BAVURES POLICIERES A BRUXELLES: QUE RISQUENT LES POLICIERS?

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Ces derniers mois, la police de Bruxelles doit faire face à de nombreuses accusations. Pourquoi ce sentiment d’impunité de la part des policiers ? Dans les faits, que risquent-ils quand ils commettent des actes de violences injustifiés et disproportionnés ? 

Accumulation des plaintes: Nawal et les autres…

En juin 2013, une habitante d’Ixelles accusait la police de violences injustifiées tandis que deux jeunes portaient plainte pour violences à caractère homophobe à la sortie du Brussel Summer Festival.

Plus récemment, Nawal, une habitante de la rue du Cinéma, portait plainte après avoir été emmenée au commissariat de Molenbeek le 4 mars 2014, frappée et déshabillée de façon humiliante. Elle aurait également subi des injures à caractère raciste et religieux, et fouillée devant des policiers masculins. Nawal, libérée quelques heures plus tard après cette arrestation qualifiée d’administrative est choquée et décide de déposer plainte.

Dimanche dernier, le 20 avril, la Dernière Heure révélait une nouvelle affaire de bavure policière. Deux jeunes hommes (Amran, 23 ans, livreur et Youssef, 24 ans) qui s’apprêtaient à fumer un joint sur un banc du jardin du Mont-des-Arts ont été interpellés par la police. Le ton est très vite monté et les policiers les auraient tabassés à coups de matraque, de chaises et de coups de pied. Une fois au commissariat de police les violences auraient continué: les deux jeunes ont été frappés parce qu’ils demandaient à être assistés d’un avocat. Ceux-ci disent souffrir  de plaies, points de sutures et hématomes sur tout le corps. Les deux garçons ont finalement été mis à la disposition du parquet de Bruxelles, qui a fait constater leurs lésions par un médecin. Ce dernier les a reconnus incapables de travailler pendant 3 et 10 jours.

Le 22 avril, c’est l’acteur David Murgia, sacré Magritte du meilleur espoir masculin en 2013, qui dénonçait une nouvelle bavure de la police bruxelloise: « Hier matin je suis allé chercher deux pains au chocolat chez le boulanger d’en face. J’ai passé sept heures au cachot. Aujourd’hui je n’ai pas pris de risque, mais le café a un goût… amer. » C’est le message laissé par l’acteur sur son compte facebook quelques heures après avoir été maltraité et abusivement privé de sa liberté. Pourquoi ce traitement? Le comédien, qui se rendait chez son boulanger, n’aurait pas emprunté le passage pour piétons et aurait reproché au policier, qui lui avait lancé une remarque, son ton agressif. Le résultat est sans appel: David est ceinturé, menotté, insulté et emmené au commissariat où il passera la journée à entendre des commentaires salaces et à subir des brimades.

Quelles sanctions à l’égard des policiers?

Christian De Coninck, commissaire et porte-parole de la police bruxelloise, indique que « chaque fois qu’il y a une plainte contre la police, elle est analysée. » 

« Cette impunité n’est pas inscrite dans le code pénal, les policiers sont soumis aux mêmes lois que les citoyens mais ils ne sont pas condamnés de la même façon. En clair, les organes de contrôle ne délivrent pas assez de sanctions disciplinaires, le parquet ne poursuit pas assez les policiers violents. Pis, les tribunaux sont très souvent cléments envers ces fonctionnaires. » De fait, en 2012, les juges ont vu passer 171 dossiers concernant des policiers. Seulement 56 de ces cas ont fini par une condamnation et cette situation dure depuis des années. Quant aux plaintes déposées auprès du comité P, elles augmentent au fil des ans. « Le sentiment d’impunité demeure pourtant », poursuit Alexis Deswaef qui estime par ailleurs que « le comité P déclare que 70 % des plaintes qu’il reçoit sont infondées. Néanmoins, elles ne sont pas forcément mensongères. Cet état de fait démontre surtout la difficulté pour les victimes de réunir assez de preuves ».

ObsPol: observatoire des violences policières en Belgique

ObsPol: observatoire des violences policières en Belgique

Obspol.be

Fondé en mars 2013 par la Ligue des droits de l’homme, le site web http://www.obspol.be permet aux victimes de violences policières de raconter anonymement leur histoire.

Dès le premier jour de la mise en ligne du site, certains policiers avaient toutefois tenté de museler le site en le bloquant grâce à un trop grand nombre de connexions, indique le président de la Ligue Alexis Deswaef : « Un grand nombre de faux témoignages émaneraient de policiers. Via cet afflux de mauvais renseignements, ils espèrent discréditer l’ensemble du site. » Pourtant, ses créateurs se défendent de vouloir créer un clivage entre la police et les citoyens mais, au contraire, veulent donner la parole aux victimes et dénoncer l’impunité de fait dont profitent certains policiers. Dans ce cadre, ils désirent recenser les cas de violences illégitimes, d’analyser les circonstances et le contexte précis de chacun, afin d’en dresser une carte, tant géographique que sociologique.

Après un an d’existence, un premier bilan d’ObsPol a été dressé : sur les 153 témoignages soumis via deux questionnaires (« victimes » et « témoins »), seuls 88 ont été validés au final. Les faux témoignages sont la première cause de rejet, soit 52% des motifs d’invalidation. La tranche d’âge la plus représentée est celle des 18-30 (43%) et la majorité des victimes sont des hommes (84%). Concernant le lieu de l’agression, 72% ont été commises sur le territoire bruxellois et 28% en Wallonie. Au nombre des techniques de violences physiques recensées de manière récurrente, on trouve notamment : coups de matraque, coups de pied / poing / genou / gifles, clé aux bras, étranglement, pied/genou sur la nuque, le visage ou le thorax, colsons/menottes excessivement serrés, coups à terre alors que la victime est maîtrisée ou menottée, tirage par les colsons/menottes, agressivité / insultes / manque de respect. Finalement, le rapport a mis en évidence le fait que les victimes de bavures venaient de toutes les couches de la population.

En guise de conclusion, ajoutons que si les policiers semblent accumuler les dérapages, les syndicats policiers rappellent que leurs membres sont eux aussi, et de plus en plus, victimes d’insultes, de menaces voire de coups de la part de citoyens irascibles ou violents.

Coralie DEVIES.

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