UN OURS, BENOIT POELVOORDE, UNE SOURIS ET PAULINE ETIENNE RECOIVENT LEURS « MAGRITTE »

Poelvoorde
A Cannes, les « stars » du cinéma montent les marches sur un tapis rouge, alors qu’à Bruxelles, l’on … descend les marches sur un tapis bleu. Mais au premier rang du « Square », l’on retrouvait, côte à côte, pour un soir, politiciens bleus et rouges, avec notre Premier, Elio Di Rupo, et nos Vice-Premiers, Didier Reynders, Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet, ainsi que le Prince Laurent et, bien sûr, Fadila Lanaan, récemment honorée comme « Officier de la Légion d’honneur » française, pour sa politique en faveur de la diversité culturelle (sic !!!) , tout au long de ses dix dernières années, en sa qualité de Ministre de la Culture de la Communauté française de Belgique.
… Mais bon, le cinéma n’étant pas, malheureusement, que rêves, actions, romantisme et paillettes, le comédien Fabrizio Rongione, animateur de la 4ème cérémonie des »Magritte du Cinéma », se fit le porte parole, face à nos politiciens, de ceux qui donnent vie au cinéma belge, inquiets quant à leur nouveau statut précaire d’artiste. Recevant leurs prix, plusieurs acteurs et réalisateurs confirmèrent leur inquiétude quant à l’avenir de notre cinéma, au risque que certains, faute de garanties financières, doivent s’orienter vers d’autres professions. Et qu’en sera-t-il du « tax shelter », si utile au développement de notre cinéma ? Remettant un « Magritte », Philippe Geluck « enfonça le clou » en s’adressant directement aux ministres présents, leur demandant de « continuer à penser à la culture, aux artistes et à la création après les élections ». Puisse Elio Di Rupo, lui-même impliqué dans le monde du cinéma, par sa position de président-fondateur du « Festival International du Film d’Amour », porter attention à cette problématique!
Voila qui devait être dit et écrit! … Passons donc aux « Magritte » distribués cette année, soulignant que, sélectionné pour les « Oscars », dans la catégorie « Animated Feature Film » (cfr. www.oscar.go.com), les membres de l' »Académie Delvaux » se devaient d’attribuer le « Magritte du Meilleur Film » – pour la première fois décerné à un dessin animé – à un ours et à une souris, prénommés « Ernest et Célestine » (79′, 2012), de Stéphane Aubier, Vincent Patar et Benjamin Renner, les deux premiers cités – bien connus depuis leurs « Pic Pic André » (« The first », 7’30, 1995, Prix pour l’Animation du « FIFF », à Namur, et « The second », « 11’30 », 1999, Prix du Public de »Média 10/10″, à Namur, et « Panique au Village » (76′, 2009, nominé pour le « César du Meilleur Film étranger » ). En prime, Stéphane et Vincent se voient octroyés le « Magritte des Meilleurs Réalisateurs » (le troisième étant français, il ne peut être repris dans le palmarès).
Deux « Magritte » donc pour « Ernest et Célestine » et leurs réalisateurs belges, qui se sont connus à Liège, à l »IInstitut des Beaux-Arts », avant d’être tous deux diplômés de l' »Ecole supérieure des Arts visuels de la Cambre », à Bruxelles. Une belle expression, toute en simplicité, de Vincent Patar, recevant son second « Magritte », ce 1er février 2014 : « c’est trop », ajoutant : « pour une fois, nous sommes prophètes dans notre pays »! … Quant au coréalisateur français, Benjamin Renner, ces deux collègues lui ont remis l’un des deux « Magritte ». Désormais, pour eux trois, toutes nos pensées se tournent vers Holllywood!
Notons encore que l’un de leurs producteurs, Vincent Tavier, fut de l’aventure de « C’est arrivé près de chez vous » (96′, 1993), qui voyait, en long métrage, les débuts d’un autre duo, de Namurois, cette fois, le réalisateur Benoît Mariage et l’acteur Benoît Poelvoorde, actuellement en salles, avec leur dernier film, « Les Rayures du Zèbre » (80′, 2014), ce qui nous amène à célébrer, en son absence sur scène, la première récompense, en vingt-cinq ans de carrière, décernée à Benoît Poelvoorde, « Magritte du Meilleur Acteur », dans « Une Place sur la Terre » (100′, 2013), de Fabienne Godet.
A noter, pour l’anecdote, que les deux derniers « Magritte du Meilleur Acteur », Benoît Poelvoorde, en 2014, et Bouli Lanners, en 2013, se retrouvèrent dans l’équipe de Stéphane Aubier et Vincent Patar, afin de prêter leur voix à des personnages de « Panique au Village », en 2009. Une bien belle collaboration entre de grands protagonistes du cinéma belge.
Un troisième « Magritte », celui du « Meilleur Son » est octroyé pour le film « Ernest et Célestine », à E. de Boissieu, F. Demolder, F. Piscopo et L. Thomas.
Quant à la seule grande surprise des « Magritte, cette année, elle nous vient du « Magritte de la Meilleure Actrice », décerné à Pauline Etienne, dans « La Religieuse » (114′, 2013), de Guillaume Nicloux.
A noter, encore, que la dernière « Palme d’Or » de Cannes, « La Vie d’Adèle » (179′, 2013), d’Abdellatif Kechiche, reçoit le « Magritte du meilleur Film étranger en Coproduction ». Pour son jeu d’actrice dans ce même film, Catherine Salée obtient le « Magritte du meilleur second Rôle féminin ».
Deux « Magritte », également, pour « Tango libre » (97′, 2013), de Frédéric Fonteyne, nominé à douze reprises, ceux du « Meilleur Scénario », pour Philippe Blasband et Anne Paulichevitch, et « Meilleurs Décors », pour Véronique Sacrez.
Enfin – « Lion d’Or de la première Oeuvre », en 1981 (« Te souviens-tu de Dolly Bell? ») et « Lion d’Argent du Meilleur Réalisateur, en 1998 (« Chat blanc,Chat noir »), à la Mostra de Venise; « Ours d’Or », en 1993 (« Arizona Dream ») , à Berlin; deux fois « Palme d’Or », en 1985 (« Papa est en Voyage d’Affaires ») et en 1995 (« Underground »), à Cannes, où il reçoit, aussi, en 1989, le « Prix de la « Mise en Scène » (pour « Le Temps des Gitans »)  -, le réalisateur serbe Emir Kusturica se voit attribué le « Magritte d’Honneur ».
Mais, retour au cinéma belge, avec Emilie Dequenne, découverte, en 1999, par les frères Dardenne (dans « Rosetta »), « Magritte de la Meilleure Actrice » (dans « A perde la Raison »), l’an dernier, et , ce samedi soir, Présidente de la 4ème Cérémonie des « Magritte du Cinéma », se disant « née en plein babyboom du cinéma belge »,citant Jacques Brel : « Le Talent ça n’existe pas. Le talent c’est avoir envie de faire quelque chose ». Laissons lui donc le mot de la fin : « Faire un film, c’est faire de la résistance, un long chemin que l’on met plusieurs années à parcourir », un rappel de la sécurité d’emploi qu’il convient d’offrir aux artistes impliqués dans le monde de notre cinéma belge dont les « Magritte » assure la propagande, en Belgique comme à l’étranger.
Autres « Magritte du Cinéma » attribués en 2014 :
– Meilleur Espoir féminin : Pauline Burlet (dans « Le Passé », d’Asghar Farhadi)
– Meilleur Espoir masculin : Achile Ridolfi (dans « Au Nom du Fils », de Vincent Lannoo)
– Meilleurs Costumes : Catherine Marchand (pour « Vijay and I »)
– Meilleur second Rôle masculin : Laurent Capelluto (dans « Le Temps de l’Aventure »)
– Meilleur Court Métrage : « Welkom » (de Pablo Munoz Gomez)
– Meilleur Documentaire : « La Nuit qu’on suppose » (de Benjamin d’Aoust)
– Meilleure Image : Hichame Alaouie (pour « Les Chevaux de Dieu »)
– Meilleur Montage : Marie-Hélène Dozo (pour « Kinshasha Kids »)
– Meilleure Musique : Ozark Henry (pour « Le Monde nous appartient »)
– Meilleur film flamand en cproduction : « Kid » (de Fien Troch)
– Meilleur premier Film : « Une Chanson pour ma Mère » (de Joël Franka)
Yves Calbert.

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