ESPRITS D’AILLEURS CHEZ CHAMPAKA

Loustal

 

Chez « Champaka », tout à l’opposé de Louis Joos, l’exposant précédant, qui peint New York sans jamais y avoir été, nous découvrons, jusqu’au 11 mai, une exposition au titre évocateur, « Esprits d’Ailleurs », nous présentant une infime partie de l’oeuvre d’un grand voyageur, Jacques de Loustal, né à Neuilly en 1956. Petit-fils de voyageurs, fils de militaire, il s’habitue, très tôt, aux valises que son père prépare régulièrement, de par ses nombreuses missions à l’étranger. Hors enfant, Jacques de Loustal s’intéresse aux cartes géographiques, lit et relit, sans fin, « Tintin », ce qui ne fait qu’augmenter son envie de faire au plus tôt, lui aussi, ses valises. Ce qu’il fit, déjà, en parcourant le bassin méditerranéen à 17 ans, avant de vivre ses dix-huit mois de service civil au Maroc et ce alors qu’il avait déjà publié une première BD, sur 22 éditées à ce jour, en 1977.
Loustal2Et ici, au « Sablon », il nous emmène en Afrique du Sud, en Algérie, en Bretagne, au Japon, en Polynésie, en Suisse, à Taïwan, en Utah, …, ainsi qu’à Brugge et sur la Côte belge, nous confiant : « Pour moi, la Mer du Nord est un sujet particulièrement exotique, que j’aime retrouver hors saison, en hiver notamment, loin des nombreux touristes »!!! … Il est vrai que, quoique Parisien, il est davantage habitué au climat d’îles qu’il affectionne particulièrement, comme Bora Bora, par exemple.. « J’avais d’ailleurs prévu de consacrer cette exposition uniquement à Brugge et à la Côte belge, d’où les très grandes compositions sur ce sujet, réalisées en noir-et-blanc, accrochées ici, où j’expose pour la troisième fois, ayant également exposé une fois à la galerie « Champaka » de Paris. Mais bon, j’ai finalement préféré intégrer ces tableaux au sein d’une expo globale se référant à la publication, le 10 avril dernier, de mon dernier ouvrage, « Esprits d’Ailleurs », ce qui me permet, par ailleurs, d’offrir une plus grande variété d’horizons ». … Et ce, pour notre plus grand plaisir, bien sûr! …
Prenant part au journal du lycée de Sèvres, « Cyclone », il étudie, huit années durant, l’architecture, … comme un certain François Schuiten, qui était d’ailleurs présent au vernissage de son ami français. Fin des années ’70, toujours étudiant, il commence à illustrer la revue « Rock and Folk », où il rencontre Philippe Paringaux qui lui écrira plusieurs scénarii de bandes dessinées publiées dans « Métal Hurlant » et « A suivre ». Pour les « Humanoïdes associés » et l' »Echo des Savanes », il dessine de courtes histoires. Il travaille aussi avec Jérôme Charyn et chez « Casterman », avec Jean-Luc Coatalem (« Jolie Mer de Chine » et « Rien de neuf à Fort Bongo »). A noter qu’il n’entame aucune série, leur préférant les « one shot »!
… Mais où étudia-t-il le dessin, la peinture, …? … « Nul part, je suis autodidacte à 100% et si j’avais fait d’autres études, j’aurais choisi les arts déco ». … Assez incroyable, lorsque l’on constate la qualité de son travail! … De quoi remettre en question l’importance d’acquérir un diplôme! … Pourquoi alors vouloir terminer vos études d’architecture? … « Parce que pour être accepté en coopération, pour mon service civil, ce diplôme m’était indispensable »!
Invité à travailler en résidence pour diverses institutions, telle l' »Alliance française », où ses dessins restent exposés une trentaine de jours après son départ, il travaille aussi pour « The New Yorker » et d’importants magazines de voyages. Ainsi, pour « Grands Reportages », il parcourt les îles grecques et découvre Saint-Louis, au Sénégal. Sur les traces de Gaughin et Brel, il se retrouve aux Marquises, pour « Géo », illustrant leur reportage et signant leur couverture. « Les îles, j’aime, j’y arrive, je m’en imprègne », nous confie-t-il.
Par contre, contrairement à François Schuiten, illustrant « Bruxelles », Jacques de Loustal refuse la proposition de « Lonely Planet » d’illustrer un guide de voyages, nous avouant : « Cela m’ennuie de devoir dessiner ce que l’on me demande. J’aime dessiné ce que je perçois, en toute liberté graphique, avoir un regard décalé sur l’endroit où je me trouve ». Il ajoute : « Etre très loin de chez moi, au milieu des merveilles de la nature, m’inspire, que ce soit au contact du monde marin ou de grands espaces désertiques. Et n’oublions pas le côté humain, vu que que j’apprécie partager d’autres qualités de vie avec les autochtones ». 
Pour revenir à la soixantaine d’oeuvres exposées, soulignons la grande variété de techniques utilisées, d’autant plus pour quelqu’un qui n’a étudié dans aucune école d’art : fusain, lavis, aquarelles, encres, dont le sépia. Ainsi, dans cette ambiance si particulière, cinq jolis tableaux des étendues désertiques de l’Utah, l’artiste retrouvant cet esprit western qu’il a tant apprécié à la lecture des aventures de Lucky Luke, Jerry Spring et, surtout, Blueberry.
Ses projets : « Après deux ans sans bande dessinée, j’aimerais m’y remettre, mais il me faut d’abord trouver l’histoire et choisir un ami scénariste avec qui j’y travaillerai, une longue démarche. Avant tout, j’ai besoin d’un « déclic. Pour le reste, j’ai des demandes d’affiches pour « Paris Plage », « France Musique », … Et puis, il y aura la « BRAFA », où j’exposerai, comme cette année, sur l’espace réservé à la galerie « Champaka ». Mais, bon, chaque chose en son temps, rien ne presse ».
Mais pour ce qui est du présent, si vous souhaitez décorer votre intérieur, passez par le « Sablon », où de superbes tableaux vous attendent, mis en vente entre 400 et 2200€00, les plus chers, vu leurs formats, étant ceux consacrés à Brugge, ces derniers n’étant pas repris dans l’ouvrage « Esprits d’Ailleurs », publié par « La Table ronde » et vendu au prix de 35€00, un très bon rapport qualité-prix, avec des tableaux, trois à quatre fois plus nombreux que ceux exposés et fort bien reproduits, tout au long de 224 pages. Peu de textes, mais des anecdotes de l’artiste, telle celle concernant la Suisse : « Dix jours à l’hôtel Schweizerhof de Lucerne, concentré de luxe helvétique où descendaient Wagner et Louis II de Bavière ». Il s’agit, ici, de ses septièmes carnets de voyages, les cinq premiers étant publiés au « Seuil » et le sixième, « Dessins d’ailleurs » (2010), étant édité par « La Table ronde ».
Entrée libre. Galerie ouverte du mercredi au samedi, de 11h.00 à 18h.30, le dimanche, de 10h.30 à 13h.30, les lundis et mardis exclusivement sur rendez-vous (GSM : 0475/26.94.08). Pour plus de renseignements : http://www.galeriechampaka.com et http://www.loustal.com.
A noter que la librairie « Candide », Place Brugmann, à Ixelles, présente douze oeuvres de Jacques de Loustal.
Yves Calbert.

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