14-18 A NAMUR (1): GEORGE GROSZ
14-18, à Namur, avec George Grosz
Jusqu’au 05 janvier 2014, la Province de Namur, anticipant quelque peu sur le calendrier des manifestations consacrées au centenaire de la « grande gerre », propose quatre expositions sur le thème de la guerre 14-18, deux d’entre elles révélant le ressenti d’artistes allemands, George Grosz (1893-1959), au « Musée Félicien Rops », et Otto Dix (1891-1969), à la « Maison de la Culture ».
George Grosz , l’un des maîtres de l’expressionisme allemand, né à Berlin, s’engage, en 1914, comme volontaire de guerre. Déclaré inapte au service pour raisons de santé, il est rappelé comme réserviste en 1917, avant d’être définitivement réformé, suite à une dépression, échappant de peu à une exécution, certains considérant qu’il n’était qu’un déserteur.
La première oeuvre exposée est dédicacée à Félicien Rops. Pour peu l’on pourrait d’ailleurs penser que cette lithographie a été réalisée par le peintre namurois, tous deux développant de semblables talents d’illustrateurs. Né sous le nom de Georg Gross, par haine de son pays, il s’américanise en se faisant désormais appeler George Grosz.
En 1920, il participe à sa première exposition du mouvement « Dada » et publie son portfolio « Got mitt uns », suivi en 1928 d’un autre, titré « Hintergrund », ce qui lui vaut d’être poursuivi en justice dans son pays d’origine, qu’il fuit en 1933, avant l’arrivée au pouvoir des Nazis, pour s’installer à New York, où il recevra la nationalité américaine en 1937. En Allemagne, ses écrits sont brûlés.
La même année, 285 de ses oeuvres, exposées à Munich, sont saisies et détruites, pour la plupart, de même que ses écrits, alors qu’il est déchu de la nationalité allemande. A l’opposé, en 1941, il est honoré par le « Musée d’Art moderne » de New York. Enseignant la peinture dans sa ville d’adoption, il réalise des illustrations pour « The New Yorker » et « Vanity Fair ». Acclamé et couvert d’honneur, il revient, enfin, à Berlin en 1959, où, victime d’une crise cardiaque, il décède la même année.
Dans son autobiographie « Un petit oui et un grand non », traduite en français en 1946, il écrit : « Que dire de la première guerre mondiale, à laquelle je pris part comme fantassin? Cette guerre, dès le début, je ne l’aimais pas, elle m’était parfaitement étrangère. Politisé, je ne l’étais pas, mais j’avais tout de même été élevé avec des valeurs humanistes. Pour moi, la guerre était synonyme d’horreur, de mutilation, d’anéantissement ». Pour lui, « les hommes étaient des porcs » et il en était arrivé à avoir « une haine démesurée de l’espèce humaine », écrivant encore : « Ces images d’apocalypse portent en elle le dualisme du monde, … ce sont des images de mort, d’embrasement, d’horreur et encore de mort » .
Parmi la cinquantaine d’oeuvres exposées au « Musée Félicien Rops », notons deux représentations du « Christ en Croix », l’une se trouvant au rez-de-chaussée, l’autre au premier étage, le Christ portant des bottes militaires aux pieds et un masque anti-gaz sur le visage. Autres tableaux de guerre, particulièrement réalistes, en réaction, cette fois, à la guerre civile espagnole, son encre « Combat rapproché » (1936) et son aquarelle « Caïn et Abel » (1938). Illustrant un ouvrage de Berthold Brecht, évoquant la Place Rouge de Moscou, une autre encre, « Les trois Soldats » (1932). Métaphore de ces cruautés, une autre aquarelle, « Boucherie » (1932), toute guerre en étant une.
Tout à l’opposé de cette violence, des suites de deux séjours à Paris, en 1913 et en 1924, année de sa première exposition dans la « Vile lumière », « Promenade dominicale » (1925), nous montrant la promenade d’une famille coquètement apprêtée.
Dévoilant son attachement aux plus démunis, l’oeuvre intitulée « Les Brigands » (1922) nous dévoile une femme dévétue, squelletique, faisant face à un homme particulièrement enrobé, fumant son cigare, une bouteille de champagne posée sur la table, à l’avant plan de nombreux billets et pièces qu’il ramène à lui. De même, « A little Child shall lead them », dévoilant un enfant avec une mitraillette, au pied d’un homme assis dans un fauteuil, fumant un cigare, une bouteille d’alcool à la main, avec, à sa droite, debout, un autre homme, mince, tête baissée, un bol de potage dans ses mains. Nombre de ses oeuvres opposent, ainsi, la misère à l’opulence capitaliste.
Evoquant la prostitution dans la « Friedrichstrasse » berlinoise, il réalise plusieurs toiles, telles « Celles qui vivent de l’Amour » (1927), une dame voluptueuse attirant d’un clin d’oeil un homme dont les yeux sortent de leurs orbites, « Scène de Bordel » (1927) ou encore « Lady Hamilton » (1923).
Soulignons encore la grande maîtrise des techniques utilisées par Grosz, son trait aéré, réduisant l’action à l’essentiel, lui qui écrivit : « Pour parvenir à un style restituant la dureté et l’insensibilité de mes objets d’une manière radicale et sans fard, j’étudiais les manifestations les plus immédiates de la pulsion artistique. … C’est ainsi que je parvins progressivement au style tranchant comme un couteau, dont j’avais besoin, à l’époque, pour transcrire, sous forme de dessins, mes observations dictées par une négation absolue de l’homme ».
Pour la visite des quatre expositions, les trois autres – sur lesquelles nous reviendrons, notamment sur celle consacrée à Otto Dix -, se déroulant à la « Maison de la Culture » , un billet combiné est proposé : 5€ (prix réduit : 2€50, gratuit pour les moins de 12 ans et les « Art. 27). A souligner, le superbe catalogue, 288 pages, édité par « Pandora Publichers ». Renseignements complémentaires sur http://www.museerops.be.
Yves Calbert.

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