« Éclats de Familles » & autres Expos, au « Musée de la Photographie », à Mont-sur-Marchienne, jusqu’au 27 Septembre
L’été est, assurément, une période idéale pour les familles, ce qui est parfaitement compris par le « Musée de la Photographie », à Mont-sur-Marchienne, qui nous propose, jusqu’au dimanche 27 septembre, de découvrir son exposition « Éclats de Familles », qui tisse, par touches fragmentées, un récit autour du geste de photographier les siens, proposant, sans prétention d’exhaustivité, les éclats multiples de la famille dans la photographie contemporaine belge.
*** « Eclats de Familles » :
Onze photographes belges, ou établis en Belgique, investissent les cimaises du « Musée de la Photographie », avec comme point commun de faire partie de la famille qu’ils photographient, multipliant les filiations et les formes d’appartenance & les regards.

Série « Parfum » © Pascal Sgro
Depuis les premiers battements de la photographie, la famille s’est immiscée, naturellement, au cœur de l’image. Devant l’objectif des daguerréotypes, on se fait souvent photographier avec son entourage. À mesure que les amateurs éclairés explorent les possibilités de l’appareil, les proches – parfois malgré eux – deviennent des modèles improvisés. En 1888, lorsque « Kodak » lance un appareil simple d’utilisation, l’intention est de permettre à chacun de devenir le gardien de ses propres souvenirs, un archiviste discret d’instants saisis au sein du foyer, contribuant à la création de ce que l’on appellera plus tard les « archives familiales ».
Mais comment photographie-t-on aujourd’hui ceux qui nous sont chers ? Quel regard porte-t-on sur les siens, sur les liens qui nous unissent, ou parfois nous échappent ? La photographie familiale continue-t-elle de n’évoquer que des bonheurs figés, ces instants qui ont bien souvent été choisis dans les décennies passées pour remplir les albums ? Ou bien, à l’heure où la notion même de famille se redessine, se réinvente, se cherche ailleurs, l’image devient-elle un outil pour interroger, déconstruire, révéler les failles et les silences ? Et où se situe cette ligne fragile, presque imperceptible, entre souvenir personnel et geste artistique ?
C’est à ces questions que l’exposition « Éclats de familles » tente de répondre, en se tournant vers des photographes contemporains, ceux qui font vaciller les certitudes, qui capturent les éclats – de larmes, de mémoire, de rire, de voix,– d’une famille plurielle, mouvante et parfois réimaginée.
- Chrystel Mukeba immortalise le quotidien de ses enfants, photographie la tendresse des liens familiaux et la profondeur des gestes simples ;
- Pascal Sgro – entre l’Italie de ses origines et la Belgique de son présent – compose un carnet photographique, où le banal devient trace et fragment de mémoire sensorielle ;
- Annabel Werbrouck explore les fragiles équilibres de la rencontre et de l’apprivoisement mutuel entre un enfant et sa famille d’accueil, un foyer, qui devient, peu à peu, lieu de reconstruction ;
- Matthieu Marre nous vient avec es images des proches, cherchant, au fil des années, à révéler une intériorité sensible et une profondeur spirituelle, plutôt que de documenter le réel ;
- Philippe Herbet, marqué par les décès de ses parents, à neuf mois d’intervalle, a orienté son regard photographique vers l’intime, où l’absence se fait palpable ;
- Nick Hannes nous propose un journal visuel, réalisé pendant le confinement, où il saisit les moments de joies simples et inattendus, au cœur de sa famille, dans une époque fortement bouleversée.
- Olivier Cornil, avec un regard singulier, saisit le poids des silences, qui tapisse les liens familiaux ;
- Anne De Gelas , quant à elle, explore la transformation des gestes et des échanges, à mesure que son fils grandit.
- Simen K. Lambrecht revisite la mémoire de sa grand-mère, à travers ses lettres et des paysages ruraux flamands, mêlant fiction, réalité et souvenirs.
- Erell Hemmer, de son côté, aborde le deuil du père et la nécessité de défier l’oubli, en portant une attention particulière au jardin familial, devenu lieu de mémoire.
- Camille Carbonaro, quant à elle, se plonge dans ses racines méditerranéennes, en abordant la transmission matrilinéaire, les gestes, les mémoires familiales et les traditions, un ensemble de préoccupations que l’on retrouve également dans les publications de « Macaronibook », sa maison d’édition.
Soulignons la qualité habituelle de la scénographie, certain.e.s, en complément de leur accrochage, nous offrant des recueils, à feuilleter, d’agrandissements, une cuisine étant même reconstituée, avec des cerises sur la table, la nappe étant partiellement assortie à la couleur de ces cerises …
Éclats de familles tisse, par touches fragmentées, un récit autour du geste de photographier les siens, proposant, sans prétention d’exhaustivité, les éclats multiples de la famille dans la photographie contemporaine belge.
*** « Vincent Catala. Île Brésil » :
Dans la salle sise près de l’entrée du Musée, avec « Île Brésil », nous nous retrouvons dans un Brésil bien distant des flonflons du Carnaval de Rio, nous emmenant bien loin des représentations classiques, voire officielles, du Brésil.

« Vincent Catala. Île Brésil » © Vincent Catala
Résidant au Brésil, depuis quinze ans, le photographe français Vincent Catala (°Paris/1975) a patiemment radiographié, de 2013 à 2023, les trois environnements principaux où il s’est enraciné. Le premier se situe dans la Zone Ouest de Rio de Janeiro, une périphérie distante des représentations habituellement associées à Rio. Le deuxième se joue dans le Grand São Paulo, l’immense périphérie circulaire de la plus grande ville d’Amérique latine.
Le troisième a pour cadre Brasília (et son hinterland), une capitale miniature et périphérique par définition. En photographiant « l’infra-ordinaire » d’un monde désormais devenu le sien, Vincent Catala nous entraîne dans les marges anonymes des trois principales villes brésiliennes. Inlassablement parcourus à pied, en moto ou en bus, ces territoires, ni misérables, ni riches, immenses et peu densément peuplés, sont des espaces que l’on retrouve partout au Brésil, bien qu’ils ne soient jamais montrés. Dans ces lieux sans frontières, ni centres, le sentiment d’isolement n’est pas seulement géographique, mais aussi subjectif, mental.
Dans un texte puissant qu’il a consacré à « Île Brésil », l’écrivain brésilien João Paulo Cuenca (°Rio de Janeiro/1978) propose une explication : « Dans le pays qui n’a pas fait sa révolution et refuse de transformer définitivement en Histoire son passé esclavagiste et ethnocidaire, le progrès est une illusion, les droits ne sont pas garantis et le désespoir n’explose jamais. Les habitants sont comme prisonniers d’un présent permanent, sans conscience du passé, ni projection vers un futur véritablement neuf. »
Régulièrement publié, ayant exposé à Amman, Braga, Cadaqués, Paris, Rio de Janeiro, Sao Paulo, Tbilissi, …, Vincent Catala, membre de l’ « Agence VU’ « , depuis 2014, nous propose, également, de découvrir son installation audiovisuelle, réunissant son et image animée, prolongeant et élargissant l’univers visuel qu’il dépeint.
*** Marcel Bascoulard :
Pendant trente ans, le dessinateur, photographe & poète français Marcel Bascoulard (1913-1978) a exploré son image à travers un protocole rigoureux. Ses autoportraits le montrent adossé à des feuillages, devant des murs délabrés ou dans des arrière-cours. Parfois, il prend place dans un salon bourgeois, vêtu comme une villageoise endimanchée, sacoche au bras. Toujours, il semble chercher à capturer une essence de lui-même, un dialogue silencieux avec son propre reflet.

Autoportrait/Pose 3 (Marcel Bascoulard/24 août 1967) © « Musée de la Photographie »
Son œuvre photographique, longtemps négligée au profit de ses dessins, a failli disparaître. Conservée dans des conditions précaires, elle a survécu malgré les déménagements et les aléas de la vie. Certains négatifs sont perdus à jamais, et des tirages ont été sauvés in extremis des flammes. Pourtant, cette œuvre fragile et miraculeusement préservée nous offre un regard unique sur un artiste, qui, malgré une vie tragique et marginale, ne pouvait sombrer dans l’anonymat.
Loin d’être un autodidacte, cet homme érudit, poète et ancien élève d’une école d’art, a mené une existence hors du commun, marquée par une quête artistique personnelle et marginale, Marcel Bascoulard nous invite à réfléchir sur l’identité, la solitude et la manière dont l’art peut devenir un refuge, un espace de liberté. À travers ses photographies, il continue d’exister, nous laissant entrevoir les fragments d’une vie hors du commun.
Aimant à se vêtir en femme, comme nous pouvons le constater en regardant ses nombreux autoportraits exposés, où il pose dans les tenues qu’il a, lui-même, confectionnées. Ce « clochard magnifique » sera assassiné, en 1978, à Bourges.
*** Michela Cane, dans la « Galerie du Soir » :
En clin d’oeil à la « Coupe du Monde » de football, se déroulant cette année, Jean-Marie Wynants nous présente Michela Cane, qui a réalisé sa série « Chi Ama Non Dimentica » (« Celui qui aime n’oublie pas »), à Naples, une ville italienne vivant dans le culte d’un seul et même dieu du ballon rond : Diego Armando Maradona (1960-2020).

Série « Chi Ama Non Dimentica » © Michela Cane
Lors de la visite de presse, Michela Cane nous confia : « Etant née dans un petit village de 200 personnes dans les Alpes italiennes, à priori, je n’ai absolument rien en commun avec Naples. Dès mes 12 ou 13 ans, j’ai commencé à photographier tout ce qui m’entourait. Notamment dès qu’on partait avec l’école. Ayant grandi dans le monde des smartphones, je photographiais en digital. L’argentique n’est venue que plus tard. »
« J’ai su très tôt que je voulais partir, voir d’autres univers et la photographie m’a aidée à le faire. Je voulais quitter l’Italie. À cause de la manière dont les choses étaient gérées dans mon pays et en raison du fait qu’on y trouve peu d’écoles d’art. Ou alors des écoles ‘professionnalisantes’, où on ne s’intéresse qu’à la photo de mode. Donc j’ai regardé ce qu’il y avait ailleurs et j’ai découvert ‘La Cambre’, à Bruxelles, où il y avait un projet pour la ‘Maison de l’Histoire européenne’, auquel les étudiants participaient. Je devais travailler sur le thème de ‘la fabrication d’un héros’. »
« A l’époque, deux photographes reconnus proposaient des séries sur Jean-Paul II, pour l’un, et Kemal Ataturk , pour l’autre. La religion et la politique ! Qu’est-ce que je pouvais apporter en plus ? Maradona m’a semblé approprié. C’est l’aspect populaire. Et c’est pourquoi j’ai voulu proposer un projet auquel les visiteurs peuvent participer. Dans le foot, ce qui m’intéresse, c’est le regard des gens. La passion. Et ça, on la ressent directement à Naples. »
« Je viens du Nord, mais j’ai des amis très proches à Naples et j’y vais souvent. Son image m’a beaucoup intéressée, de même que ce qu’il a représenté pour les Napolitains. J’ai réalisé toutes mes images durant la semaine anniversaire de sa mort où des événements ont lieu dans toute la ville. Il y a des célébrations, pas très éloignées des célébrations religieuses. Il est fêté comme un dieu, avec des chants à sa gloire. C’est un vrai culte, une vénération qui unifie les gens les plus divers. »
« C’est fou le nombre d’images de lui qui circulent, sous toutes les formes, partout dans la ville. N’importe qui peut aller à Naples, aujourd’hui, et voir ce que j’ai vu. La photo m’a poussée à aller sur les lieux où il a vécu, où des choses importantes se sont passées, dans des bars où on expose comme des reliques des objets qu’il aurait touchés. »
… Et Jean-Marie Wynants, de nous signaler que des « stickers », façon images « Panini » sont disponibles, invitant chacun à prendre part à une gigantesque fresque, en l’honneur de Diego Maradona.
*** « Placeholder » d’Alex Schuurbiers, dans la « Boîte noire » :
Membre fondatrice d’ « Ursula » – un collectif de femmes anversois travaillant avec l’image en mouvement, organisant des rencontres entre artistes, des projections et des expositions, cherchant toujours à créer un dialogue entre leurs œuvres et celles d’autres artistes féministes -, l’artiste audiovisuelle belgo-néerlandaise Alex Schuurbiers (°1990), travaillant à Anvers, nous présente, dans la « Boîte noire », son court métrage « Placeholder » (Belgique-2025-16 m/m-7’46), présenté, en 2025, en avant-première, à Gent, au « Festival Courtisane ».

« Placeholder » © Alex Schuurbiers
« Placeholder » s’ouvre sur une citation de la poétesse Mary Jean Chan (°Hong Kong/1990) : « La plupart des nuits, je rêve du visage de ma mère, tour à tour dur et tendre / Dans un cauchemar, je lui ai crié : Ni toi ni moi ne sommes l’ennemi ! »
Synopsis : Alex Schuurbiers propose une voie pour maintenir l’équilibre face à l’absence : celle d’une mère, d’un souvenir, de quelque chose de tangible. Des mains tiennent des pierres, des mains serrent d’autres mains. Les images oscillent entre rêves et souvenirs, déformées et transformées par le temps.
« Placeholder » a été créé dans le cadre de recherches cinématographiques sur les réalités hybrides et les supports physiques du temps, traitant de la mémoire et de sa représentation dans les œuvres cinématographiques. Le film a été sali et enterré, afin d’étudier l’effet de la matière organique et du passage du temps sur les images recueillies. Placeholder cherche à approfondir la compréhension des structures narratives cycliques et non hiérarchiques en relation avec le subconscient et la mémoire.
Les recherches artistiques d’Alex Schuurbiers portent sur la mémoire et sa représentation dans les œuvres cinématographiques, ainsi que sur les méthodes de développement écologiques et les effets de la matière organique sur la pellicule. Parmi ses œuvres, on peut citer : « En Vagues » (2023), « Where I lay my head to rest » (2023) & « Song of Homecoming » (2023).
*** Collection permanente :
… Et , profitons de notre présence au« Musée de la Photographie », pour (re)découvrir sa collection permanente , notant que, grâce à sa nouvelle aile contemporaine, ouverte en 2008, ce musée est aujourd’hui devenu le plus vaste et l’un des plus importants musées de la photographie, en Europe, présentant une surface d’exposition de plus de 2 200 m² avec une grande variété de photographies artistiques et techniques.

Collection permanente : reconstitution d’un ancien studio © Photo : Joël Boulanger
*** Infos pratiques :
Expos temporaires accessibles : jusqu’au dimanche 27 septembre, du mardi au vendredi, de 09h à 17h, le samedi & le dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant les collections permanentes) : 8€ (6€, pour les seniors & les membres d’un groupe / 4€, pour les étudiants, enseignants, PMR & demandeurs d’emploi / 1€25, pour les « Art. 27 » / 0€, pour les moins de 12 ans & les étudiants de groupes scolaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que tous les jours, pour les détenteurs du « muséePASSmuseum », &, pour tous, pour la collection permanente, les dimanches 02 août & 06 septembre. Important : 4€, pour l’ensemble des 5 expositions temporaires {2€50, en prix réduit}, tous les jours, pour les détenteurs du « muséePASSmuseum » &, pour tous, les dimanches 02 août & 06 septembre). Prix du Pass annuel : 15€. Contacts : 071/43.58.10. Site web : https://www.museephoto.be.

© « Musée de la Photographie »
*** Animation : « Détectives de l’Image » :
Et si la bibliothèque du musée devenait le terrain d’une grande enquête photographique ? En famille, partons à la recherche d’indices cachés dans les livres, découvrons des images surprenantes et relevons des défis d’observation. Petits et grands exploreront les rayonnages à la découverte de photographies étonnantes, de portraits, de paysages et de trésors méconnus. Une manière ludique de découvrir les collections de la bibliothèque, tout en développant son regard sur l’image.
Organisation : le mercredi 05 août, de 14h à 15h (accès gratuit à l’activité, pour les détenteurs d’un billet d’entrée). Réservations : https://museephoto.be/news/859/44/D%C3%A9tectives-de-limage/d,Activites-Gabarit-Article.html.
*** Prochaines Expos temporaires :
Du samedi 03 octobre 2026 jusqu’au dimanche 24 janvier2027, de nouvelles expositions temporaires nous permettront de découvrir des photographies de Charles Paulicevich, Juliette Agnel, Marin Driguez, Audrey & Maxime Jean-Baptiste, ainsi que de Julie Mignon.
Yves Calbert.
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