« CORPS DE L’INDE », EUROPALIA A BOZAR JUSQUE DIMANCHE !

Si vous ne l’avez pas encore vue ou si vous ne souhaitez voir qu’une seule exposition d' »Europalia India », celle que vous ne pouvez manquer se nomme « Corps de l’Inde » et est présentée jusqu’au 05 janvier au « Palais des Beaux-Arts » (« Bozar ») de Bruxelles.
En gravissant les marches intérieures de « Bozar », vous voyez deux représentations à la « Bolywood » (l’Hollywood indien) de Ganesh d’abord, puis de la désse Durga. Un cinéma qui est évoqué, à nouveau, parmi les dernières pièces exposées, par une photo en noir et blanc, sur l' »Erotisme féminin (très discret, ndlr) dans le Cinéma indien ».
pic: europalia.eu

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Le premier des huit thèmes abordés est celui de la mort, étape ultime pour le corps, qui, « dans les mouvements rituels et dans sa relation organique avec le cosmos, reflète les forces créatrices »,forces qui sont le troisième thème proposé, celui de la « (re)naissance », avec le « re » de la réincarnation, selon les croyances de l’hindouisme. Ici des statues de mères, telle celle de la « Calunda » nous dévoilent un visage agressif de « dangereuse protectrice ». Une autre, « La démone Putana », nous la montre prête à allaiter Krisna. Ayant enduit ses seins de poison, croyant ainsi pouvoir tuer l’enfant, c’est elle qui décède, d’où une statue avec une Putana aux deux troncs, l’un bien vivant, l’autre étendu, emporté par la mort. Plus simple, très joliment sculptée, une « Femme accroupie accouchant avec l’Aide de deux Servantes ». Aux cotés de ces statues, des gouaches sur papier, dont une « Nativité de Marie », ou sur coton, dont une « Naissance du Prophète Muhammad », nous prouvant que les Indiens sont ouverts aux autres religions. Bien sûr, le bouddhisme est largement évoqué, nous montrant que Bouddha peut être représenté par un trône vide ou sous la forme d’empreintes de pieds, de même que Vishnu et Shiva peuvent prendre différentes formes.

Outre des tissus peints à la main datant du milieu du XXème siècle, comme ce « Ramayana Kalamkari », qui rappelle nombre d’oeuvres semblables, peintes durant le  XVIIIème siècle; remarquons une impression offset « Barathuddhar », où le dieu Shiva, à quatre bras, est représenté avec la tête de Gandhi; soulignons la présence d’autres oeuvres contemporaines, telle celle de Subodh Gupta, en forme ovoïde, proposant des ustensiles inoxydables de cuisine, « la surface fragmentée reflétant l’univers dans son état fluctuant »; ou encore une projection interactive, par Shilpa Gutpa, dont nous devenons les acteurs. Ainsi, au départ, une toile blanche, qui s’anime par le jeu d’ombres de nos silhouettes, celles-ci se transformant, selon nos positions dans l’espace, nos mouvements de têtes ou de bras, qui disparaissent par une surimpression de formes diverses, ne laissant « aucune trace de la personne, ni aucune place pour elle ». A essayer, assurément, afin de donner vie à cette oeuvre.
La musique et la danse sont évoquées, notamment par une aquarelle sur papier, datant du XIXème siècle, durant la période britannique, « Groupe de Musiciens », ou par la fine esthétique de « Natraja », un bronze dansant, du 10ème siècle, haut de 97 centimètres, Shiva dansant « pour détruire le monde corrompu », d’où l’importance de cet art dans la tradition indienne. A ce niveau, un film nous montre l’exécution de danses sacrées au Laddhak et un second au dur entraînement à la danse rituelle de jeunes indiens. Un autre thème développé est l’ascétisme, « un renoncement aux possessions matérielles et au pouvoir ».
Outre d’intéressants bijoux ethniques, notons la présence de quelques masques provenant du « Crafts Museum » de Delhi. De cette même capitale, le « Musée National » propose, ici à « Bozar », un grand nombre d’oeuvres, de nombreux musées indiens et de quelques européens participant également au succès de cette exposition.
De statuettes de femmes, datant de 2500 av. J.-C., à cette projection interractive, pensée en 2006, le « Corps de l’Inde » nous offre donc plus de 4500 ans d’histoire de l’art. De ces mêmes statuettes hautes de quelques centimètres, nous pouvons passer à cet imposant Rahutta, sculpté en bois, durant la fin du XVIIIème siècle, mesurant 4,35 mètres de haut. Mieux encore, grâce à un film, nous voyons Gomateshvara Bahubali, haut de 17,4 mètres, sculpté en pierre monolithique, dans le Karnataka, à Sravabelgola, du XVIIème au XIXème siècles. Nous le découvrons aspergé, tour à tour, par les fidèles, de poudres de coco, de bois de santal, de curcuma, de riz, de lait, de jus de canne et de pétales de fleurs, durant une cérémonie qui se déroule tous les huit ans, la prochaine édition de cette cérémonie devant se dérouler en 2014! … Avis aux « grands voyageurs » qui voudraient donner une suite sur le terrain à cette superbe exposition! …
Prix d’entrée : 14€, audioguide inclus. Bilet combiné avec « Indomania » : 23€, audioguide inclus. Catalogue richement illustré, Ed. « Ludion », 360 pages : 34€90. Prix réduits et autres renseignements sur : http://www.europalia.eu.
Si vous vous contentez de rester à Bruxelles, notez une date dans votre agenda, celle du 12 janvier, à 19h.00, pour assister, à « Bozar », a une représentation du « kathakali », théâtre dansé originaire du Kerala, l’école du « Kalamandalam » étant l’une des principales institutions des arts anciens indiens. Un extrait du « Ramayana », le « Mahabali », sera à l’affiche, mettant en valeur le jeu particulièrement exigeant de l’acteur, toutes les subtilités et nuances de son art étant exercé en résidence, où les élèves vivent en communauté avec leurs maîtres. A voir, absolument! Prix d’entrée : 22€00. Réservations sur : http://www.bozar.be.
Yves Calbert.

 

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