INDOMANIA
Dans le cadre d' »Europalia India », l’exposition « Indomania, de Rembrandt aux Beatles » s’est ouverte à « Bozar », ce 16/10. Elle sera accessible au public jusqu’au 26/01/2014.
Comme le titre de l’expo l’indique, nous sommes, ici, en face de ce l’Inde inspira à nombre d’artistes d’Occidentaux, depuis l’ouverture de la route maritime de l’Inde, par Vasco de Gamma, en 1498, dévoilant les fastes de l’empire Moghol, aux coutumes rituels si étranges pour nous.
Revenant d’Inde, les navires reviennent avec épices, textiles, diamants, nacres et animaux exotiques, inspirant beau nombre d’e peintres, sculpteurs, musiciens, cinéastes, photographes, metteurs en scènes, chorégraphes, … de chez nous.
Fascinés, Jésuites et commerçants reviennent en Europe en donnant une image plus objective du pays visité, évacuant peu à peu l’imaginaire fantastique des Grecs et Romains, depuis Alexandre le Grand, en 326 av. J.-C. et ses quatre Fis »
A l’entrée, 12 cases originales des « Cigares du Pharaon » (1933) dues à Hergé (dont le musée à son nom présente, à Louvain-la-Neuve, l’expo « Allo! Bruxelles? Ici Rawhajpoutalah! », également jusqu’au 26/01/2014). Plus loin, justifiant en partie le titre de l’exposition, un dessin de Rembrant, « Shâ Jahan » (vers 1660), d’après une gouache indienne, « Le Shâh Jahan sous un Baldaquin » (vers1645).
Dans une section « Monstres et Opulence », des gravures sur bois, telles le « Rhinocéros », d’après Durer; une huile sur bois, du Musée Guimet, « L’Empereur Shah Jahal et ses quatre Fils »; une encre sur papier, rehaussée d’or, « Musicien monté sur un Chameau composite »; un dessin teinté, « Le Rituel de Sati, Murshidabad », dévoilant une veuve accompagnant son époux défunt dans les flammes de l’incinération rituelle; de l’orfèvrerie, avec une « Coupe de Rhinocéros », en argent, ivoire, vermeil et corne de rhinocéros; un « Bateau de Table », en argent, pour présenter des épices précieuses; une très finement exécutée « Coupe nautile », en nacre, vermeil et argent, et une « Coupe », en nacre et métal » originaire du Gujarat, conservée à Oxford; divers bijoux en or, platine, diamant, émeraude, rubis, saphir, onyx, de la « Collection Cartier » de Genève; …
Cette rencontre entre l’Europe et l’Inde, à travers le regards de voyageurs occidentaux, offre au visiteur une narration passionnante et méconnue qui commence sous l’empire Moghol (1526-1857), traverse l’époque coloniale et se poursuit jusqu’à l’indépendance (1947) et à l’Inde d’aujourd’hui.
Ainsi, nous découvrons une salle consacrée au textile, avec des vêtements réalisés par des Indiens, avec des motifs occidentaux, ou encore, nombre de photos de paysages ou de portraits photographiques d’autochtones, datant de la fin du 19ème siècle. Illustrant aussi la période coloniale, l’affiche de l’exposition représente »John Wombwell dans une Robe indienne fumant un Houka ».
Rodin, à l’occasion d’un voyage en Inde, s’était offert une aquarelle et gouache d’un artiste moghol inconnu, « Couple de Femmes ». Il s’en inspira pour réaliser « Couple saphique enlacé » et « Femme nue à califourchon sur le Dos d’une Femme », trois œuvres du Musée Rodin.
Pour profiter au maximum de ces « Manies Indiennes », prévoyons assez de temps, afin de regarder différents extraits de films de Renoir, Pasolini, Rossellini, …, et d’admirer, à proximité, nombre de photos de Henri Cartier-Bresson, le travail architectural, en Inde, de Le Corbusier étant également évoqué, notamment via son photographe attitré, Lucien Hervé.
Côté musical, des pochettes de disques 33t. évoquent la période « hyppie » et la musique « pop » des années ’60, entre autres avec les « Beatles », séduits par l’Inde mystique. Par ailleurs, leur musique, aussi bien que celle de Wagner nous accompagne tout au long du parcours.
Avant ou après la visite du cœur de l’exposition, n’oublions pas un arrêt pour découvrir les réalisations de deux artistes belges qu' »Europalia India » envoya sur place, en résidences, en deux lieux distincts. Hans Op de Beeck, 46 ans – qui nous dit avoir vécu comme les villageois, dormant entre buffles, singes et crickets -, nous présente « Avant la Pluie », une vidéo de 12′, aux images statiques, calmes, sereines, dépourvu de tout commentaire, réalisé à Anegundi, simple village indien vivant dans l’attente de la pluie. Loin des clichés de l’Inde mystique et de l’émerveillement exotique, il commente, dans le catalogue (192 pages/29€90) : « Je pars à la recherche du fictif dans la réalité afin d’arriver à une histoire modeste, mais universelle, qui puisse être vécue et apporter du réconfort ».
Le deuxième artiste de chez nous, Max Pinckers, 25 ans, est né et a vécu son enfance en Inde. Reparti là-bas pour vivre cette résidence d’artiste, il nous revient avec un livre, non encore publié, dont il nous présente nombre de ses photos permettant une profonde réflexion sur l’amour, aujourd’hui, au pays de Gandhi. Bien loin de scènes explicites propres au « Kama Sutra », il nous présente de jeunes couples illégaux ayant fui la tradition les mariages arrangés. Au risque de se faire condamner, ils se sont fiancés, sans l’accord des leurs, devant ainsi vivre dans la clandestinité.
Egalement à découvrir à « Bozar », jusqu’au 05 janvier 2014, « Corps de l’Inde », ces deux expositions incluant un audio-guide dans le prix d’entrée. Et n’oublions pas qu »Europalia India » présente aussi 25 autres expositions, 92 concerts, 56 performances d’arts de la scène, incluant représentations théâtrales, chorégraphiques, de marionnettes, … Au total, en 100 lieux différents, belges et étrangers, pas moins de 200 événements, la littérature et le cinéma indiens étant également bien présents. Pour le programme complet et les renseignements pratiques, compulser le sitehttp://www.europalia.eu./
Yves CALBERT.

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