LES HOMMES DEBOUT
Rwanda, 20 ans après !
Passant ! Si tes pas te mènent ces jours-ci à la Grand’ Place de Bruxelles, tu seras sans doute intrigué par les immenses toiles décorant la façade de la Maison du Roi, peintures sur lesquelles s’affichent des Africains debout*. Ces œuvres, dues au talent du plasticien d’origine Sud-Africaine Bruce Clarke, représentent hommes, femmes, enfants victimes du génocide des Tutsis au Rwanda… il y a maintenant 20 ans. Hommage à la mémoire de ce million de martyrs assassinés, en cent jours, avec la complicité de la France et de la Belgique (On ne le rappellera jamais assez, n’en déplaise au Soir – « J’ai envie de surseoir »… à mon abonnement ! – qui considère le rappel de cette écrasante responsabilité comme une « paranoïa » et comme une « pollution » des cérémonies du Souvenir), dirigée à l’époque par les partis socialistes, le CVP et l’ancêtre du cdH, ces portraits sont exposés grâce à la collaboration avec l’artiste tant du « Collectif pour les Hommes Debout » que du « Groupov », de « IBUKA – Mémoire et Justice »… et, admettons-le, de certaines autorités communales bienveillantes (Comme le soulignait l’échevine socialiste bruxelloise Karine Lalieux : « C’est bien le moins qu’on pouvait faire ! »). « Les hommes debout », appellation symbolique pour ces morts dont les mânes, tels les statues de héros qui parsèment nos villes, dominent de leur souvenir ceux qui leur ont survécus mais aussi assurance que ceux qui restent se sont relevés de ce drame et, de tout leur corps tendu vers le Ciel, crient pour que Justice soit faite, prient pour que jamais l’Oubli de l’Histoire ne vienne effacer leurs souffrances !
Ce lundi 7 avril 2014, avait aussi lieu – de la place Royale jusqu’au Palais de Justice – une marche aux flambeaux commémorative. Quelque trois mille personnes avaient tenu à y venir. Outre de nombreux participants d’origine africaine et moult politiciens, les communautés arméniennes, juives, chrétiennes et même laïques (Ceux que Pierre Galand – socialiste rabique devant le Grand Architecte et supposé pourfendeur du « racisme » – appelait, dans une conversation téléphonique que j’ai surprise en passant, des « visages pâles » !) y étaient présentes pour moitié. Les torches versaient leur éclat tout au long de la rue de la Régence et les premières étaient déjà arrivées sur la place Poelaert que les dernières quittaient à peine le lieu de rassemblement. Leurs flammes rappelaient aux passants que jamais l’obscurité, l’obscurantisme, ne triomphera longtemps du bien. Toujours, les plus profondes ténèbres devront céder le pas aux lueurs d’espoir… espoir qu’un jour radieux se lèvera bientôt peut-être, espoir que les machettes de la barbarie se métamorphoseront alors à jamais en socs de charrue, espoir que ce jour-là tous les hommes seront enfin frères !
Sous l’ombre du Temple de Thémis – soutenu par des échafaudages, sans doute pour éviter qu’il ne s’écroule avant que les responsables politiques belges du génocide ne soient jugés pour leur crime – il y eut encore quelques discours et témoignages poignants de survivants. L’orage a attendu la fin de la cérémonie pour se déchaîner mais… était-ce l’orage ou était-ce les larmes de D-ieu pleurant la mort atroce d’un million de Ses enfants ?
Roland LEMAIGRE
* Visibles du 7 au 14 avril mais également sur l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles (du 31 mars au 14 avril), à Mons (Place du Marché à partir du 7 avril), à Liège (Territoires de la Mémoire, Cité Miroir, du 10 avril au 14 mai et place Saint-Lambert, du 29 avril au 19 mai)


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