« Adolphe Willette », au « Musée Félicien Rops », à Namur

Ropsa
« L’art de Willette consiste surtout en une alliance charmante de l’esprit et de la poésie, de la peinture et de la chanson, de l’allégorie et de la vie même. S’il y a beaucoup de gaieté et d’insouciance sur tous les visages de ses tableaux, l’on y découvre aussi de la mélancolie. Pierrots, Colombines, rêveurs, fillettes espiègles aux beaux seins, Eve montmartoise qui, pour sauter à la corde, avez pris le serpent, et vous-même Willette, vous qui souriez avec tant de douceur, vous êtes charmants. Et tristes, comme l’amour même » (Guillaume Appolinaire).
 « Passage de Vénus devant le Soleil » (vers 1885)
… Et si Montmartre est évoqué, c’est bien parce que Adolphe Willette (1857-1926) y résidait, immortalisant, dans son oeuvre, le mythe de ce lieu de bohème, initiateur de fêtes délirantes, telles ses célèbres « Vachalcades » (ou « Cavalcades de la Vache enragée », en 1896 & 1897), dont des photos, certaines stéréoscopiques,, sont exposées. Côtoyant Jules Chéret (1836-1932), considéré comme « le roi de l’affiche », – exposé, ici, en 2002 -, Willette alterne avec lui des compositions lithographiées colorées, décorant, ainsi, ensemble le restaurant « La Taverne de Paris » (1905). A son instar, il réalise le décor d’un salon de l’Hôtel de Ville de Paris (1909), après avoir donné suite à une commande de cartons de tapisseries pour la « Manufacture des Gobelins » (1908).
Elève du peintre Alexandre Cabanel (1823-1889), il réalise les décors, aujourd’hui disparus, des premiers cabarets montmartois, dont le célèbre « Chat Noir », où l’on aimait goûter à l’absinthe (thème d’une superbe exposition en ce même « Musée Félicien Rops », en 2005). Quant à la présente exposition, elle résulte d’une seconde collaboration avec le « Musée d’Art et d’Histoire Louis Senlecq », de l’Isle-Adam, au Val d’Oise, la première remontant à il y a tout juste 4 ans: « Pour rire! Daumier, Gavarni, Rops ».
En confrontation avec une héliogravure de ce dernier, « L’Idole » (1882), planche N° 3 des « Sataniques », l’exposition nous permet de découvrir un croquis de Willette, « Le mauvais Larron » (1883), reproduction du tableau qu’il présenta lors de sa participation à son 3ème « Salon », et qui s’inspirait d’une manière presque burlesque de l’oeuvre de l’artiste namurois, celle-ci ayant fait scandale, de par la présence de deux phallus géants, qui ne furent pas repris par Willette, qui avait souhaité dédramatiser la scène telle que vue par Félicien Rops (1833-1898).
     « Pierrot et Colombine, la Lessive » (1918)
Par ailleurs, si nous retrouvons toute cette fraîcheur propre à Willette, avec ses personnages fétiches de « Pierrot » et « Colombine » ses chats noirs et ses moulins à vent, …, en gravures ou en peintures, sur ses affiches (comme « La Revue déshabillée », pour le café-concert « Les Ambassadeurs », en 1894), programmes de théâtres, partitions musicales, publicités ou menus, voire sur des éventails, tel celui intitulé « Le Vent de la Folie » (1900), exposé au 1er étage, nous ne pouvons ignorer un autre aspect de son talent, ses caricatures publiées dans différentes revues, lui qui était aussi un réputé dessinateur de presse.
Ainsi, le 23 février 1905, signant la couverture pour le N° 8 du « Courrier français » (50 centimes l’exemplaire), Willette dessine un Noir rôtissant telle une simple poule, sous l’oeil d’un Blanc au chapeau colonial, avec comme légende: « En Afrique, il n’y a plus d’autres cannibales que les Blancs », c’était à l’époque de Léopold II, sous le règne duquel nombre de Noirs furent maltraités… Digne de « Charlie Hebdo », en 2015, 110 ans plus tard!!! … Et que penser de cette autre caricature, réalisée pour la couverture du N° 31, de ce même hebdomadaire, où l’on voit un personnage casser sa plume sur une feuille posée sur sa table de travail, avec la mention: « Satanée plume, … elle crache le sang »! … C’était le 03 août 1902! … Incroyable d’actualité, ce 07 janvier! …

Pour un Charlie Hebdo dans chaque cartable
Avec une pensée émue d’une brûlante actualité!!
Ouverture du « Musée », jusqu’au 11 janvier, de 10 à 18h. Prix d’entrée: 3€ & 1€50 (moins de 12 ans & « article 77 »: gratuité). Catalogue: 32€ (Ed. Liénard, 220 p., 200 illustrations, 2014). Plus de renseignements sur: www.museerops.be.
A noter, que le Musée sera fermé du 20 janvier au 15 février 2015 et que, partenaire de « Mons 2015 », il proposera, du 14 mars au 30 août: « Le Retour de Pornocratès, Facing Time, Félicien Rops / Jean Fabre », des sculptures de ce dernier devant être exposées dans le Vieux Namur et à la Citadelle, le « Théâtre Royal » proposant deux de ses spectacles.
Yves Calbert.

 

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