« Van Gogh au Borinage », au « BAM », à Mons. #art #culture #mons20154 #wallonie
« Cher Théo, Je t’ écris en toute hâte . J’ habite, pour le moment, à Cuesmes, près de Mons, au Marais. La contrée est typique et pittoresque. … Partout à la ronde, on voit d’énormes tas de charbon, à l’entrée des mines qu’ on appelle charbonnages ».
Ce sont en ces termes que Vincent van Gogh (Zundert/P.-B./1853-Auvers-sur-Oise/Fr./1890) s’ exprimait, le 05 août 1879, dans sa lettre à son frère, Théo… Un écrit que nous retrouvons, parmi tant d’autres, au sein de la 1ère salle de la superbe exposition phare de « Mons 2015 »: « Van Gogh au Borinage », ouverte jusqu’ au 17 mai, sans qu’ aucune prolongation ne soit possible, vu la fragilité de certaines oeuvres exposées…
En 1878, à peine arrivé en terres hennuyères, Vincent écrivait: « L’ expérience a montré que ceux qui travaillent dans les ténèbres, dans les entrailles de la terre, tels les mineurs au fond de noirs charbonnages, sont très touchés par la parole de l’ Evangile et y croient. Or, au sud de la Belgique, … il y a une région qu’ on appelle le Borinage. … J’ aimerais aller là-bas comme Evangéliste ».
Ainsi arriva-t-il à Wasmes, comme prédicateur évangéliste en devenir. Tenant à vivre tel un mineur, descendant, quotidiennement, au plus profond des puits de mines du Borinage, il déçoit ses supérieurs du « Collège des Evangélistes », de Laeken, surpris de voir un candidat prédicateur vivre dans de telles conditions de simplicité. En conséquence, ils ne renouvellent pas sa période probatoire, … et van Gogh, devenu prédicateur laïque, de se remettre à dessiner, signant de ses initiales « V.G. », illustrant d’ abord ses lettres à Théo.
« J’ ai griffonné un dessin qui représente des charbonniers … allant à la fosse, le matin, dans la neige, sur un sentier, le long d’ une haie d’ épines, des ombres qui passent, vaguement discernables. Je t’ envoie le croquis pour que tu puisses te le représenter. Je ne saurais te dire combien je suis heureux d’ avoir repris le dessin. J’ ai retrouvé mon calme d’ esprit et l’ énergie me revient de jour en jour. Il s’ agit, pour moi, d’ apprendre à bien dessiner, à être maître soit de mon crayon, soit de mon fusain, soit de mon pinceau ».
Si certains visiteurs sont déçus de ne pas trouver au « BAM » (« Musée des Beaux-Arts de Mons ») davantage des peintures les plus célèbres du peintre néerlandais, soulignons le fait que tel n’ est pas le but de cette exceptionnelle exposition, qui, comme son intitulé l’ exprime, a pour but – tout en nous dévoilant son évolution picturale à la quête des couleurs et de la lumière, au travers de quelques peintures réalisées dans le sud de la France, peu avant son décès – de nous révéler ses débuts, en dessins et en peintures, alors qu’ il était venu vivre au Borinage, de décembre 1878 à octobre 1880.
S’ apprêtant à quitter le Hainaut, en ce dernier trimestre de 1880, il écrit: « Je crois que j’ ai tout enduré durant ces 2 années passées dans le Borinage. Ce ne fut pas un séjour d’ agrément. A quoi pourrais-je être bon? … Si je ne fais rien, si je n’ étudie pas, si je ne cherche plus, alors je suis perdu, alors malheur à moi. Continuer, continuer, voilà ce qui est nécessaire. Il y a quelque chose au dedans de moi, qu’ est-ce que c’ est donc »?
… Et pour bien nous mettre dans l’ ambiance de ce que furent ces 2 années qu’ il « endura » en pays montois, sous six coupoles audio, nous pouvons écouter la lecture (en anglais, néerlandais ou français) d’ extraits de ses lettres à Théo, tout en regardant un montage de photos d’ époque, qui, en noir-et-blanc, rendent très bien l’ atmosphère des charbonnages et de la vie des mineurs.
Deux mois avant son départ, le 20 août 1880, il s’ adressait à Théo en ces termes: « Tu dois savoir que je suis en train de griffonner de grands dessins d’ après Millet et que j’ ai fait « Les Heures de la Journée », ainsi que « Le Semeur ». Je t’ écris en train de dessiner et je suis pressé de m’y remettre ».
Ce « Semeur » (1890/huile sur toile), repris pour l’ affiche de l’ exposition, nous le retrouvons exposé dans l’ avant dernière salle, avec deux autres de ses « Semeurs », dessinés à la mine de plomb, en 1882 … Mais, avant de pouvoir admirer cette oeuvre, différentes salles nous permettent de constater la continuité dont l’ artiste fait preuve. Ainsi, dans la 2ème salle, nous retrouvons ses premiers dessins – de « Café au Charbonnage » (1878) aux « Porteuses de Fardeaux » (1881) -, ceux là même qui ont suivi ceux qui illustraient son courrier. A noter son « Haridelle » (1883), réalisée en mine de plomb et peinture à l’ eau, avec des coups de gomme donnant de l’ intensité à sa crinière, nous montrant un de ces chevaux qui, au fond des mines, marquèrent van Gogh. En parallèle aux travaux de Vincent, nous retrouvons, sur ce même thème minier, des peintures de Constantin Meunier (1831-1890), dont « Wagonnet dans la Mine » (s.d.) et d’ Eugène Bosch (1855-1941), dont « Houillères » (1891).
Une dernière salle du rez-de-chaussée nous montre son attachement, alors qu’ il était employé par la galerie d’ art « Goupil et Cie », aux scènes de la vie quotidienne des ouvriers. « Je tiens à te dire ceci: … je peindrai les choses les plus simples, les plus ordinaires », écrivait-il, le 16 décembre 1884. Ainsi sa « Femme barattant du Beurre » (1881/craie noire, encre à la plume, peinture à l’ eau et mine de plomb), son « Arracheuse de Pommes-de-Terre » (1885/huile sur toile marouflée) ou son « Portrait de Paysan » (1885/huile sur toile).
A l’ étage, nous trouvons ses peintures de rues et chaumières, mettant en relation la manière dont il peignait à ses débuts, dans le Borinage, à celle qu’ il utilisa lorsqu’ il réalisa, ultérieurement, ses peintures dans le sud de la France, influencées par ses contacts avec les impressionnistes, comme « Cabanes ensoleillées aux Saintes-Marie-de-la-Mer » (1888/mine de plomb, plume de roseau, encre à la plume et au pinceau) ou, dans une période d’ intense créativité (70 toiles en un peu plus de deux mois), « Rue à Auvers-sur-Oise » (1890/huile sur toile), le coup de coeur de Sjraar Van Heugten, commissaire de la présente exposition, historien de l’ art et ancien directeur des collections au Musée Van Gogh: « J’aime la puissance de l’expression que ce tableau dégage »!
Particulièrement intéressantes, dans une autre salle, ses peintures en relation avec les tisserands. En 1880, désargenté, se rendant à Courrières, dans le Nord de la France, il parcourt près de 70 kilomètres à pied, traversant des villages où travaillent de nombreux tisserands. En eux, contemporain du « Germinal » (1885), d’ Emile Zola (1840-1902), il sentait « quelque chose d’agité et d’inquiet ». Résidant aux Pays-Bas, à Nuenen, de 1883 à 1885, il s’ intéresse au travail d’autres tisserands, indéniable source d’ inspiration qui l’ amène à réaliser une dizaine de tableaux et une quinzaine de dessins, impressionné qu’ il est tant par leur labeur que par la dimension de leurs « effrayantes » machines à tisser.
Réalisant, à ses débuts dans le Borinage, comme il l’ écrivait à Théo, des copies de tableaux de Jean-François Millet (1814-1875), il reprend cet exercice dans le sud de la France, à Arles et à Saint-Rémy-de-Provence, allant jusqu’ à copier les premiers dessins qu’ il avait conservé. Parmi ses copies, estimées à environ 460 tableaux et dessins, nous retrouvons, dans les deux dernières salles, « La Veillée » (1889/huile sur toile), ainsi que ses bêcheurs, bûcherons, semeurs et autres paysans, sans oublier ses moissonneurs, que Millet avait peints ou dessinés avant lui, tel celui intitulé « Moissonneur à la Faucille » (1880/mine de plomb et encre sur papier), retrouvé au … Japon, à l’occasion de recherches scientifiques entreprises sous la conduite du commissaire néerlandais qui nous confie: « s’ intéresser au tout début de la carrière de Vincent était un défi de taille puisque, comme vous le savez, les oeuvres réalisées à cette époque sont quasi inexistantes, car en grande partie détruites par le peintre lui-même. Dès lors, la question était: comment monter une exposition avec des oeuvres très rares »? …
Dès lors, grâce à cette découverte, pour la 1ère fois, son dessin, oeuvre de jeunesse, réalisé au Borinage et sa peinture, « »Le Moissoneur » (1889/huile sur toile), signée, neuf ans plus tard, à Saint-Rémy-de-Provence, ont été réunis en un même lieu… Et Sjraar Van Heugten de continuer: « Notre objectif était plutôt de montrer ce qui avait inspiré l’artiste dès ses débuts dans le Borinage et combien il est resté fidèle à certains modèles, du tout début jusqu’à la fin de sa carrière. C’ est cette constance, si extraordinaire chez van Gogh, que nous avons voulu mettre en lumière, plutôt que l’évolution d’une technique ou d’un style artistique particulier ».
Ainsi, outre le « Van Gogh Museum », d’ Amsterdam, le « Kröller-Müller Museum », d’ Otterlo, le « Musée Ateneum », d’ Helsinski, …, le « Uehara Museum of Modern Art », de Shimoda/Japon, figure parmi les prêteurs. Et après avoir admiré cette toile, qui ne reviendra sans doute plus en Europe avant longtemps, nous découvrons 3 lithographies de Charles Bargue (1825-1883), extraites de son manuel « Exercices au Fusain », présentées aux côtés de 3 nus masculins dessinés par van Gogh (1890/mine de plomb), nous montrant à quel point l’ élève – au coup de crayon si mal assuré à ses débuts (reproduction malaisée des jambes, main à six (!) doigts du « Jeune Homme avec une Bêche » (1882), perspective et ombres maladroites, …) – a fini par dépasser le maître.
N’écrivait-il pas, en juin 1880: « J’ ai une passion plus ou moins irrésistible pour les livres et j’ ai le besoin de m’ instruire continuellement, d’ étudiez …, tout juste comme j’ai besoin de manger mon pain ». Mais, indéniablement, c’ est dans le Borinage qu’ on assista à la « Naissance d’ un Artiste », sous-titre de cette exposition qui se doit d’ être visitée: « Van Gogh au Borinage », une région que l’artiste ne reniera jamais, écrivant un jour: « J’ aime tellement ce pays de Borinage que, toujours, il me sera inoubliable ».
Pour cette dernière semaine, exposition ouverte du lundi au vendredi, de 09h. à 18h, samedi et dimanche, de 10h. à 20h. Prix d’entrée: 15€ (12€: de 12 à 25 ans & seniors / 7€50: avec carte « ING » / 3€: de 6 à 11 ans / 0€: – de 6 ans / tarifs train + entrée via la « SNCB »). Sites: www.bam.mons.be & www.mons2015.be.
A voir, à 300 m du « BAM’, dans le « Jardin du Maïeur », derrière l’ Hôtel de Ville, « La Chaumière », une installation urbaine inspirée du tableau (1885) de van Gogh. Une construction à l’ ancienne, à l’ intérieur de laquelle nous retrouvons, en 3D, « Les Mangeurs de Pommes-de-Terre », inspirée de son oeuvre peinte éponyme (1885). Entrée gratuite.
Votre billet d’ entrée à l’exposition vous donne droit à un prix réduit pour visiter la « Maison van Gogh », à Cuesmes. Prix plein: 4€ (3€: de 12 à 25 ans & seniors / 2€: par personne, en famille / 1€: de 6 à 11 ans / 0€: – de 6 ans. Site:www.maisonvangogh.mons.be.
Notons enfin, que le 14 mai, à 16h., le coup d’ envoi de « La Ville en Jeux » sera donné sur la Grand’ Place de Mons, sous la forme d’ une chute de dominos géants, posés sur une distance de 2 km… Et jusqu’ au 23 mai, une multitude d’ artistes de rues égaieront la « Capitale européenne de la Culture »… « En 2015, je suis Montois, et toi »? …
Yves Calbert.



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