« Timbuktu », d’A. Sissako, aux cinés « Vendôme » et « Galeries » #cinema #art #culture
« Timbuktu », d’A. Sissako, aux cinés « Vendôme » et « Galeries »
Lauréat de deux « Bayards d’Or » – « Meilleur Film » et « Meilleur Scénario » – et du Prix du Jury Junior, au « Festival International du Film Francophone » (« FIFF »), à Namur, en octobre 2014, projeté en sélection officielle à Cannes et en Première belge à « Bozar », le 05 décembre, « Timbuktu » (Abderrahmane Sissako/Mauritanie-France/2014/97′) demeure à l’affiche aux cinémas « Galeries » et « Vendôme », à Bruxelles, ainsi qu’au « Caméo Nomade/Quai 22 », à Namur, au « Churchill », à Liège, et au « Plaza Art », à Mons.
A voir, assurément, ce film – réalisé suite à la lapidation, malheureusement bien réelle, dans un village du Mali – obtient, à juste titre, les **** du « MAD/Le Soir », dans les colonnes duquel Abderrahmane Sissako déclare « Quand les hommes mettent, au milieu d’une place, un homme et une femme qui n’ont fait que s’aimer, ont eu deux enfants et sont mis à mort de cette façon, c’est insupportable. Quand des hommes encerclent une jeune-fille et lui donnent 40 coups de fouet parce qu’elle a chanté et encore 40 coups car elle était dans une chambre avec son amoureux, c’est insupportable. Et cela se passe quotidiennement en Afrique » (propos recueillis par Fabienne Bradfer).
Et de voir, dans le film, des djihadistes courant en rues et sur les toits des maisons, afin de repérer d’où vient la musique, diffusée en sourdine, d’un simple transistor… Le Mali est en guerre! …
… Mais ce qui révolte le réalisateur, c’est que ces lapidations d’une autre époque sont ignorées par les médias européens et américains qui ne s’intéressent à l’Afrique que lorsque, au sommet de la barbarie, des otages occidentaux sont décapités par des djihadistes, certains possédant des passeports de pays membres de l’ « U.E. »!
« N’être sensible qu’au malheur de celui qui nous ressemble physiquement et culturellement, c’est çà qui et terrible » (copyright D. R., publié dans le « MAD »/ »Le Soir »).
Synopis de cette fiction, inspirée de faits réels:
« A proximité de Timbuktu (Tombouctou), tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible, dans les dunes, entouré de sa femme, Satima, sa fille,Toya, et d’un petit berger, Issan.
En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes, qui ont pris leur vie quotidienne en otage. Fini la musique et le football, les cigarettes et même les … simples rires… Surtout, les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent, chaque jour, leurs sentences absurdes et tragiques.
Kidane et les siens semblent, un temps , épargnés par le chaos de Timbuktu. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue, accidentellement, Amadou, le pêcheur, qui s’en est pris à « GPS », sa vache préférée. Au plus grand chagrin de sa femme et de sa fille, qu’il ne pourra plus protéger, il doit alors faire face, avec courage, aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs »! …
… Un courage que Abderrahmane Sissako souligne dans ses propos: « Le cinéma me permet, notamment dans l’écriture, de voir dans chaque personnage une force, un courage qu’on n’a pas. Ma source de vie et de création se situe dans les rencontres … avant, pendant et après le film. Tout, au final, devient une quête de soi-même » (propos recueillis par Fabienne Bradfer).
Retour à Timbuktu, pour constater que ses 100.000 habitants sont ainsi pris en otage, ne pouvant plus s’amuser, chanter, jouer au football… Et là intervient une des scènes les plus fortes de ce film, qui mériterait, amplement, une plus grande diffusion, notamment via les grands complexes cinématographiques de nos grandes villes. Ainsi, l’on voit des enfants qui courent, comme dans un vrai match, après un ballon invisible, sous les yeux médusés de djihadistes armés jusqu’aux dents. Et le réalisateur d’ajouter: « Dans l’obscurantisme, on peut interdire le football, mais la résistance est dans l’imaginaire de ces gamins… Dans l’obscurantisme, on peut interdire de chanter, mais la résistance, c’est chanter dans sa tête. Pour moi, c’est cette beauté là qui va triompher » (propos recueillis par Fabienne Bradfer).
… Espérons le de tout coeur, en n’oubliant pas, non plus, les destructions, dont Timbuktu, « la ville aux 300 Saints », fut victime en 2012: sur 16 monuments figurant sur la liste du « Patrimoine mondial de l’UNESCO », 14 furent détruits!!! … Aujourd’hui l’ « UNESCO » dirige les travaux de reconstruction à l’identique de ce fabuleux patrimoine malien.
Et pour mieux s’imprégner de cette ville historique, « Bozar » vous invite à visiter, entre 10 et 18h., jusqu’au 22 février, son exposition « Timbuktu Renaissance ». Outre deux vidéos et un intéressant montage de photos numériques (nous dévoilant aussi bien des cartes postales datant du début du XXème siècle que des portraits actuels d’autochtones, dans leurs activités quotidiennes), nous pouvons admirer, préservés des destructions de 1982, datant de plusieurs siècles, quelques manuscrits d’une inestimable valeur culturelle, couvrant de nombreuses sources de savoir (sciences, politique, droit, …).
Extraits d’un manuscrit:
« Le sel vient du sud, l’argent du pays des Blancs, mais la parole de Dieu et les trésors de la sagesse, on ne les trouve qu’à Tombouctou » (proverbe d’Afrique de l’Ouest ou du Soudan). « Les tragédies sont dues aux divergences et au manque de tolérance. Gloire à Celui qui crée la grandeur à partir de la différence et fait régner la paix et la réconciliation » (El Hadj Omar Jal).
Mais avant de découvrir cette exposition (entrée libre), n’oubliez pas de voir le film d’Abderrahmane Sissako, tourné sous haute surveillance, afin d’éviter tout risque d’enlèvement, de nombreux Occidentaux collaborant à sa réalisation, en n’oubliant pas qu’à Timbuktu, comme en Syrie, c’est l’Islam qui est pris en otage, le Coran enseignant la tolérance, l’amour de l’autre! … « Inch Allah »! …
Yves Calbert.



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