38è Antica Namur
« Quoi de plus durable qu’une antiquité, qu’un vieux bibelot, qu’un ancien tableau ou tous ces objets vintage qui emmène dans leur sillage un chapelet inouï d’anecdotes et de souvenirs, témoins privilégiés de tout ce qui a construit notre petite d’histoire? En même temps, y a-t-il musée plus éphémèrement remarquable que cette incroyable galerie ouverte qui (pour quelques jours durant, jusqu’au 16 novembre inclus, ndlr) déploie dans la capitale wallonne ses panoplies et ses faux airs de pinacothèque? … Antica Namur est une invitation à la curiosité, à l’aiguisage de nos sentiments esthétiques et à la déambulation sans fin dans les couloirs du temps », écrit, fort à propos, Denis Mathen, Gouverneur de la Province de Namur, dans l’édito du guide, gracieusement offert à chaque visiteur.
Et puisque nous sommes à Namur, soulignons que le stand dédié à tous ses musées, qu’ils soient gérés par la Province ou par la Ville, répond parfaitement à l’attente des organisateurs, « Artexis Ehibitions », qui ont choisi « La Gastronomie » comme thème festif de cette 38ème édition.
De fait, nous trouvons des poteries gallo-romaines en terre cuite (meule, mortier, marmites, cruches, …) présentées par le « Musée Archéologique », et d’autres, anthropomorphes (comme cette gargoulette mettant en scène un serpent dévorant la tête d’une tortue, d’origine Tshokwe, territoire Kahemba), du « Musée africain ». Quant au « Musée diocésain », il nous propose un ciboire coulé à Nuremberg (début XVIIème, acheté à Huy par le curé d’Ortho), des aiguières, bassins et plateaux ayant appartenu à trois Evêques de Namur (XVIIIème et XIXème), ainsi que deux statues en bois du XVIème (St. Fiacre, patron des maraîchers et des jardiniers, et St. Laurent, patron des cuisiniers et des pâtissiers).
Le « Musée des Arts décoratifs », plus connu sous le nom de « Musée Groesbeeck de Croix », fermé pour rénovation jusqu’en 2017, ne disposant pas de ses collections, nous présente une de ses peintures en restauration, « Etal de Boucherie » (attribuée à Giovanni Benedetto Castiglione/1609-1664/élève du Titien et de Véronèse), allégorie des différents âges de la vie. Tous petits mais si jolis, des menus dessinés par Félicien Rops (1833-1898), nous sont proposés par le Musée provincial qui lui est dédié. Ainsi, celui du « Cochon truffier » (pointe sèche et aquatinte) ou son « Cheval rôti » (eau forte à la pointe sèche).
… Mais Rops, nous le retrouvons, dans différents formats, chez différents antiquaires, avec l’avantage, ici, que nous pouvons les acquérir. Ainsi, chez « Dus’Art Gallery (D07), où les prix de vente pour des oeuvres du peintre namurois, vont de 650€ à 8500€ (« L’Incantation »-tirage 2/3), voire 11000€ (« L’Appel aux Masses »-original). De même à « La Galerie belge » (F17), avec « Pornokrates », « Le Scandale », « Un Enterrement en Pays wallon », … Dans cette dernière galerie, nous trouvons aussi un tableau que Pierre Alechinsky présenta à la 26ème « Biennale de Venise. Chez « Dus’Art », des Paul Delvaux (dont une fort belle « Vue de Namur »/encre de chine et aquarelle sur papier/1935, bien éloignée de ses sujets traditionnels, de même que son « Port d’Ostende »/aquarelle sur papier/1936), René Magritte, Rik Wouters, …
Chez un autre exposant, c’est à la loupe que nous sommes amenés à admirer les détails de « Scène villageoise avec Marchands, Carioles et Moulin », de Joseph Van Bredael (XVIIIème/215000€). Trois siècles plus tard, des photos-montages de 2014, d’ 1m/1m, constitués, chacun, d’environ 10000 mini-photographies, formant, de loin, le portrait d’une « Super Woman », à moins qu’une oeuvre au titre révélateur, « Libido ». De fait, en s’approchant de très prêt, l’on constate que ces réalisations pointillistes sont constituées de toutes petites photos tirées de jeunes femmes en sous-vêtements…
Plus intéressants, peut-être, parfois pointillistes également, mais réalisés avec des bâtonnets cette fois, des peintures d’Aborigènes, proposées par l’ « Aborigène Galerie » (G04B), de Paris, qui a vendu plusieurs de ces intéressants travaux au « Musée du Quai Branly », d’autres étant présentés à « Antica Namur ». Autrefois réalisés dans les tons ocres, exclusivement, selon la tradition, par des chefs de villages, ils prennent, désormais, de la couleur, sachant que, maintenant, chacun peut peindre, mais à condition d’avoir atteint l’âge de 35 ans, sorte de majorité culturelle dans leur lointaine Australie. A noter que des oeuvres exposées ici ont été réalisées par une dame de 85 printemps.
Côté ethnique, pensons aussi à la « Maison Halter » (G24), exposant, notamment, trois masques chamaniques du Népal, deux bracelets de chevilles avec grelots en argent du Yemen, une coiffe de deuil du Turkménistan, des coiffes d’enfants miaos chinois, une robe du Pakistan, une parure pour le cheval de la mariée en Ouzbékistan, un poignard kanjal moghol, un miroir afghan entouré de motifs peints, un étui mongol pour tresse de cheveux, un bracelet indien – avec rubis – en or 22 carats, une parure – manchettes et coiffe incluses – d’un Lama supérieur tibétain du Laddakh, sans oublier sa cruche de … bière, …, le tout des XVIIIème et XIXème siècles.Toujours en rapport avec l’Asie, le « Nohara Japanese Art » (EO2) nous apprend que faute de poche dans les kimonos, les Japonaises utilisent des « inros » (pochettes, métalliques le plus souvent, destinées à transporter leurs médicaments, argent, cigarettes, …), reliées à leurs ceintures par des minuscules « netsukes », traditionnellement fabriqués en ivoire. Ces objets très finement exécutés nous sont présentés, de même que des sculptures miniatures, tel ce « Diable servant un Saké à son Chef » (7,6 cm/13,3 cm-1860-2650€).
Au niveau des statuettes antiques, citons « Ming-K’I Gallery » (E14), son oiseau, avec les vrais bois d’un cerf, posé sur un tigre (dynastie Sui/VIème-7ème), ainsi que sa « Dame de Cour portant un Pot » (Nord de la Chine), sans perdre de vue un sympathique Verviétois, « René Vahentenryck » (E21), opposant deux cultures, celle de Chine à celle d’Amérique latine, avec une très intéressante collection de statuettes équatoriennes, dont un « Penseur » (culture Jama Coaque/-500 à +500/3500€). Statuettes d’autres cultures : Bahia (-200 à +800/850€), Chtarrera/-1200 à -300/2300€), Mantena (650 à 800/550€) et Tumaco (200 à 500/3400€). Côté chinois, présence des dynasties Eastern Wei, Han, Ming, Northern Wei, Tang, en n’oubliant pas une pièce rare: une tuile faitière (900€).
En mobilier, notons l’un des nouveaux exposants, la « Galeria Miquel Alzueta » (G20), de Barcelone, avec un meuble catalan (XVIIIème) dont nous admirons l’intérieur. Juste en face, « »Anthemion » (G21), sa bibliothèque anglaise néo-gothique en acajou massif (XIXème/5900€) et, sous une photo de neuf enfants éthiopiens, un meuble français, de style épuré, en palissandre, portes du bar incurvées, intérieur en érable (années ’20/ 5000€).
Rayon orfèvrerie, notons une bien belle soupière en argent, époque Napoléon, ayant appartenu à une famille lilloise, chez « Véronique Malaise » (D13), voire des pièces non poinçonnées, afin d’échapper, à l’époque, à l’impôt. Egalement une chocolatière belge rococo, avec mélangeur supérieur, afin de pouvoir battre le chocolat, ou des salières, avec de petites cuillères, le sel étant alors un luxe.
Ceci nous ramène à la table et à la thématique de l’édition 2014 d’ « Antica » : « La Gastronomie », avec « Benoît & Sébastien Tercelin de Joigny » (F03), qui nous offre une splendide table dressée (fin XVIIIème/début XIXème), présentant, notamment, six verres par convive, dont un, coloré, pour le vin blanc. Sachons don « faire bonne chair » en cultivant l’art de pouvoir bien accueillir nos invitési
Retrouvons dès lors l’invité d’honneur de cet « Art and Antique Fair » namurois, Gérald Wathelet, « ambassadeur de la qualité de la foire » (dixit Luc Darte, « Exhibition Manager »), diplômé de l’ « Ecole Hôtelière » de … Namur, cuisinier à la « Villa Lorraine », couturier à Paris jusqu’en 2008, créateur de l’émission de la « RTBF » « C’est du belge », en 2005, animateur quotidien, sur cette même chaîne, d’ « Un Gars, un Chef », qui nous attend sur son espace personnel, décoré par ses soins! Il nous présente un inoubliable mélange de styles et de couleurs, avec statuettes et masques africains, divinité hindouiste antique, photos en noir-et-blanc, peintures modernes, pièces de mobilier de style Empire, cabinet qu’il a transformé en bar, …, et une cuisine, … qui n’est que décorative. « Je voulais éviter que l’on me demande cuisiner », nous confie-t-il! … Et d’ajouter : « J’aime toutes les cultures. Quand c’est de qualité, il ne faut pas se soucier du reste. Une maison ne e fait pas en un an! Chez moi, je revends très peu de choses, je les change régulièrement de place pour inventer un nouveau décor »! Sa philosophie : « Transformons l’ordinaire en quelque chose d’un tout petit peu extraordinaire »!
… C’est tout le mal que nous vous souhaitons en vous inspirant de tout ce que vous propose cette grande variété d’exposants, qu’ils soient, à 80%, des « valeurs sûres », revenant chaque année, certains depuis plus de 25 ans, ou des « maisons » présentes pour la première fois à « Antica Namur ».
Ouvert de 14h. à 18h. (week-end de 11h. à 18h.) jusqu’au 16/11 prochain. Entrée: 20€ (gratuité pour les dames, le jeudi 13/11).
Conférences (Espace « BNP Paribas Fortis »):
Jeudi 13/11, à 15h.: « Fleurs et Fruits en Joaillerie » (Daniel Louka),
Dimanche 16/11, à 14h.: « La Transmission d’un Patrimoine artistique aux Générations futures » (Carol Liesenberg).
Pour plus de renseignements: www.antica.be
N.B.: les références entre parenthèses correspondent aux N° des stands que vous retrouvez dans le programme offert gracieusement à l’entrée.
Yves Calbert.
textes: Yves CALBERT
photos: Kamal DERGANE


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