Echos de la 62ème « BRAFA », à « Tour et Taxis », jusqu’au 29 Janvier
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Jusqu’au dimanche 29 janvier, 16 pays sont représentés à la 62ème « BRAFA » par 132 antiquaires et galeristes. La particularité majeure de cette foire d’art des plus importantes au monde, outre qu’elle soit la première de l’année de dimension internationale, réside dans son éclectisme. A ce sujet, écoutons le Président de la « BRAFA »Harold t’Kint de Roodenbeke« D’une certaine manière, notre foire d’art se présente comme un gigantesque cabinet d’amateur, mélangeant avec panache différentes sortes d’art. La ‘BRAFA’ s’inscrit dans la vision du collectionneur d’aujourd’hui, qui recherche la synergie entre époques et styles, pratique des croisements, s’ouvre à toutes les cultures, tend à une forme d’unité dans la diversité. Le mélange fait partie de notre quotidien, de notre mode de vie actuel, il est donc naturel qu’il se reflète aussi dans nos goûts et choix artistiques… Pour les collectionneurs comme pour les exposants, cette dizaine de jours constitue un moment fort de l’année, permettant des rencontres, des échanges des projets. La ‘BRAFA’ est un véritable musée éphémère, … à la seule différence que touts les oeuvres y sont à vendre. »
Détail de "Picadily Circus": Georges V (c) Fortunino Matania - "Berko Fine Paintings"

Détail de « Picadily Circus »:
Georges V (c) Fortunino Matania
– « Berko Fine Paintings »

"Picadily Circus" (c) Fortunino Matania - "Berko Fine Paintings"

« Picadily Circus »
(c) Fortunino Matania – « Berko Fine Paintings »

De manière parfaitement subjective, allons donc à la rencontre de quelques exposants, en commençant, côté peintures, par « Berko Fine Paintings » , une Galerie de Knokke, venant de fêter ses 40 ans d’existence. Toujours à la recherche de l’originalité, Patrick Berko attire notre attention sur un artistenapolitain, ayant travaillé à Paris, pour  « L’Illustration Française », Fortunino Matania (1881-1963), dont la toile « Picadilly Circus » (aquarelle et gouache sur papier/37 cm x 54 cm), nous permet d’apercevoir, perdu dans la foule, parfaitement incognito, le Roi Georges V d’Angleterre, un gentleman au cigare, que l’on découvre à l’arrière d’une dame vêtue de rouge, pratiquement au centre de l’oeuvre.
"Mantania F002" (c) Thomas Maclay Hoyne - "Berko Fine Paintings"

« Mantania F002 » (c) Thomas Maclay Hoyne – « Berko Fine Paintings »

A l’entrée de ce stand, voisinant l’un des couloirs, 25 peintures de l’américain Thomas Maclay Hoyne (1924-1989) sont accrochées, représentant d’anciennes voitures (1901-1937), une commande d’un collectionneur, William F. Harrah, qui, propriétaire de Casinos, possédait près de … 1.400 véhicules, dont certains sont aujourd’hui exposés au « Musée National de l’Automobile ».
"Les Fiancés du Cirque" (1982) (c) Marc Chagall - "Galerie Boulakia"

« Les Fiancés du Cirque » (1982)
(c) Marc Chagall
– « Galerie Boulakia »

Toujours dans le domaine de la peinture, notons la présence de la « Galerie Boulakia », de Paris, nous présentant nombre d’oeuvres de Appel, Chagall, Corneille, Dubuffet, Kandisky, Matisse, Picasso, Poliakoff, Warhol, …
roquis du "Professeur Tournesol" (1968) (c) "Hergé-Moulinsart 2017"

Croquis du « Professeur Tournesol » (1968)
(c) « Hergé-Moulinsart 2017 »

Côté bandes dessinées, notons que des travaux d’ « Hergé » (Georges Remy/1907-1983) sont présentés par la « Belgian Fine Comic Strip Gallery », de Bruxelles, de simples croquis jusqu’à la collection complète des « Petits Vingtièmes », ce journal où les premières « Aventures de Tintin », celles se déroulant « au Pays des Soviets », furent publiées dès 1929, en passant par un portrait de Germaine Kickens (1935/39 cm x 43 cm), la première épouse de l’artiste.
Germaine Kickens (c) "Hergé-Moulinsart 2017"

Germaine Kickens
(c) « Hergé-Moulinsart 2017 »

Si certains visiteurs peuvent s’étonner de la présence de la BD à la « BRAFA », nous en avons parlé avec Hughes-Jean Lamy, 10ème Président de la « Chambre Royale des Antiquaires de Belgique », fondée en 1919, qui nous a confié son intérêt pour le « 9ème Art », dont il est heureux de constater la présence au sein de cette foire d’antiquaires et d’art, soucieux qu’il est de pouvoir attirer un nouveau public, plus jeune, vers les métiers d’antiquaires et de galeristes, ouvrant ainsi le concept à un plus large public, vu qu’ « autrefois nous vivions avec une mentalité fermée, celle d’une authentique ‘tour d’ivoire’ « .
Kriss" javanais (c) "Galerie Lamy"

Kriss » javanais (c) « Galerie Lamy »

Sur son stand de la « Galerie Lamy », du « Grand Sablon », à Bruxelles, dont il est le galeriste, … en 4ème génération, notre attention se porte vers une intéressante collection de « kriss » indonésiens« Curieusement, ces « kriss », provenant de familles aristocratiques, je n’ai pu les racheter qu’à des collectionneurs allemands, néerlandais et portugais, intéressés par le passé colonial de certains pays asiatiques. Ainsi, des Indonésiens, eux-mêmes, ne pouvant plus s’en procurer chez eux, en rachètent à des antiquaires européens, notamment à l’occasion des deux « Salons » organisés, chaque année, à Hong-Kong », nous dit-il.
Pipe chinoise à opium

Pipe chinoise à opium

Les prix de vente de ceux qu’il expose à la « BRAFA » varient de 3.000 à 15.000€, voire davantage pour celui décoré en ivoire et en or massif. Autre pièce de collection, une pipe chinoise à opium.« Il s’agit d’une pièce rare, vu que des milliers de pipes à opium furent brûlées lors des deux ‘guerres de l’opium’ (1839-1842 et 1856-1860, ndlr), ainsi que durant la « Révolution culturelle’ (文革, en chinoisdéclenchée en 1966, par Mao Zedong, ndlr), s’attaquant à l’aristocratie et à la dépravation de l’être humain ».  
Curieuse évolution de l’histoire, notons que dès la Dynastie Quing, les Chinois  voulurent interdire le commerce de l’opium, alors que l’Occident y était attaché, en opposition totale avec nos lois actuelles…
"Le Lotus Bleu" (c) "Hergé-Moulinsart"

« Le Lotus Bleu »
(c) « Hergé-Moulinsart »

De Chine, aussi, deux grands vases chinois, à garniture européenne et décor ottoman.  Pour peu, retour à la BD, l’on peut imaginer « Tintin » sortir de l’une d’elle, comme au sein de l’album d’ « Hergé » intitulé « Le Lotus bleu », .. où l’on découvre, également, … une fumeried’Opium..
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Art asiatique encore, mais plus ancien, avec une Galerie parisienne, du Faubourg St.-Honoré, celle de « Christophe Hioko »,   présente    pour la 9ème fois à la « BRAFA », mais également, à l’ « Asian Art Week », à Londres et à New York. Parmi les sculptures exposées, différents Bouddhasthaïlandais, dont l’un assis, en bronze (fin du 17ème siècle/99 cm de hauteur), superbe, datant du Royaume d’Ayutthaya  (1351-1767), exprimant à la fois autorité,  pouvoir et sérénité.
… Et que dire de cette tête de Bouddha, également en bronze, caractéristique du style propre au Royaume de Sukhothai (1238-1438), avec l’ovale parfait du visage, un long nez aquilin et une chevelure en bouclettes (fin du 14ème siècle/35 cm de hauteur/ 68.000€).
Au niveau des sculptures contemporaines, attardons-nous à la « Galerie Guy Pieters », de Knokke, présente plusieurs créations de Jean-Michel Folon, ainsi que des oeuvres de Jan Fabre, dont deux étaient exposées dans les rues de Namur, en 2015, à l’occasion de l’événement « Rops-Fabre Facing Times ».
 
Réalisée spécialement pour la « BRAFA », entourant trois bustes royaux « déguisés », cette Galerie nous présente, également, « Le Carnaval des Morts », une série de trente-neuf cartes de la « Famille Royale » retouchées, avec humour, par ce dernier artiste anversois. Ainsi, selon une technique entamée en 1980, Jan Fabre utilise des documents existants, ici autour du Roi Léopold III et de la Reine Astrid, les membres de la « Famille Royale » étant affublés de nez rouges, porteurs de masques, de chapeaux de carnaval, de cornes, leurs vêtement pouvant être recouverts de couleurs vives… Du surréalismebelge, à la Jan Fabre!
Un dernier mot pour signaler que pour la première fois un hommage est rendu par la « BRAFA » à un artiste contemporain, présent ici avec quatre créations, l’argentin Julio Le Parc, lauréat de nombreux Prix, à Buenos Aires (1964), à la Biennale de Venise (1966), à Ibiza (1978) et à la Biennale de Cuenca, en Equateur (1987). A ce sujet, écoutons, à nouveau, Harold t’Kint deRoodenbeke« La ‘BRAFA’ a lieu au milieu de l’hiver, peu de temps après les fêtes de fin d’année. De quoi avons-nous envie à cette période? De lumière, de couleur, de gaieté, de féerie ! C’est en partant de cette réflexion que l’art cinétique nous est apparu d’emblée comme une excellente piste pour la scénographie de cette édition, et Julio Le Parc comme une évidence. » A chacun de nous, maintenant, à profiter de cette féerie delumières, de couleurs, de gaieté, non seulement au travers des créations de Julio Le Parc, mais aussi à la découverte des milliers d’oeuvres exposées sur le site de « Tour & Taxis », pour quelques jours encore.
Prix d’entrée à la « BRAFA », ouverte tous les jours de 11h à 19h: 20€ (10€ pour les moins de 26 ans et, par personne, au sein de groupes de minimum 10 personnes / 0€ pour les moins de 25 ans). Visites guidées sur demande. Superbe catalogue disponible (569 pages). Site: www.brafa.art.
Yves Calbert

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