« Les Mondes de Gotlib » / « Museum Night Fever » #museejuif #bruxelles #culture
Le Musée Juif de Belgique élu « Bruxellois de l’Année 2014 »
Jusqu’au 08 mars, ne manquez pas de visiter la fort intéressante exposition consacrée à « Gotlib » (Marcel Mordekhal Gotlieb/°Paris, 14-07-1934), un auteur de BD à (re)découvrir, qui arrêtant de dessiner en 1986, reçut de nombreuses hommages: « Docteur Bédéis Causa » au Québec (1990), Grand Prix de la Ville d’Angoulème (1991), Chevalier de la Légion d’Honneur (2000), Grand Prix Saint-Michel de la Ville de Bruxelles (2007), … Conçus à Paris, à l’occasion de son 80ème anniversaire, par le « Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme », « Les Mondes de Gotlib » rassemblent 300 documents, dont 165 planches originales, des archives photographiques, écrites et audiovisuelles, l’affiche de l’exposition présentant un savoureux auto-portrait inspiré par le film « Orange mécanique » (Stanley Kubrick/USA/1971/137′).
Quelle belle initiative du « Musée Juif » que de programmer cette exposition après le terrible attentat dont il a été victime, ce que nul ne peut oublier. Mais comme à Paris ou à Verviers, la vie doit continuer et nous nous devons de retrouver le sourire, notamment grâce à l’oeuvre de « Gotlib », né Gotlieb, fils d’émigrés juifs hongrois, son père, Ervin Tzvi Gotlieb, suite à la dénonciation de son concierge, ayant été déporté, puis assassiné à Buchenwald, en 1945.
Commençons donc notre visite par deux montages (5’15 & 7’15) de « capsules » vidéos (46″ chacune/ »Dargaud »/ 1993) particulièrement amusantes, mettant en scène sa célèbre coccinelle qui, ici, donne vie à nombre de peintures et sculptures célèbres. Ainsi, pour « La Femme au Bain » (Alfred Stevens), nous la voyons savonner le corps de la baigneuse, avant de vider l’eau de son bain. Pour « La Fileuse » (Jean-François Millet), elle arrive avec son transistor et fait danser cette dame au rythme de la musique. Aux côtés de « Moïse » (Michel-Ange), elle arrive, déguisée en un « Popeye » fumant sa pipe, qui … embrase la barbe du prophète… Pour voir ce qu’il advient à la « Joconde » (Léonard de Vinci) ou à d’autre oeuvres, rendez-vous dans le hall d’entrée et dans la 1ère salle d’exposition. … Notons qu’au cinéma, « Gotlib » fut aussi acteur, notamment dans deux films de Jacques Doilon et de deux autres de Patrice Leconte, ainsi que co-scénariste, écrivant également les paroles de deux chansons, la pochette de ce disque 45t. étant exposée… Et pour revenir aux peintres, sourions à la vue de ses pastiches d’oeuvres de Sandro Boticelli et de Bernard Buffet…
« Gotlib » c’est aussi une relation d’amitié avec René Goscinny (1926-1977), son « père spirituel », qui l’accueille dans l’équipe du journal « Pilote », en mars 1965. A eux deux, ils créent les « Dingodossiers », inspirés par le journal américain « MAD », proposant un amour neuf basé sur le pastiche, la parodie et le langage. C’est chez « Pilote », comme le prouve une photo exposée, que « Gotlib » rencontre « Cabu » (Jean Cabut/1938-2015).
Indigné par un « Spécial Hitler » (« Pilote » N° 100/1973), il déclare: « On ne fait pas de l’esprit sur Hitler, on l’écrase! Par l’humour, si l’on veut, mais on l’écrabouille ».
En 1967, Goscinny conseille à « Gotlib » de créer sa propre rubrique: « Rubrique-à-Brac », centrée sur l’enfance et les relations jeunes-adultes. Cinq ans plus tard, il est à l’origine de la naissance de l’ « Echo des Savanes », un magazine trimestriel refusant toute censure, mais il est désapprouvé par Goscinny. Déçu, Götlib, le 1er mai 1975, lance la publication satirique « Fluide Glacial ».
Inoubliable, publiée dans le N° 6 (1974) de l’ « Echo des savanes », nous retrouvons une planche originale de son « God’s Club », rassemblant sur une même page de BD, Claude Allah, Louis Bouddha, Gaston Jéovah, Jésus-Christ et Monsieur Jupiter, qui, buvant à n’en plus finir, utilisent un vocabulaire peu relevé pour des divinités, dont nous vous laissons la découverte au rez-de-chaussée de l’exposition.
A l’étage, nous retrouvons d’émouvantes photos de la famille Gotlieb et de l’enfance de l’artiste, ainsi que l’évocation du début de la carrière de dessinateur de « Gotlib », qui, après avoir suivi des cours du soir, dès 1952, à l’ « Ecole supérieure des Arts appliqués Duperré », à Paris, y apprenant le lettrage et le dessin publicitaire, fait ses débuts au journal « Vaillant » (1962), qui prend ensuite le nom de « Pif Gadget » (1969). C’est dans « Vaillant » que’il donnera naissance à un chien particulièrement sympathique, quoique réputé pour ne jamais sourire: « Gai-Luron » (1964), qui, au départ, n’était qu’un personnage secondaire de sa série « Nanar, Jujube et Piette », créée en 1962. Nous retrouvons, aussi, d’autres héros de ses débuts, tels « Gilou », « Picolo, le Nain », »Le Papoose récalcitrant » ou « Pick et Poil ».
Plus tard, oscillant entre le dérisoire et l’absurde, tant dans ses dessins que dans ses textes, il créera « Professeur Burp », « Commissaire Bougret » , « Hamster Jovial » et son personnage emblématique: « Isaac Newton », qui, recevant une pomme sur la tête, en a déduit la loi de l’attraction universelle, ce qui permet à « Gotlib » d’imaginer des tas d’objets, légumes, animaux, … tombant ainsi sur la tête de son héros, pour donner naissance, à chaque fois, à une nouvelle histoire
A de nombreuses reprises, il se caricature lui-même, de même qu’il apprécie caricaturer Georges Brassens, Goscinny et nombre d’autres auteurs de bandes dessinées. Particulièrement touchante, une planche de BD nous le montre enfant, vivant, en toute simplicité, dans la ferme où il fut recueilli, avec une chèvre pour compagne. « C’était en l’an de grâce 1942 », écrit-il, « L’orage a duré longtemps, mais, moi, douillettement niché au fond d’une étable, bien au chaud et caressant un museau de chèvre, je m’en fichais bien… En l’an de grâce 1977, ma fille aura à son tour huit ans. J’espère alors qu’il n’y aura plus d’orage. Pour qu’elle puisse avoir, de son enfance, autre chose qu’un museau de chèvre, tiède et humide, dans le creux d’une paume, au fond d’une étable obscure, comme souvenir à se mettre sous la dent » …
Tendre à souhait, il évoque aussi un personnage qui a marqué son enfance: « J’ai gardé au fond de mon coeur la petite fleur bleue que m’avait offerte, autrefois, celui que je n’oublierai jamais: le boueux de mon enfance ».
Dans la rétrospective de son oeuvre, n’oublions pas « Superdupont », sa version bien franco-française de « Superman », arborant le traditionnel béret alpin, des charentaises, une cape bleue et une ceinture tricolore. Défendant son pays contre l’anti-France, il prône la consommation des vins et fromages français. Comme Serge Gainsbourg, il ne se sépare pas de ses « Gauloises », mais, contrairement au chanteur, ne les fume pas, afin de ne pas contrevenir aux campagnes ministérielles anti-tabac.
Artiste anti-conformiste, athée iconoclaste, défiant les religions, explorant les territoires de l’humour noir et de la sexualité, « Gotlib » participa au renouveau de la BD française dans les dernières années du Gaullisme, écrivant, en toute simplicité: « Je n’ai qu’un crayon, au 1er jet, j’appuie à peine, et, au 2ème jet, j’appuie un peu plus… J’ai un crayon, une règle, une équerre, trois plumes et un pinceau, pour les grandes surfaces noires… Rien de révolutionnaire » (fanzine BD « Falatoff »/1977).
Enfin, « last but not least », une mini salle de cinéma nous permet de visionner « Gotlib, Trait pour Trait », un documentaire de Jacques Pessis, où l’on découvre, entre autres, la maison de Rueil-la-Gadelière, où, enfant de famille juive, il fut caché par un ménage d’agriculteurs. Une occasion d’entendre des témoignages de Pierre Arditi, Antoine De Caunes, Alain Chabat, Jérôme Savary, …, sans oublier ceux de sa fille Ariane, « Gotlib »lui-même évoquant son enfance parisienne, l’arrestation de son père, ses états d’âme, …
Une exposition qui mérite d’être visitée… Et surtout ne vous effrayez pas à la vue de deux militaires protégeant l’entrée. Ils sont là pour assurer votre sécurité. Celle-ci étant, par ailleurs, renforcée par le passage obligatoire de chaque visiteur sous un portillon détecteur de métaux.
Ouverture de mardi à dimanche, de 10h. à 17h. Prix d’entrée: 5€ (seniors & étudiants: 3€/- de 1é ans: gratuit). Site: www.new.mjb-jmb.org.
Et, surtout, n’oubliez pas, de ce samedi 07 mars à ce dimanche 08 mars, la 8ème « Museum Night Fever », vous permettant de visiter l’exposition temporaire et les collections permanentes, de 19h. à 01h. En outre, cette année, le « Musée Juif » (« Prix du Jury » de l’édition 2014), vous propose, outre des visites guidées, des interventions facétieuses de la Cie. « Les Vrais Majors » et de l’humour juif décalé avec l’asbl « Passe-Muraille » et son animateur-conteur Patrick Lemaire… Un bien beau complément aux dessins humoristiques et satiriques de « Gotlib »… Prix du pass, donnant accès à 23 lieux de culture, dont une quinzaine de musées: 14€ (10€ en pré-vente). Programme complet sur: www.museumnightfever.be.
Yves Calbert.


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