L’ Etoile de l’ Expo ’58, aux « Beaux-Arts » d’ Ixelles #arts #ixelles #bruxelles

     Grâce au « Musée des Beaux-Arts » d’Ixelles, qui nous propose, jusqu’ au 31 mai, l’ exposition « De l’ Affiche à la Lettre », à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de Lucien De Roeck (Termonde/1915-Ixelles/2002), un artiste qui nous replonge dans l’atmosphère des années ’50, avec ses créations d’ affiches pour l’ « Exposition universelle et internationale » de Bruxelles, en 1958, dont l’ emblématique « étoile », qu’il crée en 1954 à l’ occasion d’un concours, qu’ il remporte, organisé par l’ « Expo ’58 ». C’est d’ailleurs lui qui, pour aller à l’ essentiel, choisit de n’écrire que « 58 » pour désigner l’année 1958. Notons que, devenue le logo officiel, cette étoile symétrique continue à intéresser nombre de collectionneurs « vintage ».
     Domicilié à Ixelles dès 1919, à 4 ans, Lucien De Roeck suit des cours du soir de dessins, à l’ « Académie » de cette même commune (1930-1932); avant d’être diplômé, avec grande distinction, en « publicité et étalage », à l’ « Institut supérieur des Arts décoratifs » de La Cambre (1936), où, originaire d’ une famille flamande modeste, il était surpris de voir nombre d’ étudiants arriver au volant de leur propre voiture. La Cambre qu’il retrouvera comme professeur, enseignant, également, à Anvers et à St.-Ghislain (1941-1981). A noter que ce « Chevalier de l’ Ordre de Léopold II » (titre accordé en 1960) fut l’ un des élèves d’ Henry van de Velde (1863-1957), avant de devenir l’ un des professeurs de Pierre Alechinsky (°1927) et de Jean-Michel Folon (1934-2005), à La Cambre (« ENSAV »).
     Concernant ses élèves, il écrivit: « Je parlais avec eux, en toute simplicité … J’étais avec eux, ce que j’ étais: je désirais la qualité, il fallait respecter les normes, ne jamais oublier les contraintes. Respecter certaines règles en matière de couleurs … Enseigner, c’ est former; les étudiant se forment et s’ inventent eux-mêmes par après. MOI, je les guidais. J’ essayais de leur apprendre quelque chose. Le professeur qui dit « amen » à tout ce que l’ étudiant fait, ce n’ est pas un bon professeur. Le professeur doit les guider, mais il apprend autant que l’élève en travaillant avec lui ». S’ analysant lui-même, il ajoutait: « Je jure de faire de mon métier mon but, ma vie … Je ne suis pas un artiste à part entière, un homme qui prend son chevalet et sa toile et qui fait ce qu’ il veut. J’ ai des obligations, des contraintes et c’est cela que j’ apprenais à mes étudiants … Le dépouillement est une recherche, la recherche de la communication maximale … Il faut vous poser des questions, il faut avoir un regard critique, sinon vous n’arriverez à rien ».
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     Graphiste, typographe, illustrateur et affichiste, cet artiste ixellois fut, aussi, à l’origine de la création des souvenirs vendus durant l’ « Expo ’58 » (cendriers, écussons, cuillères à café, …) et dont nous retrouvons certains exemplaires, avec quelques-un de ses dessins préparatoires, présentés dans une vitrine de la salle dédiée à l’ exposition qui lui est consacrée. De même pour ses très nombreux carnets de croquis (… 485 carnets étant précieusement conservés par les « Fonds Lucien De Roeck ») ou pour nombre de caricatures (de Béjart, Brel, Claus, Delvaux, Franquin, Vacarely, …), d’ esquisses, de travaux d’ études, de publicités ou d’ autres dessins.
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     Mais revenons à ses affiches, certaines ayant été réalisées alors qu’ il était toujours étudiant à La Cambre. Ainsi, il est le lauréat, avec son affiche « Ostende-Dover », dès 1934, à 19 ans, d’un concours organisé par la la « Régie des Transports maritimes », la Ville d’ Anvers, choisissant une seconde affiche: « Anvers, Port mondial et Ville d’ Art », également éditée en allemand, anglais et néerlandais. Pour la 1ère citée, le chiffre 3 est imprimé sur les 3/4 de l’affiche, avec, en petits caractères, la mention bilingue « heures uur », afin d’insister sur la rapidité de cette liaison maritime, cette notion étant renforcée par un navire sortant de ce chiffre géant.
     Mobilisé pendant la seconde guerre mondiale, il devient, ensuite, illustrateur pour « La Cité », « La Lanterne », « Le Phare » et « Le Quotidien », réalisant les maquettes du journal du « Palais des Beaux-Arts » de Bruxelles. Reporter graphique, il illustre de ses dessins ses critiques théâtrales pour « Pan », son carnet de croquis étant, tel un GSM, aujourd’hui, toujours à portée de sa main. « J’ ai passé ma vie à regarder les choses et à les dessiner. Je n’ ai pas tellement inventé, même quand on dessine, on invente quand même », disait-il, recommandant à l’ un de ses petits-fils: « Tu n’ arracheras jamais de page dans ton carnet ». « Pas de De Roeck sans carnet de croquis », disait de lui une de ses collègues anversoise! … Il ne jetait rien et conservait chaque petit dessin, chaque travail, en parfaite opposition avec notre civilisation de l’ internet où tout s’ efface, parfois contre notre volonté, suite à un incident technique. Même les enveloppes qu’ il envoyait étaient superbement décorées de ses dessins coloriés!
     Sur un mur de la salle, nous lisons: « Les bateaux étaient ses danseuses, il en a dessiné des milliers »! … Fasciné par l’ Escaut, aimant longer ses rives, jusqu’ à l’ embouchure du fleuve, il esquissa nombre de bateaux, de la coquille de noix au plus majestueux des paquebots, sans pour autant naviguer, se contentant de dessiner, été comme hiver, au milieu des grues de ce port d’ Anvers qu’ il appréciait tant. C’ est ainsi que, grâce à plusieurs de ses peintures de navires que nous découvrons un autre facette de son talent.
     Travailleur acharné et graphiste inspiré, il ne s’est jamais considéré comme un artiste, mais comme un artisan. Et un artisan, cela travaille jusqu’ au dernier jour de sa vie. Fasciné par son professeur de typographie, Joris Minne (1897-1988), qui lui inculqua toute cette rigueur, il s’ imprégna rapidement de tous les fondements de l’art de la lettre et de la mise en page, de l’affiche et de l’emblème de marque, Lucien De Roeck s’ imposant cette rigueur tout au long de sa vie, nous laissant admiratifs devant sa précision des lignes, son esprit de synthèse, son raffinement du trait, l’ épure de son dessin, son imagination toujours en éveil, … dont nous pouvons conserver une trace grâce au catalogue broché, richement illustré: 24€95 (Anne Care, Hugo Puttaert & Karl Scheerlinck/Ed. « Racine »/textes bilingues/2015/112 p.).
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     Egalement proposée jusqu’au 31 mai, l’ exposition « Gao Xingjian, Rétrospective » nous invite à découvrir l’ oeuvre puissante et poétique d’un artiste contemporain (°Ganzhou/Chine/1940) hors du commun, écrivain prolifique, couronné d’ un « Prix Nobel de Littérature » (2000), homme de théâtre, metteur en scène, cinéaste, plasticien et peintre. Il nous propose une exploration libre des flux de la conscience à travers le mouvement  de l’ encre sur le papier. Tout en s’ancrant dans un questionnement occidental contemporain, celle-ci s’enracine dans la pensée traditionnelle chinoise. De ses cheminements intérieurs, l’ artiste nous livre une oeuvre à la fois expressive, humaniste et universelle.
     Ecoutons ses sages paroles: « Aujourd’ hui, je n’ ai pas de doctrine et un homme sans doctrine ressemble davantage à un homme… L’instant est quelque chose d’ important. Par magie, le tableau fige à jamais une vision éphémère… Cet état d’ âme que tu recherches émane des visions qui surgissent lorsque tu t’ observes intérieurement. Sous ta main, le tableau découle de l’ image mentale au cours de cette sorte d’ auto-contemplation… Les tableaux sont tellement riches, qu’ à peine dessinés, ils sont sujets à de multiples interprétations… Je pense que, de nos jours, si on veut encore faire de la peinture et revenir à l’ image, il faut chercher d autres voies possibles. C’ est ce qui est particulier dans mon art… Pour cette rétrospective, la plus grande qui m’ ait jamais été consacrée, nous sommes revenus aux matières traditionnelles – l’encre, le papier et la toile – pour proposer une exposition purement picturale » …
     « Le paysage a disparu devant moi, tout est distinct. Seules restent dans ma tête les sensations que je viens d’ éprouver… Avant de commencer, je dois me débarrasser des mots, des paroles, des structures établies. Je choisis la musique et baigné par les sons, je prépare l’ encre, les papiers. C’est une mise en condition qui permet la sensation. J’ accumule les visions intérieures. Toutes se mêlent, se marient, me conduisent vers l’ un ou l’ autre point de ma propre vie intérieure… Tout trait évoque quelque chose. Il ne peut jamais se perdre en abstraction calligraphique. De même, il n’est jamais simplement dessin. Il refuse de tenir entièrement dans ce qu’ il devait représenter. Le trait suggère »…
     « Je respire profondément. Je suis essoufflé, mais je ne dépense pas d’énergie. Mes poumons semblent avoir été purifiés, l’ air pénètre jusqu’à la plante de mes pieds. Mon corps et mon esprit sont entrés dans le grand cycle de la nature. Je suis dans un état de sérénité que je n’ avais connu auparavant »… Bien en rapport avec ces dernières paroles, « L’ Eveil de la Conscience », nous attend, également, dans une nouvelle salle du « Musée des Beaux-Arts » de Bruxelles. Réalisées en ce lieu, 6 peintures monumentales de Gao Xingjian attendent notre visite (site: http://www.fine-arts-museum.be).
     … Et si vous souhaitez en apprendre davantage sur cet artiste, deux vidéos sont à votre disposition au « Musée des Beaux-Arts » d’ Ixelles, où, mieux encore, vous pourrez le rencontrer physiquement, ce dimanche, 17 mai, entre 15h. et 16h.30, dans ce même Musée, sur simple présentation de votre ticket d’ entrée. D’ autre part, pour les enfants, à partir de 6 ans, le 31 mai, de 14h.30 à 16h.30, un atelier créatif autour de l’exposition de Gao Xingjian, « Rêves de Chine », leur est proposé, en néerlandais et en français. Les participants pourront, ainsi, jouer avec les nuances de gris, en créant un paysage très « zen », à l’ encre de chine et au pastel gras. Inscriptions à l’ accueil, le jour même. Une occasion pour les parents de visiter tranquillement les expositions et les salles dédiées aux collections permanentes, celles-ci bénéficiant d’ une toute nouvelle scénographie, « L’ Art belge, entre Rêves et Réalités ».
     Catalogue: « Gao Xingjian, le Goût de l’ Encre » (Michel Draguet, Commissaire de l’ Exposition/Ed. Hazan/232 p./200 illustrations/35€).
     Ouverture du Musée et de ses expositions du mardi au dimanche, de 09h.30 à 17h. Prix d’ entrée (expositions temporaires + collections permanentes, le Musée étant fermé entre les différentes expositions): 8€ (5€: étudiants, seniors, membres d’ un groupe de minimum 10 personnes & détenteurs d’ un billet de la « SNCB » en cours de validation/0€: – de 18 ans, étudiants en art, enseignants en Belgique, demandeurs d’ emploi, détenteurs de cartes « CréaPass », « Brussels Card » & « Attractions-Tourisme »). Site: http://www.museedixelles.irisnet.be.
   
 Yves Calbert.

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