JANE EVELYN ATWOOD AU « BOTANIQUE »
Le « Botanique » nous propose, jusqu’au 12 janvier inclus, de poignants reportages, en noir-et-blanc ou en couleurs, réalisés par Jane Evelyn Atwood, née à New York et établie en France depuis 1971. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer, n’hésitant pas à vivre au contact de ses sujets sur de longues périodes.
A peine entrés dans la salle d’exposition, nous nous retrouvons face à une série de photographies, en noir-et-blanc, présentant des aveugles, ce qui amène l’artiste à écrire : « photographier des gens qui ne peuvent pas voir m’oblige à voir autrement ».
A la demande d' »Handicap International », elle se rend au Cambodge,en 2000, afin d’effectuer un reportage sur l’extrême cruauté des mines antipersonnel touchant, statistiquement, plus de 85% de civils, dont de très nombreux enfants. Des portraits saisissants d’individus réussissant à survivre, les chairs déchiquetées, avec ou sans prothèse, mutilés pour toujours, que ce soient en Angola, en Afghanistan, au Kosovo ou au Mozambique où Jane Evelyn Atwood nous emmène également!
Très touchant son approche de Jean-Louis qui, atteint par le Sida, fut le premier Européen à accepter d’être photographié afin que la presse puisse donner un visage à cette atroce maladie. Vivant chez lui dès la mi-juillet 1987, jusqu’à son transfert à l’hôpital, un mois plus tard, où il décédera en novembre, la photographe pu rendre au mieux les moments les plus pénibles vécus par Jean-Louis qui, très digne, jamais ne lui demanda d’arrêter son reportage. L’exposition présente, outre des photos originales, une sélection d’articles illustrés publiés dans d’importants magazines internationaux.
Une approche semblable permit à la photographe de réaliser un reportage dans pas moins de quarante prisons de femmes, dans neuf pays européens, à l’Est, notamment, ainsi qu’aux Etats-Unis. Bien vite, elle pu témoigner que nombre de femmes purgeaient une peine des suites d’actes commis par un homme. Traitées, en prison, comme des citoyennes de seconde zone, elles sont trop souvent humiliées par leurs gardiens (nes). Des craintes de représailles, nombre de prisonnières ont refusé de participé à ce travail. D’abord portée par sa curiosité, l’artiste fut prise d’une authentique rage qui ira jusquà la porter à intervenir personnellement dans le cas d’une condamnée à mort américaine. Sa peine ayant été ramenée à la prison à perpétuitè, des lettres émouvantes de remerciements de cette dame à sa photographe sont présentées dans une vitrine.
Bien davantage qu’une simple expo de photos, nous nous trouvons ici en communion avec une artiste de coeur, récompensée par de nombreux prix dans différents pays, qui prend le temps de rencontrer ses sujets, dans des conditions souvent peu agréables. Un témoignage exceptionnel qui aborde, également, les prostituées parisiennes de la rue du Lombard, en 1976, ainsi que la vie quotidienne à Haïti, là où la presse n’était pas présente, entre 2005 et 2008, puis après le tremblement de terre, en 2010. A voir, assurément!
Yves Calbert.

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