« Metamorfosia ». Luc Schuiten à la « Fondation Folon » #art #lahulpe
« Imaginez un arbre. Regardez-le maintenant avec les yeux d’un architecte. Il devient alors une véritable inspiration pour les bâtiments et les habitations de demain ».
A la « Fondation Folon », sise dans la ferme du château de La Hulpe, forts de cette phrase de Luc Shuiten (°Bruxelles/1944), découvrons, jusqu’au 10 mai, « Metamorfosia », l’ incroyable exposition d’un architecte visionnaire nous disant aussi: « Enfant, je rêvais d’habiter les arbres. Aujourd’ hui, par la force de l’ imaginaire, j’ habite une cité arborescente et je reviens de moins en moins souvent par ici. Vous pouvez me croiser dans la rue, mais ne vous y trompez pas, ce n’est qu’une apparence, je suis ailleurs. Cette exposition est une invitation à voyager ensemble dans mon imaginaire ».
Ainsi, pour résorber les centres urbains, à Bruxelles, sa ville natale, comme ailleurs, à Strasbourg, notamment, il souhaite créer des jardins verticaux à production alimentaire. Des toitures plates, surfaces horizontales délaissées, il veut faire des jardins, qui produiraient fruits et légumes. « Une manière de cicatriser les blessures infligées au tissu urbain », écrit-il. Ainsi, dans la 1ère salle, il repense les places de la Bourse, De Brouckère et Fontainas, sans en être aucunement mandaté par la Ville. Et pourquoi pas une Tour des Finances arborisée?
Dessinateur engagé, soucieux de l’avenir de la planète et des conditions de vie des hommes, Luc Schuiten – diplômé en architecture, en 1967, par l’ « Académie Royale des Beaux-Arts » de Bruxelles – nous promène dans ses vastes cités végétales imaginaires. Ses dessins originaux, croquis, maquettes, nous invitent à envisager une nouvelle forme d’architecture, de mobilité, d’urbanisme en nous plongeant dans un avenir où l’homme et la nature ont retrouvé une place centrale durable.
« Le fondement de mon travail est de m’ ancrer sur le vivant », explique Luc Schuiten. Et, en effet, chaque trait, chaque fragment, chaque détail de son œuvre envisage la manière dont l’ architecture pourrait se réconcilier avec la nature. Ses dessins, qui s’ inspirent de la richesse d’ invention qu’ offre le vivant, proposent une architecture arborescente originale: l’ archiborescence.
Après avoir admiré une sélection d’une bonne vingtaine de ses superbes affiches, du « Mondaneum » de Mons à Beyrouth, en passant par les « Utopiades » de Nantes, l’ « Ecopolis » de Bredene et ls 125 ans du « Tram de la Côte », ainsi que des aquarelles réalisées en 2011, à l’ occasion de la visite d’ une délégation de la Préfecture de Sao Paulo, par la magie de la vidéo (22’34, également visionnable sur: http://www.vegetalcity.net/topics/luc-schuiten-video/), nous le retrouvons, barbu et chevelu, en 1978, nous disant: « Je pense que l’ architecture contemporaine est probablement l’ une des moins intéressantes de toute l’ histoire de l’ architecture. Elle est la plus éloignée de l’ homme et de sa constitution biologique. Elle est celle qui est la plus sèche, la plus frigide. En tout cas, moi, elle ne me satisfait absolument pas ».
Plus près de nous, en 2009, des images nous ramènent à son exposition « Vegetal City », aux « Musée d’ Art et d’ Histoire » du Cinquantenaire. D’ autres images nous le montre au volant d’ une voiture électrique futuriste, à assistance musculaire, offrant une autonomie de 150 km, au lieu de 100, pour autant que l’ on pédale quelque peu. Cette pellicule nous révèle, aussi, son intérêt pour la fleur de lotus, celle-ci l’ ayant inspiré pour les toitures de ses constructions. Sont également exposés une sélection de ses maquettes de véhicules et de ses carnets de croquis.
Vient la dernière salle, nous révélant d’ autres aspects des talents de Luc Schuiten, qui, avec sa fille, Maya, signe « La Maison des Papillons » (Ed. « La Renaissance du Livre »/2014/15€), un livre illustré pour enfants, à partir de 6 ans. Ce concernant, il écrit: « L’ éveil d’ un enfant, ce regard sur la nature, sur cette merveille qu’ est un papillon, m’ a toujours fasciné. J’ai essayé de communiquer, par le dessin, pour une histoire simple, cet émerveillement… Quant on voit danser un papillon dans la lumière, c’ est, tout simplement, féerique ».
Nous retrouvons, également, Luc Schuiten à ses débuts, entre 1970 et 1975, réalisant des cartoons décapants, tel ce « Politichien », publié par « Pour », un journal de gauche. L’ occasion de se rappeler que l’ architecture doit se penser à long terme … et non pour la simple durée d’ un mandat politique, ce qui est trop souvent le cas. Dans sa série d’ aquarelles »copyleft » (2012), en opposition au traditionnel « copyright », il illustre également un proverbe amérindien disant: « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors vous découvrirez que l’ argent ne se mange pas » (« Proverbe »), ou encore, il nous offre une mappemonde fumant un cigare, avec comme légende: « Dans un monde aux ressources limitées, le cercle vicieux du toujours plus pour quelques-un, signifie toujours moins pour tous les autres » (« Cigare »), voire ce jerrycan d’ essence géant, apparaissant telle une divinité: « Je suis votre Dieu unique, omniprésent. Je suis l’ essence de toute chose, mais, bientôt, je ne serai plus parmi vous » (« Essence »).
.. Alors, afin de vous laisser surprendre davantage encore par le talent de ce talentueux architecte-dessinateur-peintre – qui déclarait à « Psychologie Magazine », en décembre 2014: « Plus que tout, j’ ai toujours cherché à comprendre » -, ne manquez surtout pas ce détour par ce paisible domaine de La Hulpe, à proximité de son Château, qui accueillera, du 17 au 27 septembre prochain, à 21h., à l’ occasion des 20 ans de l’ asbl « Opéra pour tous »: « Les Bijoux de la Castafiore », un spectacle dont nous aurons l’ occasion de vous reparler.
A la « Fondation Folon », exposition ouverte du mardi au vendredi, de 9h. à 17h., samedi & dimanche, de 10h. à 18h, sur une scénographie conçue par Luc Schuiten, lui-même. Prix d’entrée unique, à partir de 6 ans: 6 € (10€, incluant le Musée Folon, 7€ pour les 6-11 ans, 9€ pour les 12-18 ans, étudiants – 26 ans et seniors + 60 ans). Sites: www.fondationfolon.be & www.citevegetale.net.
Prochaine exposition: du 30 mai au 1er novembre, pour célébrer son 15ème anniversaire, la « Fondation Folon » présente « Agence de Voyages imaginaires », qui nous plongera au cœur de la poésie et de la magie des carnets de voyage de Folon.
Yves Calbert.



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