Summer of photography

Jusqu’au 31 août, l’ « Eté de la Photographie », nous est offert, à « Bozar » et dans une vingtaine d’autres lieux.
Principale exposition de cette 5ème biennale, découvrons « Femmes. L’Avant-Garde féministe des Années ’70. Travaux de la Sammlung Verbund, Vienne », ses 450 oeuvres, réalisées par 29 artistes féminines, originaires de différents pays. Comme l’écrit la commissaire, Gabriel Schor, directrice de la « Sammlung Verbund » (la « Verbund » étant la principale compagnie d’électricité autrichienne), « l’Histoire de l’art montre que l’image de la femme est le produit de projections masculines », jusqu’à la manifestation du courant féministe d’avant-garde des années ’70, où, « pour la première fois dans l’histoire de l’art, l’image des femmes était créée par des femmes. … de nombreuses artistes (de ce) courant, ainsi que leurs oeuvres (étant) encore à découvrir ».
« Pour ces femmes artistes, travailler avec ces nouveaux médias est comme une libération, car la photo, la vidéo et la performance n’ont pas encore d’histoire et ne font pas encore partie des traditionnels cannons artistiques masculins ».
Au niveau des performances, notons, dans la salle d’accueil de l’exposition, celle de Valie Export (°1940/Autriche) qui, « un pantalon troué à l’entre-jambes et un fusil à la main, parcourt les allées d’un cinéma porno pour confronter le voyeurisme masculin à la réalité féminine ». A côté de cette photo noir-et-blanc, une vidéo, « Cinema du Toucher », de la même artiste, la présentant, en rue, avec une boîte, terminée par deux petits rideaux noirs, recouvrant sa poitrine dénudée. Aux passants, s’ils le souhaitent, d’engager une main au-delà des rideaux, pouvant ainsi toucher l’artiste dans son intimité.
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En parallèle à cette performance, notons une photographie noir-et-blanc (cfr. ci-dessus) de Birgit Jürgenssen (1949-2003/Autriche), auteure de pas moins de 3000 travaux divers, « Houswives’ Kitchen » (1975), où l’on voit une dame portant sur elle, tel un tablier, une cuisinière. « Surfant sur la seconde vague du féminisme, l’artiste veut ainsi montrer qu’elle porte le lourd fardeau du rôle unidimensionnel de la femme au foyer attribué à la gente féminine par le patriarcat ». Certains y vient, également, une métaphore de la grossesse. Sur fond neutre, nous retrouvons l’esthétique de la photo d’identité. Outre d’autres fort intéressantes photographies – comme ce « Nid d’oiseau » (1979), posé sur l’entre-jambes d’une dame assise, avec deux oeufs, … symbolisant ironiquement un rapprochement hétérosexuel -,  des dessins et … chaussures décorées sont, aussi, exposés par Birgit Jürgenssen. 
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Ana Mendieta Untitled (Glass on Body Imprints), 1972/1997 Color photograph (from a series of 6) © Estate Ana Mendieta / SAMMLUNG VERBUND, Vienna
« A travers son oeuvre (cfr. l’une de ses photographies ci-dessus ndlr), « Glass on Body Imprints » (1972), Ana Mendieta (1948-1985/Cuba & Etats-Unis) plaque son visage et son corps contre une vitre, les pressant jusqu’à les déformer à l’extrême ». Dans sa performance « Change (1974/Pologne), visible en vidéo, Ewa Partum (°1945/Pologne) grime la moitié de son visage en vieille femme, mettant en scène le processus de vieillissement de la femme qu’elle confronte à l’idéal de beauté », nous expliquant : « J’ai voulu donner à l’art féministe une orientation viable, explique-t-elle, pour que les femmes puissent entrer dans l’histoire de l’art avec leurs propres créations. A cette fin, il n’existe rien de plus authentique que le rapport à son propre corps ».
 
Avec plusieurs  artistes, nous découvrons des références bibliques. Ainsi, avec Francesca Woodman (1958-1981/Etats-Unis) et son oeuvre « Untitled, Rome » (1978), dévoilant un corps féminin se tordant sur le sol, une robe attachée à un mur par ses deux épaules, rappelant Saint-Barthélemy, tenant sa propre peau, tel un deuxième corps à endosser. Avec Hanah Wilke (1940-1993/Etats-Unis) et son « Super-T-Art », c’est Marie-Madeleine qui est évoquée au travers d’une mise en scène de 20 photos présentant une femme drapée de blanc, se déshabillant peu à peu, avec certaines poses copiant l’iconographie chrétienne.
 
Parmi les autres photgraphes présentées, citons : Lili Dujourie (°1941/Belgique), Renate Bertlmann (°1943/Austria), Ulrike Rosenbach (°1943/Germany), Annegret Soltau (°1946/Germany), Cindy Sherman (°1954/Etats-Unis), … qui, toutes, abordent leurs propres thèmes, s’exprimant de manière directe et spontanée dans les nouveaux médias de l’époque, une réelle libération pour ces artistes féminines.
 
Jusqu’au 31 août, « Bozar » vous invite, également, à découvrir :
– « Where we ‘re at », rassemblant, en collaboration avec le « Musée royal de l’Afrique centrale », des oeuvres des années ’80 jusqu’aux années 2010, de 15 photographes et vidéastes féminines originaires d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, exprimant une réelle « passion pour les récits féminins et leurs positions dans l’art contemporain » (Christine Eyene, commissaire).
– « The Word Magazine presents the Belgian Six » présentant les narratives singulières actuelles de trois artistes féminins (Bieke Depoorter, Sarah Eechaut & Hana Miletic) et trois artistes masculins (Sébastien Bonin, Maw Pinckers et Davis Widart).
 
Ne pas oublier, non plus, entre autres :
– « De Markten » et les photographies de l’artiste roumain Matei Bejenaru, avec la collaboration de l’ « Institut culturel roumain », jusqu’au 31 août.
– « Alliance française Bruxelles-Europe » présentant, avec »Colored Only », les photographies d’Hélène  Jayet, originaire du Mali, qui découvre un morceau d’Afrique au coeur de Paris, avec l’objectif de changer la vision que nous avons des Africains, la manière dont on en parle, écrivant : « c’est très important de se sentir beau, la difficulté pour aussi affronter le racisme, l’indifférence, la difficulté qu’il y a à vivre ici ».
– « Espace photographique Contretype » et le travail de « Sept Femmes en Résidence » : Isabelle Arthuis & Marie-Noëlle Boutin (Fr.), Elia Brotherus (Fin.), Sari Ember (Hong.), Isabelle Hayeur (Can.), Chantal Maes et Enka Vancouver (Bel.), une exposition ouverte jusqu’au 28 septembre.
– « Centrale for Contempory Art », avec « Ria Pacquée & Emmeline de Mooij », jusqu’au 28 septembre, ces deux photographes questionnant, de manière subtile, les relations de genres, thème même de cet « Eté de la Photographie ».
 
Pour plus de renseignements, rendez-vous sur le site du festival : http://www.summerofphotography.be, ou sur http://www.bozar.be.
 
Yves Calbert.

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