GUERRE ET JOUET A LA MAISON AUTRIQUE

Autrique1

Dans le cadre des expositions consacrées au centenaire du début de la « grande guerre », emmenez vos enfants, ou petits-enfants, à la « Maison Autrique », premier hôtel privé réalisé par Victor Horta, suite à la commande, faite en 1893, de son ami Eugène Autrique.

Vous pourrez ainsi les intéresser, jusqu’au 19 novembre, aux jouets utilisés pendant les années de guerre ’14 – ’18 et celles qui suivirent, tout en leur faisant découvrir le confort des maisons bourgeoises de la fin du 19ème siècle. Et si vous avez pu jouer avec les soldats en bois de vos aïeuls, de bons souvenirs vous reviendront en mémoire.

Dès les premières vitrines, nous découvrons le travail d’Amédé Lynden (1852-1938), un illustrateur et aquarelliste belge, né à Saint-Josse-ten-Noode, où une rue porte, désormais, son nom. Ses dessins, découverts récemment par le commissaire de l’exposition, Paul Herman, qui les expose, ici, pour la première fois. Réalisés, à l’époque, pour l' »Oeuvre belge du Jouet », créée par l' »Union patriotique des Femmes belges », ils nous montrent les uniformes des différents protagonistes. Ceux-ci prennent vie aux étages où l’on découvre de petits soldats en bois parfaitement conformes, et reproduits à la même échelle, à ceux dessinés par Amédée Lynden. De l’armée de papier, nous voici passés à l’armée de bois. Par ailleurs de fort jolies aquarelles de l’artiste nous montrent des vues d’époque de Bruges, Bruxelles et Gand.

Mais revenons à  Paul Herman, économiste de formation, qui, depuis 30 ans, collectionne les jouets anciens. Ainsi cet authentique historien du jouet nous présente, ici, une partie de sa collection. Dans une salle du 1er étage, il nous en parle, avec l’appui d’un montage vidéo. En outre, il est l’auteur d’un récent ouvrage, très richement illustré, intitulé « Les petits Soldats de la Grande Guerre », publié, en 2013, par « Glénat ».

Dans son livre, il écrit : «Les jouets en bois sont longtemps restés à l’écart, n’attirant que des amateurs sensibles à leur design et leur fausse simplicité. De plus, ceux de la guerre portent une charge émotive particulière. Enfin, derrière eux, il y a des hommes qui ont créé et dessiné les projets pour des équipes bénévoles chargées de répartir le travail parmi une main d’œuvre de soldats victimes des combats».

Grâce à lui, nous apprenons donc que différentes associations patriotiques utilisaient la main d’oeuvre des blessés et mutilés de guerre belges, non envoyés en Allemagne, pour réaliser des jouets typiques en bois, portant leur cachet, dont le produit de la vente était destiné aux enfants, devenus orphelins des suites de cette monstrueuse guerre, pendant laquelle, néanmoins, la vie se poursuivait, au quotidien, dans nos villes et villages éloignés des champs de batailles.

Rendant fort bien cette quotidienneté, notons la présence, en bois pyrogravé, d’une ferme brabançonne (1915), représentative d’un habitat rural bien précis; du béguinage, en triangle, de Diksmuide, dont le modèle fut entièrement détruit, en 1914, après 22 jours d’une héroïque résistance franco-belge, avant d’être progressivement reconstruit, dès 1920; d’une salle de classe, avec son tableau noir, son instituteur barbu et ses élèves; d’un chariot tiré par un cheval; de la « Foire du Midi », avec son « Théâtre de la Foire », sa « Roue de la Fortune », sa baraque à frites, son carrousel, …

Egalement évoqué, l’ancien « Palais des Sports » de Schaerbeek, qui accueillit, en 1916 une importante exposition rassemblant les fabricants de jouets et les toutes grandes enseignes de la distribution, avec pour but de récolter des fonds pour la Saint-Nicolas des enfants belges, cet événement ayant, assez curieusement, été autorisé par l’occupant, à condition que la guerre et la politique ne soient pas trop évoquées.

Deuxième plus important exposant, en surface, le « Jouet liégeois » est bien présent à Schaerbeek, prouvant l’ampleur et l’impact de la fabrication des jouets en Belgique, au début du 20ème siècle. Ainsi, Alexandra, l’une des souriantes hôtesses d’accueil de la « Maison Autrique », à quelques semaines d’un « heureux événement », nous montre des poupées de chiffon réalisées en bords de Meuse et d’autres, ethnographiques, représentant les petits métiers en voie de disparition, ceux-ci étant également illustrés, en noir-et-blanc, sur des cartes postales porteuses de la mention « Jouet liégeois ». Jeu de l’oie, puzzle et soldats de plomb sont aussi réunis dans cette même vitrine du rez-de-chaussée. A noter, encore, l’existence de « Remdéoo », à Louvain, fondée par la Comtesse Jean de Mérode, réputée pour ses luxueuses poupées aux têtes en porcelaine, et de la « Fa-Be-Jo » (« Fabrique belge du Jouet »)… Quel bonheur pour les enfants, en temps de guerre, de pouvoir, ainsi, s’offrirent quelques instants ou quelques heures de seines distractions.

Alors, à notre époque des jeux électroniques et d’une vie relativement facile pour beaucoup, bien éloignée des conditions de vie précaires, pour tous, en ’14 – ’18, il est bon de se rappeler ce que fut cette époque, notamment quant aux seuls jouets qui étaient, alors, proposés. Comme quoi, il y a cent ans, de simples soldats de bois ou autres poupées de chiffon étaient de la première importance pour occuper les loisirs de nos enfants, contribuant ainsi leur éducation.

Nouveaux prix d’entrée (à partir du 1er avril) : 07€00 (05€00 pour les étudiants et les seniors, 03€00 pour les Schaerbeekois et les enfants, 01€25 pour les « article 27 »). Ouvert de 12h.00 à 18h.00, du mercredi au dimanche. A noter, le superbe ouvrage, richement illustré, « Les petits Soldats de la grande Guerre », écrit par le collectionneur-commissaire, Paul Herman (« Glénat », 2013, 256 p., 39€00). Pour tout renseignement, compulsez : www.autrique.be

Yves Calbert.

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