L’Année de Flore
Jusqu’au 28/02/’15, à l’occasion du 350ème anniversaire de la « Confrérie de Ste.-Dorothée », patronne des fleuristes et des jardiniers, la « Société Royale Linnéenne et de Flore de Bruxelles », née en 1935, nous propose, aux « Halles St.-Géry », une exposition didactique, « Bruxelles, Capitale de Flore », réalisée par l’asbl « Année de Flore », nous révélant:
– 1. le cadre historique de l’horticulture belge, qui opposait, au XIXème siècle, l’esprit élitaire des membres de la « Société de Flore », créée en 1822, aux horticulteurs, fondant, en 1835, la « Société Linnéainne de Bruxelles », ces deux Sociétés fusionnant à l’occasion de l’ « Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles »;
– 2. le naturaliste-collecteur du 19ème siècle, aventurier de l’horticulture, devient importateur de plantes exotiques, d’abord glanées en Amérique du Sud, qui, à Bruxelles, se vendent, parfois, à des prix exorbitants, l’importateur devenant ainsi un notable, grâce à ses collecteurs méconnus, l’horticulture bruxelloise étant, dès avant 1850, internationalement réputée;
– 3. l’orchidée dans tous ses états, celle du genre Ophrys constituant un leurre sexuel, son parfum attirant les insectes mâles de quelques espèces, qui vont tenter de s’accoupler avec son pétale supérieur de la corolle, appelée le « labelle », certaines espèces australiennes et chiliennes attirant d’une manière similaire leurs pollinisateurs;
– 4. Alphonse Goossens (1866-1944), peintre d’orchidées, voit ses oeuvres publiées dans de nombreuses revues horticoles de l’époque, peignant ces plantes vivantes, notamment dans les serres de Léopold II, à Laeken, de Raoul Warocqué, à Mariemont, du Baron Dietrich, à Val Duchesse, …, ses aquarelles originales se caractérisant par leur grande finesse;
– 5. le « Parc Tenbosch », mis en valeur, à Ixelles, par « Bruxelles Environnement », la Région de Bruxelles-Capitale acquérant ce parc en 1982, pour l’ouvrir au public en 1986, alors que dès 1953, un chef-jardinier, formé à Mariemont, Hector Noyer a l’idée de développer un arboretum (fort, désormais, de près de 50 arbres exceptionnels, son « Laurier de Californie » étant unique en Belgique), rassemblant des essences rares et intéressantes (souvent achetées aux pépinières Hilier en Angleterre), comme le ferait un collectionneur.
Des photos nous montrent des orchidées d’Amérique du Sud à l’Asie, en passant par l’Afrique, où, poussant sur certains troncs d’arbres, elle se trouvent, aujourd’hui, mises en danger par la destruction des forêts équatoriales, celles-ci étant superbement mises en valeur, au coeur des « Halles St.-Géry », par une installation interpellante de 7 dessins de 6 m de haut, authentique univers forestier en suspension. Réalisée par Véronique Goossens (°1956), authentique descendante du peintre des ochidées (évoqué plus haut), lauréate 2013 de la triennale de la nature « Estampadura », cette installation baptisée « (In)soutenable », évoque ce côté « insoutenable » de la dégradation aussi inéluctable qu’inquiétante de cette forêt équatoriale, cette déforestation étant l’une des causes du réchauffement climatique de notre planète.
Son travail à l’encre de chine, tout en dégradés de gris, est en total contraste, volontaire, avec la luxuriance colorée des aquarelles présentées au sein de l’exposition. Ces dernières sont-elles presque, désormais, des images du passé? Assurément, le présent des orchidées poussant sur les arbres, en forêt équatoriale, se voit en gris, ce que l’artiste rend parfaitement au travers de son oeuvre!
« Véronique Goossens sème les indices: secrets mis à nu, plaies palpitantes. Son travail trouble. Il oscille entre force et fragilité, fait écho et secrète un étrange parfum ontologique. Et voilà le spectateur confronté à l’émergence de ses tumultes et de son silence intérieur » (Michèle Minne).
Afin de conserver, chez soi, une trace de son oeuvre, cette dessinatrice-peintre a pris la plume, afin de nous proposer un petit ouvrage broché, dans lequel, illustré de reproductions partielles des dessins de son installation, elle nous rapporte différents témoignages d’autochtones, de voyageurs, de scientifiques, d’écrivains, sur la disparition progressive de cette si jolie et si utile forêt équatoriale, réel poumon de notre planète.
Extraits: « Chacun d’entre nous recèle en lui une forêt vierge » (Virginia Woolf/ »Les Vagues »/1931).
« Petit à petit, la forêt de la région de Pastaza fait place aux cultures, à l’élevage et aux exploitations minières. Il y a des exploitations de thé, de maïs, de blé, de soja et de palmiers à huile, ainsi que des pâturages. Il y a l’industrie du bois, les scieries. On voit des camions gigantesques sortir de la forêt avec des troncs énormes. Ils éventrent la forêt. Il y a aussi le pétrole » (Alejandra, artiste).
« Je sens bien les menaces qui pèsent sur la forêt et je me sens personnellement concerné par sa destruction, sa disparition et le réchauffement climatique. Couper la forêt rend le sol pauvre. Il existe bien quelques mesures visant à assurer sa survie, comme la réglementation pour la coupe du bois et la replantation des arbres. Mais, pour ma part, ces mesures restent, pour l’instant, à désirer » (Athanase, natif).
De la splendeur horticole, illustrée par « Bruxelles, Capitale de Flore », relatant 350 ans de passion pour l’horticulture, à l’installation « (In)soutenable » de Véronique Goossens, nous questionnant sur l’indispensable survie de la forêt équatoriale; des aquarelles colorées exposées aux dégradés de gris suspendus; les « Halles Saint-Géry » attendent notre visite, à l’occasion de la la clôture de l’ « Année de Flore », entamée le 21 mars 2014, avec une autre exposition présentée, quant à elle, aux « Galeries Royales Saint-Hubert ».
Ouverture des « Halles St.-Géry »: 10h. à 18h., 7 jours/7. Entrée libre pour l’accès à l’exposition et l’installation. En vente: « (In)soutenable » (Véronique Goossens/ »Les Editions du Vide »/2014/66 p./12€). Pour plus de renseignements: http://www.year-of-flora.be & http://www.veroniquegoossens.be)
Yves Calbert.



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