TRESOR D’OIGNIES
Jusqu’au 06 juillet, le « Musée provincial des Arts anciens » (« TreM.A »), à Namur, nous invite à revisiter son « Trésor d’Oignies » – reconnu par le « Commissariat général au Tourisme », depuis 1978, comme l’une des sept merveilles de Belgique -, au travers d’une exposition originale, nous confiant les « Petites Histoires d’un grand Trésor ».
Ainsi, nous apprenons qu’en septembre 1939, Ferdinand Courtoy, qui terminait un ouvrage sur ce trésor, le transféra, dans de simples malles métalliques, de l’église du couvent des Soeurs Notre-Dame aux caves de l' »Institut Saint-Louis », tout proche. Il sauva ainsi le « Tésor d’Oignies » d’une totale destruction, l’église étant bombardée, par les Allemands, le 13 mai 1940. Le comble est que la « Gestapo » avait ouvert son bureau namurois dans ce même « Institut Saint-Louis ».
A noter qu’un général allemand s’était présenté chez ces Soeurs catholiques qui, avec aplomb, n’hésitèrent pas à commettre un péché, en mentant, disant que le trésor avait été transféré aux Etats-Unis, alors même que la « Gestapo » établissait ses sombres projets à proximité immédiate d’un trésor qu’elle aurait aimé s’attribuer.
Durant la « grande guerre », les Soeurs avaient déjà dit, à un autre général allemand qui s’était présenté au couvent, que le trésor avait été transféré en lieu sûr. Il
signala qu’i connaissait un Allemand qui avait offert, en vain, une somme de 5000 francs or pour acheter une myrte. Après recoupements, il fut établi que cet Allemand n’était autre que ce général, qui, à l’époque de cette proposition, était le conservateur du « Musée de Berlin ».
Bien avant, au Prieuré d’Oignies, où ce trésor s’était peu à peu constitué, craignant d’éventuelles confiscations, consécutives à la Révolution française, Dom Grégoire Pierlot, le dernier Prieur d’Oignies, avait, une première fois, sauvé ce qui deviendrait le « Trésor d’Oignies », en l’emmurant, pour 24 ans, dans la ferme « Trou des Prés », de la famille Mousiaux, à Falisolle, toujours bien habitée de nos jours, mais désormais transformée en simple maison. A la mort du fermier, en 1811, son épouse repris contact avec Dom Grégoire Pierlot, qui était devenu l’aumônier du couvent Notre-Dame, à Jumet. Ce dernier s’adressa à Soeur Julie Billiard, fondatrice de de cet ordre, à qui il confia ce fameux trésor, celui-ci étant placé dans l’église du couvent Notre-Dame, à Namur, jusqu’en septembre 1939. A noter que ce n’est qu’en 1846 qu’un premier article consacré à l’oeuvre de Frère Hugo d’Oignies est publié dans la presse.
En 1953, leur église ayant été détruite, mais leur couvent venant d’être reconstruit, les Soeurs, propriétaires du trésor depuis 1811, inaugurèrent une salle coffre-fort, qui accueillit le trésor jusqu’en 2010, au moment où la propriété du trésor fut transmise, le 09 juin, à la « Fondation Roi Baudouin », qui, elle-même, en confia la mise en valeur à la « Société archéologique de Namur » et au « TreM.A », qui effectuèrent le déménagement, sous haute sécurité, comme en témoigne une vidéo, en septembre. Depuis lors, une salle, peu éclairée, met parfaitement en valeur les 32 pièces répertoriées comme « Trésors historiques et culturels » de la « Fédération Wallonie-Bruxelles », depuis le 26 janvier 2010.
Parmi ces 32 pièces de très grande valeur – autrefois exposées dans le couvent de la rue Julie Billiard -, relevons trois superbes créations du Frère Hugo d’OIgnies, son « Reliquaire de la Côte de Saint-Pierre », son « Calice » et son « Plat de l’Evangéliaire ». Par ailleurs, de nombreuses pièces sont attribuées à son atelier, ou à lui-même et à son atelier, celui-ci ayant perduré, à Oignies, jusqu’à la fin du XIIIème siècle, lui-même n’ayant été actif que durant 10 ans, de 1228 à 1238, ce Prieuré d’Oignies ayant été fondé en 1192 par quatre frères, originaires de Walcourt, dont le plus jeune, Hugo, avait réalisé un apprentissage d’orfèvre. De son travail, il écrivit : « Je chante la gloire de Dieu par mon art d’orfèvre ».
De retour à l’exposition temporaire, à 50 m du trésor, près du porche d’entrée, nous découvrons quelques pièces exposées pour la 1ère fois à Namur, telle la chasse de la Bienheureuse Marie d’Oignies (1608), propriété de l’église Saint-Nicolas de Nivelles, ou deux pièces nous venant des « Musées Royaux d’Art et d’Histoire », de Bruxelles, dont l’une, le « Phylactère du Doigt de Marie », fut achetée par ces « Musées du Cinquantenaire » à une fabrique d’église. Qui sait si ce « Phylactère » n’avait pas été dérobé auparavant dans une quelconque collection, privée ou publique? A voir, aussi, des pièces du « Trésor d’Oignies », particulièrement fragiles, qui n’ont plus été exposées depuis septembre 2010. Ainsi, un « Evangéliaire » du Prieuré (1228-1230) et deux myrtes, l’une en tissu constitué de fils d’or, originaire du Royaume-Uni, et l’autre en parchemin, nous venant d’Italie ou de Palestine (toutes deux datant de 1216).
A souligner, la qualité d’agrandissements photographiques, dus au talent de Guy Focant. Ainsi, nous voyons de petits détails de pièces d’orfèvrerie, pratiquement invisibles à l’oeïl nu. Sous ces photos, si vous n’êtes pas un spécialiste, vous apprendrez ce que sont une ciselure, un estampage, un filigrane ou un nielle. Par ailleurs ces photographies sont reprises dans le « Portofolio Trésor d’Oignies », dont les textes poétiques sont dus à Denis Mathen, Gouverneur de la Province de Namur. Extrait : « Je me souviens de cette visite … au Musée … et à son trésor. … Le soir venu, c’est les yeux encore remplis des éclats de ses pierreries et des lumières de ses nobles métaux que je me suis assoupi. Je me souviens très bien avoir entendu , durant cette nuit là, le martèlement saccadé des petits maillets sur les ciselets des orfèvres burinant les feuilles d’or délicates et les modelant à leur guise » (Denis Mathen).
A l’opposé de ce travail contemporain, nous découvrons nombre d’anciennes photographies et cartes postales du Prieuré, de la ferme de Falisolle, … des gravures, portraits, notes manuscrites, …, affiches, dont celle annonçant l’exposition au « Musée diocésain », juste avant le transfert du trésor dans ses locaux du couvent Notre-Dame. Comme en atteste d’autres documents, des expositions furent aussi organisées à Bruxelles, à Charleroi, à Liège et même en Allemagne. En regardant la vidéo, nous entendons l’ancienne conservatrice du trésor, au couvent, Soeur Sibille (1914 – 2011), dire : « Les pièces parlent d’elles-mêmes, elles sont agrippables, je les ai agrippées. Que le monde s’attache à ce qui est beau »!
Dans une vitrine, nous admirons le « Coffret Reliquaire pour la Côte de Marie d’Oignies ». Dans une autre vitrine, nous voyons le « Reliquaire de la Mâchoire de la Bienheureuse Marie D’Oignies », d’Henri Libert, qui fut, un jour, soustrait au trésor, qu’il retrouva quelques années plus tard. Une autre pièce exposée fut offerte à l’église de Falisolle, en remerciements pour avoir préserver l’existence du trésor dans l’une de ses fermes. Mais revenons à Marie d’Oignies (1177-1213), originaire de Nivelles, qui, en 1207,vient habiter un petit béguinage, proche du Prieuré d’Oignies, où elle rencontre, en 1208, l’écrivain Jacques de Vitry (1180-1240), qui, ayant participé à la 5ème croisade, deviendra le mécène de Frère Hugo d’Oignies. Ordonné prêtre à Paris, en 1210, il revient vivre, comme chamoine, au Prieuré d’Oignies, jusqu’à la mort de Marie d’Oignies, en 1213. Des études semblent prouver que le sarcophage de cette dernière, en pierre calcaire, servit, autrefois, d’abreuvoir. Désormais, il est préservé dans la salle du « Trésor d’Oignies », où l’on trouve aussi de l ‘orfèvrerie fine de France, de Byzance et d’Egypte, ainsi que différentes pièces, en bois et en pierre, provenant de Walcourt, d’où le Frère Hugo d’Oignies est originaire.
Soulignons que chaque premier dimanche du mois, l’entrée est gratuite, des visites guidées étant offertes gracieusement chacun de ces dimanches. En outre, les dimanches 06 avril et 04 mai, à 15h.00, un spectacle d’ombres chinoises, « Petite Histoire du Trésor d’Oignies », et un goûter seront offert aux enfants, de 07 à 12 ans.
Prix d’entrée : 5€00 (2€50 pour les étudiants et seniors, gratuité jusqu’à 11 ans inclus), incluant la visite du Musée et du Trésor d’Oignies. Outre le « Portofolio Trésor d’Oignies » (240 p. de 29,7 x 21 cm, 30€00), deux autres ouvrages nous sont proposés : « Petites Histoires d’un Grand Trésor » (64 p. de 15 x 10 cm, 5€00), un petit guide de l’exposition temporaire très pratique et bien illustré, et « Actes de la Journée d’Etude Hugo d’Oignies, Contexte et Perspectives » (240 p. de 29,7 X 21 cm, 30€00), un livre scientifique de haute qualité, les trois ouvrages étant placés sous la direction du conservateur en chef, Jacques Toussaint, et édités par le « TreM.A ».
Yves Calbert.
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