »/1997/ 96 p./20,5 x 32,5 cm/35€).
 
Yves Calbert,
Photo: Gilbert Fastenaekens.

 

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